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Bulletin Quotidien Europe N° 12896
CRISE RUSSO-UKRAINIENNE / Russie

Les Européens s’accordent sur des sanctions et laissent la porte ouverte à des mesures supplémentaires

Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE se sont accordés, mardi 22 février, lors d’une réunion informelle en format hybride, sur des sanctions en réaction à la reconnaissance par la Russie de l’indépendance des Républiques populaires de Donetsk et Louhansk, fermement condamnée par l’Union européenne (EUROPE 12895/1).

Devant la presse, à l'issue de la réunion, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a estimé que cette reconnaissance, tout comme l’arrivée, quelques heures plus tard, de forces militaires russes sur le sol ukrainien, était « un acte prévisible » et d’une « extrême gravité ».

Dans une déclaration au nom des Vingt-sept publiée plus tôt dans la journée, M. Borrell a expliqué que « cet acte illégal porte encore plus atteinte à la souveraineté et à l'indépendance de l'Ukraine et constitue une violation grave du droit international et des accords internationaux ». Il a ajouté que la Russie violait clairement les accords de Minsk et qu'elle rompait son engagement à travailler dans le cadre du format 'Normandie' et du Groupe de contact trilatéral pour trouver un règlement pacifique à ce conflit.

Pour toutes ces raisons, l’UE a décidé d’adopter une première salve de mesures à l’encontre de la Russie et des régions séparatistes. À l’issue de la réunion des ministres, le chef de la diplomatie européenne a détaillé ces mesures, prises en coordination avec les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada, convaincu qu'elles vont « frapper durement la Russie ».

Ainsi, les Européens vont sanctionner plusieurs centaines de personnes associées à la décision de reconnaissance. Selon M. Borrell, il s'agit des 351 députés de la Douma, qui ont voté pour cette reconnaissance, et de 27 personnes et entités qui minent ou menacent l’intégrité territoriale, l’indépendance et la souveraineté de l’Ukraine. Ces personnes et entités sont les décideurs responsables des menaces contre l’Ukraine, les entités les soutenant financièrement ou en bénéficiant, ceux qui, dans le secteur de la défense, ont joué un rôle dans l’invasion et les actions déstabilisatrices, ceux qui mènent des « guerres » de désinformation contre l’Ukraine et les banques qui financent les décideurs russes et des opérations dans les régions séparatistes.

Bien que principal responsable de la reconnaissance, le président russe, Vladimir Poutine, n’est pas sanctionné.

De plus, les Européens vont cibler la capacité de l'État et du gouvernement russes à accéder aux marchés et services financiers de l'UE, limitant ainsi le financement de leurs activités.

Enfin, les sanctions porteront sur les relations économiques entre les deux régions séparatistes et l'UE « pour faire en sorte que les responsables ressentent les conséquences économiques de leur action illégale et agressive », a expliqué le Haut Représentant. Cela avait déjà été fait avec la Crimée, lorsque celle-ci a été annexée illégalement par la Russie.

« Plus de shopping à Milan, de fêtes à Saint-Tropez, de diamants à Anvers. C’est un premier pas », a prévenu M. Borrell sur son compte Twitter.

Par ailleurs, le gouvernement allemand a décidé, de manière autonome, de suspendre la certification du gazoduc Nord Stream 2 (EUROPE 12896/2).

À l’heure de notre bouclage, les ambassadeurs des États membres auprès de l'UE (Coreper), qui s’étaient déjà réunis dans la matinée pour préparer les mesures, étaient de nouveau en réunion pour avancer dans la préparation.

Menace de mesures supplémentaires

Les premières sanctions pas encore officiellement adoptées, les Européens ont déjà prévenu qu’ils pourraient prendre des mesures supplémentaires si la Russie poursuivait ses actions.

« J’ai peur que l’histoire ne soit pas terminée », a reconnu M. Borrell. « Nous augmenterons le niveau des sanctions de manière substantielle en fonction du comportement de la Russie, car de nombreux points d'interrogation subsistent à ce moment critique : l'annexion, ce qui se passe avec le reste du territoire de ces républiques toujours sous le contrôle du gouvernement de Kiev... », a-t-il ajouté, prévenant que l’UE gardait des « munitions », si besoin. L'UE avait préparé un paquet complet de sanctions en cas d'invasion de l'Ukraine par la Russie. 

Alors que les ministres discutaient, le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé qu’il reconnaissait la souveraineté séparatiste sur l'ensemble des oblasts de Donetsk et Louhansk, dont une partie est sous le contrôle du gouvernement, et le Conseil de la Fédération de Russie donnait l’autorisation pour le déploiement des militaires russes à l'étranger.

Selon le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, « Moscou est maintenant passé des tentatives secrètes de déstabilisation de l'Ukraine à une action militaire ouverte ». « Tout indique que la Russie continue de planifier une attaque à grande échelle contre l'Ukraine », a-t-il ajouté.

Porte ouverte au dialogue

Malgré la situation, les Européens misent toujours sur le dialogue. « Ce que nous avons pu constater, c’est la volonté d’aller vite pour ce premier train de sanctions, tout en disant que cette fermeté laisse la porte ouverte à la diplomatie », a précisé le ministre français, Jean-Yves Le Drian.

Pour M. Borrell, « la diplomatie doit se poursuivre pour éviter une nouvelle éruption de guerre, un conflit au cœur de l'Europe. Je suis entièrement d'accord avec le secrétaire général des Nations Unies sur le fait que le risque d'un conflit majeur est réel et que nous devons l'éviter à tout prix ». Il a annoncé qu’il continuerait à œuvrer au sein de l'OSCE, en particulier, pour ramener la Russie à la table des négociations. 

M. Le Drian a fait savoir que sa rencontre avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, prévue vendredi, était annulée.

Voir la déclaration du Haut Représentant au nom des Vingt-Sept : https://aeur.eu/f/gb  (Camille-Cerise Gessant)

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