Le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé, jeudi 22 avril, de maintenir inchangée sa politique monétaire très accommandante en raison de l'incertitude liée à la pandémie de Covid-19 pesant toujours sur l'économie de la zone euro à moyen terme.
L'institut monétaire poursuivra notamment le rythme actuel de rachat de titres surtout publics dans le cadre de l'opération PEPP lancée au printemps 2020 lors du déclenchement de la pandémie. Ce rythme avait été « nettement » augmenté à la mi-mars pour contrer une remontée rapide des taux d'intérêts sur les obligations souveraines (EUROPE 12676/28). Mais la BCE ne quantifie pas cette augmentation des rachats de titres sur les marchés secondaires.
« En mars, nous avons considéré que nous devions accélérer le rythme de rachat de manière significative. Nous avons continué à le faire de façon très déterminée. Et nous continuerons de la même façon, parce que notre analyse de la situation macroéconomique est globalement restée inchangée », a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde.
Elle a dépeint une situation en zone euro où les risques baissiers pour la croissance économique dominent à court terme, avec un rééquilibrage à moyen terme. Comme risques baissiers, elle a cité la pression de la situation sanitaire sur certains secteurs économiques et l'émergence de nouveaux variants du coronavirus. Le déploiement des campagnes de vaccination a, en revanche, un impact positif sur la croissance. Dans le secteur des services, l'un les plus affectés par la pandémie, des signes montrent qu'un niveau plancher ('bottoming-out') pourrait avoir été atteint.
Interrogée sur les éléments à prendre en compte pour décider de ralentir le rythme des rachats dans le cadre de l'opération PEPP, l'ancienne dirigeante du FMI a certifié qu'« aucune stratégie progressive de sortie de l'opération PEPP n'avait été discutée, parce que cela est simplement prématuré ». Selon elle, « la fixation du rythme de rachat n'est pas liée à un calendrier, mais dépend des données disponibles », à savoir une combinaison des conditions de financement et des prévisions en matière d'inflation. Une recalibration aura lieu en juin, lorsque de nouvelles prévisions économiques seront disponibles.
Le PIB de la zone euro a baissé de 0,7% au quatrième trimestre 2020, se situant 4,9% en dessous de son niveau pré-pandémie, il y a un an. Mme Lagarde a fait état d'indicateurs montrant une récession au premier trimestre 2021, mais pointant vers un retour de la croissance au deuxième trimestre.
Notre analyse est qu'en moyenne, la zone euro retrouvera son niveau d'avant la crise « dans la seconde moitié de 2022 », a dit la présidente de la BCE, faisant remarquer « l'hétérogénéité » des situations de chaque pays de la zone euro. (Mathieu Bion)