La commissaire à la Politique de cohésion et aux Réformes, Elisa Ferreira, s’est dite préoccupée par la situation des régions en transition et à revenu intermédiaire, notamment de la stagnation économique que connaissent nombre d'entre elles, lors de la présentation du 8e rapport sur la cohésion, mercredi 9 février.
La commissaire, durant son propos introductif, a dépeint un bilan contrasté de la politique de cohésion. D’un côté, depuis la crise de 2008 et la contraction des dépenses publiques, la politique de cohésion joue un rôle croissant dans le maintien de l’intégrité territoriale et des services publics.
Ainsi, dans les États membres dits 'de la cohésion', le Fonds de cohésion est passé de l’équivalent de 34% des investissements publics totaux sur 2007-2013 à l’équivalent de 52% de ces investissements sur la période 2014-2020. Cela avec un certain succès. « Nous estimons que le PIB par habitant des régions moins développées sera jusqu'à 5% plus élevé en 2023 grâce aux investissements de la politique de cohésion au cours des sept dernières années », s’est ainsi félicitée la commissaire.
Elle a cependant ajouté : « D'autre part, de nombreuses régions moins développées et à revenu moyen, notamment dans le sud et le sud-ouest de l'Europe, stagnent ou prennent du retard. En tant qu'Européens, pouvons-nous vivre avec une convergence limitée ? Le modèle européen peut-il s'accommoder d'un piège de développement où les régions pauvres convergent dans une certaine mesure, mais pas plus ? »
Le constat est en effet le suivant. Alors que les régions les moins développées (c’est-à-dire avec un PIB par habitant inférieur à 75% de la moyenne de l’Union) connaissent une croissance forte, les régions en transition ou à revenu intermédiaire (c’est-à-dire dont le PIB par habitant est compris entre 75 et 100% de la moyenne de l'UE) stagnent, comme en Italie du Sud, en Espagne et en Grèce.
Alors qu’il est assez aisé de faire gagner des points de croissance pour les régions les moins développées, qui bénéficient d’une main-d’œuvre à bas coût, par exemple, les régions en transition sont souvent confrontées à plusieurs obstacles.
Leur tissu industriel est faible, leur démographie est en berne, avec une fuite des jeunes vers des régions et des nœuds urbains plus prometteurs, la main-d’œuvre sur place n’est pas suffisamment formée et les revenus moyens de salaire ne permette plus une concurrence salariale par le prix, surtout si la croissance salariale est plus forte que la productivité.
Il faut donc développer une stratégie plus « sophistiquée », qui prend du temps, a expliqué la commissaire. Celle-ci doit se concentrer notamment sur le niveau de formation et d’éducation des personnes vivant sur le territoire, en lien avec les besoins générés par la double transition numérique et verte. Par ailleurs, la commissaire a insisté sur l’amélioration de la qualité des institutions locales et régionales pour permettre un usage efficace des fonds en place.
Il y a un risque. En effet, une « géographie du mécontent » ('geography of discontent') se dessine. Se met alors en place une approche « simpliste » dans une frange de la population de ces régions, selon la commissaire : « le système ne se soucie pas de moi, je ne me soucie donc pas du système ». Une défiance vis-à-vis de l'ordre institutionnel établi peut émerger.
La pandémie aggrave les disparités
Comme souvent en période de crise, la pandémie a révélé et surtout aggravé les disparités entre les régions en provoquant « la pire récession depuis 1945 ». Le taux de mortalité en atteste : alors qu'il a augmenté de 13% dans les régions européennes, il a grimpé à 17% dans les régions les moins développées.
Il existe par ailleurs une fracture numérique et de l’innovation. Les connexions à très haut débit ne sont accessibles qu’à deux citadins sur trois et à un habitant des zones rurales sur six en Europe. Par ailleurs, les territoires d’innovation sont toujours plus concentrés, apprend-on.
Enseignements pour la politique de cohésion
Bien que ce ne soit pas l’objet de ce rapport, qui visait à dresser un état des lieux, plusieurs enseignements peuvent être esquissés quant à l’avenir de la politique de cohésion. La commissaire a indiqué que l’approche territorialisée devrait être horizontale et concerner toutes les politiques européennes. Le rapport insiste sur l’importance d’une approche axée sur le partenariat, qui « renforce » la cohésion.
L’un des enjeux à venir est la bonne articulation entre la politique de cohésion et les autres politiques, qui sont la plupart du temps en gestion centralisée. Répondant à EUROPE, la commissaire a estimé qu’il s’agissait là d'un point « très important ».
Il faut éviter, selon elle, de créer des situations « à somme nulle », où des politiques européennes sont en contradiction. Pour rappel, nombreux ont été ceux, du côté des eurodéputés comme des régions, qui ont pointé du doigt l’incidence qu’ont eue les mesures d’urgence et surtout la Facilité pour la reprise et la résilience sur la programmation de la politique de cohésion 2021-2027 (EUROPE 12877/10).
Pour consulter le rapport : https://aeur.eu/f/9n (Pascal Hansens)