La ‘Plateforme sur la finance durable’, qui réunit des parties prenantes pour conseiller la Commission européenne sur la taxonomie, a demandé l’accord de l'institution pour revoir la gouvernance et la transparence de la prise de décision sur les critères de la taxonomie de l’Union européenne, a annoncé son président, Nathan Fabian, dans une déclaration publiée sur Twitter le 21 avril.
Selon lui, une telle révision est nécessaire pour « s’assurer que le rôle des preuves scientifiques et de la contribution technique est protégé et respecté ».
Le même jour, cinq ONG (ECOS, le WWF, Transport & Environment, BirdLife, et le BEUC) ont annoncé qu’elles suspendaient leurs activités dans le cadre de la ‘Plateforme sur la finance durable’ mise en place par la Commission européenne, en réaction à la présentation du premier acte délégué sur la taxonomie de l’UE.
Ces organisations ont fustigé en particulier les critères relatifs à la bioénergie et à la sylviculture (EUROPE 12703/2, 12701/16).
Selon elles, ces critères « ne sont pas fondés sur la science » et « ignorent » les recommandations fournies par la plateforme (EUROPE 12682/21) en acceptant que l’exploitation forestière industrielle et la bioénergie issue de la combustion d’arbres et de cultures soient considérées comme des investissements durables.
Des critiques également exprimées par d’autres organisations de la société civile telles que Greenpeace ou encore le centre de réflexion (‘think tank’) E3G, ainsi que par le groupe des Verts/ALE du Parlement européen.
« La Commission a cédé aux lobbies des exploitants forestiers », a ainsi estimé l’eurodéputée Marie Toussaint (française). À l’instar de Greenpeace, elle a également exprimé ses inquiétudes face à la possible inclusion du gaz naturel et du nucléaire dans la taxonomie à travers un acte délégué ultérieur.
Mettant leur contribution à la Plateforme en pause, les cinq ONG réclament désormais des discussions avec la Commission afin d’établir des règles qui « empêchent de compromettre davantage la base scientifique de la taxonomie européenne ».
Il est à noter que le BEUC, BirdLife et Greenpeace ont d’ores et déjà appelé le Parlement européen et le Conseil de l’UE à rejeter l’acte délégué proposé par la Commission.
Autres réactions
Sans surprise, Bioenergy Europe, une organisation représentant le secteur européen de la bioénergie, a, au contraire, salué l’acte délégué.
« Il est tout à fait naturel que la bioénergie soit considérée comme un investissement durable, étant donné qu’elle offre une alternative aux combustibles fossiles et qu’elle est en fait le seul secteur énergétique à respecter les critères de durabilité obligatoires », a ainsi déclaré son secrétaire général, Jean-Marc Jossart.
Enfin, l’organisation Foratom représentant l’industrie nucléaire européenne s’est dite ravie de constater que la Commission est « prête à reconnaître que sa taxonomie doit être basée sur la science, si elle veut être crédible et réussir ». Elle a en outre appelé l’institution à publier le futur acte délégué couvrant le nucléaire « le plus rapidement possible » pour « s’assurer que la taxonomie n’entraîne pas de distorsions du marché ».
Voir la déclaration de Nathan Fabian : https://bit.ly/2Qh61wC (Damien Genicot)