Les députés de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire du Parlement européen (ENVI) sont déterminés à ce que l’UE contribue d'urgence et efficacement à lutter contre la sixième extinction des espèces dans le monde en mettant en œuvre une stratégie fondée sur des actions concrètes, une législation ambitieuse et des moyens financiers suffisants.
À une très large majorité (62 voix pour, 4 contre et 12 abstentions), ils ont adopté, le 28 mai, leur position sur la stratégie de l'UE pour la biodiversité à l’horizon 2030, présentée en mai 2020 par la Commission européenne. Il aura fallu pour cela cinq mois et un travail colossal de compromis avec les nombreuses commissions parlementaires impliquées (EUROPE 12727/2, 12636/8).
Le rapport d’initiative de César Luena (S&D espagnol) ainsi amendé salue l'ambition de la stratégie qui vise a garantir la restauration, la résilience et la protection des écosystèmes mondiaux d'ici 2050, et ses objectifs juridiquement contraignants. Le texte renforce cette stratégie, notamment en demandant une loi de l'UE sur la biodiversité, sur le modèle de la 'loi climat' pour établir un cadre de gouvernance jusqu'en 2050.
Eu égard à l'échec des stratégies pour la biodiversité précédentes (à l'horizon 2010 et 2020), la nouvelle stratégie doit traiter de façon efficace les cinq principaux facteurs de changement dans la nature : les changements dans l’utilisation des terres et des mers, l’exploitation directe des organismes, le changement climatique, la pollution et les espèces exotiques envahissantes, soulignent les députés.
Ils affirment que la mobilisation par l'UE de 20 milliards € par an est nécessaire pour les actions en faveur de la biodiversité en Europe.
« Nous sommes très satisfaits du résultat du vote. En plus d'avoir obtenu une majorité pour approuver les principaux objectifs de la stratégie de la Commission, nous avons également obtenu un soutien pour nos propositions législatives ambitieuses, en particulier notre appel pour une loi européenne sur la biodiversité », a déclaré M. Luena.
La loi de l'UE sur la biodiversité devrait protéger la biodiversité à l'intérieur et au-delà des zones protégées et orienter le chemin vers 2050 grâce à une série d'objectifs, notamment des objectifs intermédiaires pour 2030, et aux engagements découlant de la prochaine conférence onusienne (COP15) sur la diversité biologique où doit être adopté le cadre mondial post-2020.
Selon les députés, 30% au moins des zones terrestres et maritimes de l'UE doivent être protégées d'ici 2030 et au moins un tiers de ces zones - y compris toutes les forêts primaires et anciennes restantes de l'UE - doivent être strictement protégées et laissées essentiellement intactes. Les objectifs nationaux devraient tenir compte des différences de taille géographique et de la part de zones naturelles.
Les députés estiment qu'un « état de conservation favorable » devrait être atteint pour toutes les espèces et tous les habitats protégés et qu'au moins 30% de ceux qui ne le sont pas actuellement devraient accéder à ce statut ou montrer une forte tendance dans cette direction.
Ils demandent aussi à l'UE de prendre la tête des efforts mondiaux visant à mettre fin au commerce des espèces menacées d'extinction.
Les députés s’opposent au renouvellement de l'autorisation du glyphosate après le 31 décembre 2022 et réitèrent leur appel à une révision urgente de l’initiative européenne sur les pollinisateurs de 2018, avec des objectifs et des indicateurs clairs, afin de mettre un terme au déclin de ces insectes essentiels pour l'environnement et la sécurité alimentaire (EUROPE 12728/8).
Le rapport préconise la mise en place d'une plateforme européenne pour la végétalisation des villes et des objectifs contraignants en matière de biodiversité urbaine tels qu'une part minimale de toits verts sur les nouveaux bâtiments et l'interdiction de l'utilisation de pesticides chimiques.
Une législation pour la protection et l'utilisation durable des sols est préconisée.
Le rapport insiste aussi sur l'importance d'une application holistique du principe 'One Health' par l'UE et ses États membres.
Il sera soumis au vote du Parlement européen lors de la session plénière du 7 au 10 juin. (Aminata Niang)