L'Union européenne s'est donné pour objectif de mettre sur pied, dans les années à venir, un Espace européen de la recherche (EER) plus performant et plus résilient (EUROPE 12571/9). Les États membres ont reconnu, vendredi 28 mai, qu'il leur faudrait, à cet égard, élaborer des cadres de carrière plus attrayants pour les chercheurs.
Réunis à l'occasion d'un Conseil consacré à la Recherche, les ministres européens ont adopté des conclusions reconnaissant la nécessité de « créer des conditions de travail et d'emploi inclusives et favorables », afin d'« attirer les meilleurs talents » et « de retenir les excellents chercheurs d'Europe et d'ailleurs ».
Circulation. Ces conclusions mettent l'accent en premier lieu sur la mobilité des chercheurs : elles appellent les États membres à favoriser la circulation des cerveaux pour remédier aux déséquilibres actuels.
Selon Eurostat, en 2018, l'Italie et la France ne détenaient par exemple que 16% des scientifiques et ingénieurs de l'UE - soit un taux inférieur à leur part de la population européenne (25%) - tandis que l'Allemagne et le Royaume-Uni comptaient près de 40% des scientifiques et ingénieurs de l'Union.
Sur ce point, les conclusions soulignent donc la nécessité d'investir dans des systèmes de recherches nationaux et locaux ainsi que de créer des conditions de travail appropriées et équitables pour l'évolution des carrières.
La Commission, quant à elle, est invitée à prendre des mesures afin que la question des flux inégaux de chercheurs et de la circulation des cerveaux puisse être suivie au niveau européen, par exemple en exigeant des données comparables entre les différents pays.
Évolution de carrières. Les conclusions insistent en outre sur la nécessité de valoriser davantage les travaux de recherche, sans se limiter à certains domaines en particulier. L'accent est mis, plus largement, sur le fait que les chercheurs, en début de carrière, se heurtent à de nombreux obstacles.
Et ce, « faute de mécanismes d'orientation adéquats et de participation d'autres secteurs à leurs systèmes de formation et d'évolution de carrière, ce qui peut entraîner une inadéquation entre les compétences et les emplois disponibles sur le marché du travail », indique le Conseil.
Il suggère donc aux États, aux organismes de recherche ainsi qu'au secteur des entreprises de mieux collaborer afin de créer des parcours professionnels plus diversifiés, de répondre aux attentes des titulaires d'un doctorat et de réduire l'inadéquation des compétences.
S'agissant des obstacles rencontrés en début de carrière, le Conseil admet par ailleurs, sans rentrer toutefois dans le détail, que les femmes chercheurs « se heurtent à des obstacles spécifiques supplémentaires ».
Aucune mesure n'est proposée à cet égard. L'institution indique toutefois « prendre en considération » la mise en place d'un observatoire pour le suivi des trajectoires des carrières de recherche, des conditions de travail, des mobilités tant géographiques que sectorielles ainsi que des flux des titulaires de doctorats et de post-doctorats.
La Commission européenne, en coopération avec les États membres, est également encouragée à mettre en place « un système de suivi permanent, complet et transparent » des dynamiques du marché du travail dans le secteur.
Liberté académique. Les conclusions, enfin, mettent l'accent sur l'importance de préserver et de renforcer la liberté dans la recherche scientifique et les carrières de recherche.
« Les chercheurs sont de plus en plus exposés à des menaces et à la haine lorsqu'ils participent à des débats, partagent leurs résultats et contribuent au progrès des connaissances », regrette le Conseil, faisant écho au constat dressé par la Commission dans sa communication sur le nouvel EER.
Les conclusions réitèrent donc l'appel fait aux États membres, aux organismes de recherche et aux établissements d'enseignement supérieur afin que ceux-ci s'attaquent à ce problème.
Pour consulter le texte adopté : https://bit.ly/3fMm2Dm (Agathe Cherki)