Alors que le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, se rendra au Mozambique en début de semaine prochaine, le directeur général de l’état-major de l’Union européenne (EMUE), le vice-amiral Hervé Bléjean, a annoncé, mercredi 26 janvier, qu’il pensait demander l’extension de la mission de formation EUTM Mozambique à la province de Cabo Delgado.
« Si l’analyse sécuritaire confirme sur le moyen terme une amélioration de la situation à Cabo Delgado, je compte prochainement demander l’extension de la mission à la zone pour pouvoir y faire un certain nombre d’observations », a expliqué M. Bléjean lors d’une audition en sous-commission ‘Sécurité et défense’ du Parlement européen, rappelant par après que des politiques se déplaçaient dans la zone. Absente de la province, l’UE doit demander des informations à des partenaires.
La mission EUTM a débuté les formations, le 1er novembre, des forces armées mozambicaines pour les aider à faire face à la crise dans le Cabo Delgado. EUTM Mozambique va former cinq compagnies de fusiliers marins et six compagnies de commandos des forces terrestres, qui forment les forces de réaction rapide mozambicaines.
La mission a trois lieux de formations différents : un pour les fusiliers marins à Catembe, un pour les commandos à Chimoio et un pour la formation des contrôleurs aériens avancés à l’aéroport de Maputo, dans des conditions souvent sommaires, selon M. Bléjean. 4,2 millions d’euros de la Facilité européenne pour la paix devraient être consacrés à améliorer les installations, qui seront ensuite remises aux autorités mozambicaines, une fois les formations accomplies.
Le vice-amiral a espéré que la mission atteigne sa pleine capacité opérationnelle au printemps. La mission a identifié 161 postes, mais dont certains à double casquette. « Donc, le maximum de personnes physiquement déployées sera de 115 », a-t-il expliqué. « Depuis le 1er novembre, le taux de remplissage moyen des effectifs est d'environ 45% avec une situation, au sein du groupe de soutien, critique, avec seulement 19% », a expliqué M. Bléjean. Si la majorité du personnel est actuellement portugaise, une douzaine d’États membres ont affiché leur intention d’y participer.
Selon le vice-amiral, la conférence de génération de force de décembre a permis de remplir 131 postes sur 161, soit 80% des effectifs, suffisants pour déclarer la pleine capacité opérationnelle de l’opération. Trois pays hors UE ont souligné leur intérêt pour participer : la Macédoine du Nord, le Brésil et la Serbie, cette dernière étant la seule à avoir finalisé son offre pour le moment.
Le directeur général de l’EMUE est aussi revenu sur la fourniture du matériel aux forces mozambicaines. « Les équipements ne doivent pas devenir la seule matrice vis-à-vis du soutien, mais on doit les considérer comme un levier ou une clé qui ouvre certaines portes », a expliqué M. Bléjean. Selon lui, c’est au moment où les Européens ont mis sur la table la question des équipements qu’ils ont attiré l’attention des autorités mozambicaines.
Via la Facilité européenne pour la paix, l’UE va consacrer au Mozambique quatre millions d’euros pour 2021, 45 millions pour 2022 et 40 millions pour 2023, pour des équipements non létaux. Il s’agit à la fois de fournir des équipements individuels (casques, uniformes…), des équipements de mobilité (véhicules et embarcations rapides) et des éléments d’autonomie logistique de manière à ce que les forces puissent se déployer (tentes, sacs de couchage, mais aussi sécurisation de l’environnement, dont des drones tactiques).
Selon M. Bléjean, le Rwanda, dont des forces sont présentes à Cabo Delgado, ont demandé un soutien de l’UE via la Facilité européenne pour la paix et le Haut Représentant y serait favorable.
Enfin, le vice-amiral est revenu sur le groupe Wagner. Si, selon lui, les conditions au Mozambique ne permettraient pas au groupe de revenir avec un ‘business model’ qui fonctionne, il a cependant appelé à la prudence, expliquant que le président mozambicain avait confirmé qu’il était ouvert à une collaboration avec la Russie dans le domaine sécuritaire. (Camille-Cerise Gessant)