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Bulletin Quotidien Europe N° 12895
ACTION EXTÉRIEURE / Ukraine

Reconnaissance des régions séparatistes, l’UE menace la Russie de sanctions

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé, lundi 21 février dans la soirée, qu'il allait reconnaître l’indépendance des ‘Républiques populaires’ de Donestk et Louhansk.

Les présidents du Conseil européen Charles Michel et de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont immédiatement réagi à l’annonce russe, qualifiant la reconnaissance de « violation flagrante du droit international, de l'intégrité territoriale de l'Ukraine et des accords de Minsk ». Ils ont prévenu, via leurs comptes Twitter, que l'UE et ses partenaires réagiraient avec « unité, fermeté et détermination en toute solidarité avec l’Ukraine ».

Peu avant le discours de Vladimir Poutine, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, avait menacé la Russie de sanctions si le gouvernement russe reconnaissait l’indépendance des deux régions.

Il y a quelques jours, la Douma russe avait demandé à Vladimir Poutine de reconnaître l'indépendance de ces régions et, lundi 21 février, les 'dirigeants' de ces deux territoires ont eux aussi appelé à cette reconnaissance. Le Haut Représentant avait dénoncé le vote de la Douma. 

En cas de reconnaissance, « nous sommes prêts à agir d’une manière forte et unie », a prévenu M. Borrell à l’issue du Conseil 'Affaires étrangères'. Et d’ajouter qu’en cas d’annexion de ces régions, « il y aurait certainement des sanctions » et qu’en cas de reconnaissance, il mettrait sur la table des sanctions et les ministres décideraient.

Les États membres pourraient travailler à partir du paquet de sanctions préparé en cas d'invasion de l'Ukraine par la Russie. « Nous avons un paquet. Il comporte des éléments qui peuvent être mis en œuvre à certains degrés en fonction de l'action. Voici ce qui sera présenté aux ministres », a expliqué M. Borrell. 

Le Haut Représentant a aussi prévenu que, si la Russie menait une attaque depuis le territoire biélorusse ou si la Biélorussie y participait, l’UE imposerait des sanctions à Minsk.

Plus tôt dans la journée, les ministres s’étaient montrés divisés sur l’adoption de mesures, avant les annonces liées à l’indépendance des régions. Les ministres lituanien et letton, Gabrielius Landsbergis et Edgars Rinkēvičs, avaient plaidé pour une adoption dès à présent, considérant que la Russie menait déjà des attaques contre l’Ukraine. « Nous n’avons pas besoin d’attendre une attaque (pour adopter des sanctions : NDLR]. L’Ukraine est déjà attaquée », a estimé M. Landsbergis à son arrivée au Conseil, soulignant la pression économique et la « campagne de terreur » auxquelles fait face le pays, « encerclé par une armée étrangère ». Selon le ministre, « la Russie a un arsenal énorme de ce qu’elle peut déployer avant une attaque militaire ».

D'autres ministres estimaient, eux, qu'il fallait miser à 100% sur le dialogue. « S’il devait y avoir une invasion de l’Ukraine, des sanctions très importantes suivraient, mais je pense que le moyen pour empêcher une guerre est de parler et de trouver des compromis et des moyens d’avancer et d’empêcher l’invasion, cela doit être la priorité aujourd’hui », avait expliqué l'Irlandais Simon Coveney.

Soutien supplémentaire à l’Ukraine

Les ministres ont aussi apporté un soutien supplémentaire à l’Ukraine. Ils ont donné leur accord de principe à une mission de conseil de formation militaire, réalisée dans le cadre de la Facilité européenne pour la Paix. « Nous sommes parvenus à un accord de principe avec l'UE pour que l'UE joue un rôle de formation consultative en Ukraine... il ne s'agit pas de forces de combat », a annoncé le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, qui a participé à une partie du Conseil. Cependant, selon le ministre, les détails, les paramètres et le calendrier doivent être définis. 

Le Haut Représentant a également annoncé un soutien supplémentaire concernant la lutte contre les cyberattaques et la désinformation, avec l’envoi d’une mission européenne.

En soutien à l’Ukraine, le Conseil de l'UE a également approuvé une aide macrofinancière d'un montant de 1,2 milliard d'euros sous la forme de prêts (EUROPE 12892/11). Selon lui, les tensions géopolitiques actuelles ont un effet néfaste sur la stabilité économique et financière du pays, les menaces persistantes pesant sur la sécurité de l'Ukraine ayant déjà provoqué une sortie considérable de capitaux. Le versement de la première tranche de 600 millions d'euros interviendra rapidement après l'entrée en vigueur du protocole d'accord sur des mesures structurelles spécifiques, qui doit être conclu entre l'UE et l'Ukraine. Le versement de la deuxième tranche sera notamment lié à la concrétisation de ces mesures dans des domaines tels que le renforcement de la résilience et de la stabilité économiques, la gouvernance et l'État de droit et l'énergie.

Voir le projet de décision portant attribution de l'aide financière : https://aeur.eu/f/bi

Voir l'évaluation ex ante : https://aeur.eu/f/eq

L'UE a également annoncé la fourniture d’une aide d'urgence en matière de protection civile (voir autre nouvelle).

M. Kuleba a aussi expliqué avoir demandé à ses homologues d’accorder à l’Ukraine une perspective européenne. « La meilleure décision stratégique que l’UE pourrait prendre pour l’apaisement pour améliorer la situation sécuritaire est d’envoyer un message clair à la Russie que l’Ukraine est une partie d’elle même », a-t-il expliqué. Interrogé sur le sujet, le Haut Représentant a précisé que la perspective européenne de l’Ukraine était « claire » et que l’UE aidait le pays à faire les réformes nécessaires avant de se rapprocher de cette perspective. « Cela ne signifie pas que l’on va proposer une adhésion demain, mais nous voulons que l’Ukraine soit un partenaire partageant les mêmes valeurs » (like minded partner), a prévenu M. Borrell.

Le Haut Représentant a également rappelé que les diplomates européens ne quittaient pas le pays. Ainsi, selon M. Borrell, 26 ambassades et la délégation de l'UE en Ukraine restent ouvertes, à Kiev. Les Pays-Bas, de leur côté, ont décidé de relocaliser leur ambassade à Lviv. (Camille-Cerise Gessant avec Mathieu Bion)

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