Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, et le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, ont annoncé, dans la soirée de mercredi 26 janvier, avoir remis à la Russie leurs réponses concernant les propositions de celle-ci sur l’architecture sécuritaire de l’Europe.
S’il n’a pas révélé la teneur du texte, M. Stoltenberg a expliqué que le document, négocié et agréé par les 30 Alliés, comprend des propositions écrites et des sujets sur lesquels les Alliés estiment qu'il est possible de progresser avec la Russie.
Le secrétaire général a mis en avant trois domaines principaux. Selon lui, les relations entre l’OTAN et la Russie peuvent s’améliorer, notamment via le rétablissement des bureaux respectifs à Bruxelles et Moscou. « Nous devrions également utiliser pleinement les canaux de communication existants entre militaires afin de promouvoir la transparence et de réduire les risques et envisager la mise en place d'une ligne téléphonique civile d'urgence », a expliqué M. Stoltenberg.
Selon lui, il est aussi possible de progresser sur la sécurité européenne, y compris la situation en Ukraine. « Nous sommes prêts à écouter les préoccupations de la Russie et à engager une véritable conversation sur la manière de maintenir et de renforcer les principes fondamentaux de la sécurité européenne auxquels nous avons tous souscrit, à commencer par l'Acte final d'Helsinki », a-t-il souligné, tout en prévenant que les Alliés ne feront pas de concessions sur les principes fondamentaux de cet Acte.
En parallèle, M. Stoltenberg a appelé la Russie à s'abstenir de toute posture de force coercitive, de toute rhétorique agressive et de toute activité malveillante, et de retirer ses forces d'Ukraine, de Géorgie et de Moldavie. « Toutes les parties devraient s'engager de manière constructive dans des efforts visant à régler les conflits, y compris dans le cadre du format Normandie », a-t-il ajouté.
Enfin, le secrétaire général a plaidé pour des mesures pratiques liées à la réduction des risques, la transparence et la maîtrise des armements. Il a donc proposé des exposés mutuels sur les exercices et les politiques nucléaires au sein du Conseil OTAN-Russie et la modernisation du document de Vienne sur la transparence militaire. Le secrétaire général a aussi estimé qu’il fallait s’employer à réduire les menaces spatiales et cybernétiques, se consulter sur les moyens de prévenir les incidents dans les airs et en mer, s’engager à nouveau à respecter pleinement les engagements internationaux relatifs aux armes chimiques et biologiques et avoir une « conversation sérieuse » sur le contrôle des armements, y compris les armes nucléaires et les missiles terrestres de portée intermédiaire et plus courte.
Tout en misant sur le dialogue, l'Alliance se prépare au pire
Le secrétaire général a rappelé que, tout en travaillant à un apaisement, l’Alliance s’est aussi préparée au pire. « Parallèlement à nos efforts sur la voie du dialogue, nous augmentons l'état de préparation de nos forces et les Alliés de l'OTAN ont également renforcé leur présence, notamment dans la région de la mer Noire et de la mer Baltique, avec davantage de navires et d'avions, en partie pour avoir la meilleure image possible des développements en Ukraine et dans les environs, mais aussi pour rassurer les Alliés », a-t-il prévenu. M. Stoltenberg a ajouté qu’il y a quelques semaines, les Alliés avaient augmenté l’état de préparation de la force de réaction rapide de l’Alliance.
« Nous avons des plans en place que nous pouvons activer, exécuter dans un délai très court », a-t-il prévenu, rappelant que, si la Russie utilisait la force contre l'Ukraine ou un autre pays, « cela aura de graves conséquences ».
Des réponses qui se renforcent mutuellement
En parallèle du rendu du document de l’OTAN, l’ambassadeur américain à Moscou, John Sullivan, a remis la réponse américaine, qui, selon le secrétaire d’État américain, « définit une voie diplomatique sérieuse pour l'avenir, si la Russie la choisit ». Les deux documents se renforcent, a précisé le secrétaire d’État.
D'après M. Blinken, le document, qui ne comprend pas de propositions explicites, porte sur : - les préoccupations des États-Unis, de ses alliés et de ses partenaires concernant les actions de la Russie qui portent atteinte à la sécurité ; - une évaluation « de principe et pragmatique » des préoccupations soulevées par la Russie ; - les domaines dans lesquels un terrain d’entente pourrait être trouvé.
Si les domaines cités sont similaires à ceux évoqués par l’OTAN, le document évoque la possibilité de mesures de transparence réciproques concernant le dispositif de forces en Ukraine. « Ce n'est pas un document de négociation officiel », a aussi expliqué M. Blinken aux médias.
Jeudi 27 janvier, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a annoncé que Moscou répondrait aux États-Unis sans se presser. « On ne peut pas dire que nos points de vue aient été pris en compte ou qu'il y ait une volonté de prendre en considération nos préoccupations », a-t-il regretté.
Nouvelle rencontre des conseillers du format Normandie dans quelques jours
Le même jour, les conseillers diplomatiques des dirigeants allemand, français, russe et ukrainien, réunis en format Normandie à Paris, sont convenus de se retrouver dans deux semaines à Berlin.
Dans une déclaration commune, ils ont souligné que les accords de Minsk étaient la base du travail du format et se sont dits engagés à atténuer les désaccords actuels dans les travaux à venir. Les conseillers ont exprimé leur soutien au respect inconditionnel du cessez-le-feu et une pleine adhésion aux mesures de renforcement de ce cessez-le-feu du 22 juillet 2020, « indépendamment des différences sur d’autres sujets relatifs à la mise en œuvre des accords de Minsk ».
Ils ont également discuté de l’importance du groupe de contact trilatéral et de ses groupes de travail pour intensifier leurs activités en vue de progrès rapides dans la mise en œuvre des accords de Minsk.
Une délégation du PE en Ukraine
Par ailleurs, une délégation du Parlement européen, menée par le président de la commission des Affaires étrangères, David McAllister (PPE, allemand), et la présidente de la sous-commission 'Sécurité et Défense', Nathalie Loiseau (Renew Europe, française), se rendra en Ukraine du 30 janvier au 2 février pour examiner la situation sur le terrain et montrer sa solidarité avec les Ukrainiens.
Radosław Sikorski (PPE, polonais), Tonino Picula (S&D, croate), Petras Auštrevičius (Renew Europe, lituanien), Adam Bielan (CRE, polonais), Viola Von Cramon-Taubadel Vverts/ALE, allemande), Jaak Madison (ID, estonien) et le rapporteur du PE sur l'Ukraine, Michael Gahler (PPE, allemand), complètent la mission.
Les députés rencontreront notamment le Premier ministre, Denys Chmyhal, et le Président de la Rada, Rouslan Stefantchouk. M. McAllister a précisé que la mission ne se rendait pas uniquement à Kiev, mais il n'a pas souhaité donner plus de détails, pour des raisons de sécurité. (Camille-Cerise Gessant)