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Bulletin Quotidien Europe N° 12729
REPÈRES / RepÈres

2021, Année européenne du Rail. Vraiment ? (2)

Le 24 juin, le Conseil marqua son soutien au projet. Le CESE rendit son avis le 16 juillet : un long texte contenant notamment des considérations sur les cheminots (qui ne seraient pas reprises dans la décision finale), sur les gares et les musées ferroviaires. Le 14 octobre, le CdR rendit son avis, demandant un budget de 12 millions et le Parlement adopta le rapport d’Anna Deparnay-Grunenberg, riche de nombreux amendements, et réclamant une enveloppe de 16 millions. Le temps pressait et les réunions en trilogue permirent d’aboutir à un accord en première lecture le 18 novembre, accord qui fut validé par une résolution du PE du 15 décembre et une approbation formelle du Conseil le 17 (EUROPE 12625/41). La décision, datée du 23 décembre, fut publiée au Journal officiel cinq jours plus tard (JOUE L 437 du 28.12.2020, p. 108). Le Considérant 12 parlait d’un financement d’au moins 8 millions : le Parlement dut s’aligner sur la Commission et le Conseil. Cette enveloppe est sans doute inférieure à l’enjeu, mais identique à celle de la dernière Année européenne, consacrée au patrimoine (2018).

Les objectifs de l’Année sont, entre autres : promouvoir le rail en tant que mode de transport durable, y compris dans le cadre du tourisme, mettre en avant sa dimension européenne et transfrontière, renforcer sa contribution à l’économie, faire le lien avec les pays voisins, s’appuyer sur la puissance évocatrice du rail dans l’imaginaire collectif, promouvoir l’attractivité des métiers du rails ainsi que le réseau de trains de nuit, contribuer à la mise en œuvre du quatrième paquet ferroviaire, stimuler le débat en vue de moderniser les infrastructures et le matériel roulant. Quant aux mesures, l’on retrouve les classiques (initiatives et manifestations, expositions, campagnes de sensibilisation, partages d’expérience, promotion via les médias et les réseaux sociaux), tout en découvrant des spécificités (trains de démonstration, partenariats avec l’ERA, les festivals de cinéma et les musées du train, pass interrail pour les jeunes, mobilisation des gares en tant que lieux artistiques). L’ambition est grande et justifiée.

Dès le 1er janvier, la Commission activait son nouveau site internet dévolu à l’Année (https://europa.eu/year-of-rail/index_fr ) sur lequel une vingtaine d’activités étaient déjà mentionnées (EUROPE 12628/13). Le 25, fut attribué le Prix du chemin de fer européen, récurrent depuis 2007. Il revenait à la Présidence portugaise du Conseil de lancer l’Année. L’événement eut lieu à Lisbonne le 29 mars, avec la participation de nombreuses personnalités, dont la Commissaire aux Transports, Adina-Ioana Vălean, qui insista sur l’interopérabilité et la numérisation du secteur (EUROPE 12688/7), ce qui parlait sûrement au cœur des gens.

Consulté le 26 mai, le site ad hoc de la Commission inventorie désormais quelque 150 événements, dont 7 prévus en 2022 ; sauf erreur, une cérémonie de clôture de l’Année n’est pas annoncée. Malheureusement, ce site ne contient aucune revue de presse : manque de matière ?

Au bout de cinq mois, l’Année touche-t-elle le grand public ? Si tel est le but, la façon la plus simple de procéder consiste à la mentionner sans équivoque sur les pages d’accueil des sites Internet des principaux opérateurs auxquels s’adressent les nombreux usagers. J’ai visité celles de neuf compagnies européennes de chemin de fer (Deutsche Bahn, SNCF, SNCB Europe, Thalys, DSB, Trenitalia, CFL, NS.NL et PKP) : aucune mention. Les gares les plus concernées par l’UE ? Rien sur les sites de Strasbourg, Luxembourg-ville, Bruxelles-Midi, Francfort, Paris-Nord. Les musées du rail, alors ? Il y en a au moins 35 dans l’UE, j’ai essayé : Bahnpark Augsburg, Süddeustche Eisenbahnmuseum Heilbronn, Feld und indutriebahnmuseum, Train World, Cité du train de Mulhouse (présentée comme « le plus grand musée ferroviaire d’Europe »), Musée national ferroviaire de Pietrarsa : zéro partout. Seul se distingue, en bien, le Musée du Chemin de fer de Catalogne, avec la mention d’une conférence sur l’Année tenue le 26 avril.

L’Année apparaît sur les pages d’accueil de l’ERA (avec une vidéo unilingue et quelques événements ou enquêtes), de la Communauté européenne du Rail (superbe), de l’UNIFE, de l’EIM. Mais rien sur celles de Shift2Rail, de l’ERFA ni d’Allrail – tous participants à la réunion décisive précitée – ni de Railteam. Y croient-ils eux-mêmes ? Europalia annonce son grand programme Trains and Track, l’un des fleurons de l’Année, mais pour voir celle-ci incidemment citée, il faut aller loin dans le texte.

Avec une lueur d’espoir, je suis alors revenu à nos fondamentaux. Parlement, Commission, Conseil : néant – en trilogue (?)…

Les décideurs comptent sur les réseaux sociaux. Prenons le plus célèbre, Facebook. Tapons « Année européenne du rail » : nous tombons seulement sur l’UAICF (Union artistique et intellectuelle des cheminots français) qui contribuera par ses expositions de peinture. Même essai en anglais : c’est mieux (photos, série d’événements, groupes motivés). Au demeurant, le débat sur le rail européen ne fait pas rage.

Si la décision de décembre fut mentionnée dans les grands médias, ceux-ci évoquent vraiment très peu l’Année depuis son début ; il faut aller vers des médias spécialisés (Euronews, Euractiv etc.) pour faire chichement son miel. Autant dire que le grand public n’a toujours pas entendu parler de cette initiative et de son contenu.

Plusieurs organismes représentatifs du secteur ferroviaire ont demandé que l’Année soit prolongée en 2022, du fait que la pandémie de Covid-19-handicape actuellement le programme. Mais une centaine d’eurodéputés ont écrit à la Présidente de la Commission pour que 2022 soit – tenez-vous bien – l’Année européenne de l’aviation (Euractiv, 15 avril). Au vu des milliards d’euros en aides d’État à l’aéronautique déjà validées par l’institution – dont certaines ont été retoquées récemment par le Tribunal de l’UE (EUROPE 12722/24) – il ne faut pas exclure que celle-ci retienne l’idée. Cela reviendrait à célébrer le transport le plus pollueur après le moindre.

La bataille du rail n’est pas gagnée.

Renaud Denuit

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