Le vice-président exécutif de la Commission européenne, Frans Timmermans, a défendu la position de l’institution dans les négociations interinstitutionnelles ('trilogues') en cours sur la 'Loi climat', jeudi 4 mars, lors d’un débat avec la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) du Parlement européen.
Il a notamment tenté de répondre aux critiques de certains eurodéputés selon lesquelles l’objectif défendu par la Commission et le Conseil de l’Union européenne d’une réduction nette des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’UE d’au moins 55% d’ici 2030 n’est pas conforme à ce que demandent les scientifiques (le Parlement plaide pour une réduction 'brute' des émissions de 60% d’ici 2030).
À son sens, une réduction nette d’au moins 55% est un « objectif équitable », au vu de la responsabilité historique de l’UE dans cette crise climatique mondiale, car l’affirmation selon laquelle cet objectif devrait être 'au moins 65%' « découle principalement du rapport de 2019 du PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement) » sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions.
Or, « cela ne tient pas compte du fait que l’UE avait déjà réduit ses émissions nettes d’environ 25% en 2019 (par rapport à leurs niveaux de 1990), alors que le reste du monde a connu une augmentation des émissions de 60% », a souligné M. Timmermans.
Net vs. Brut
Il a en outre rappelé sa conviction selon laquelle les absorptions de CO2 doivent être prises en compte dans la fixation de l’objectif climatique 2030 de l’UE (EUROPE 12569/9), tout en insistant sur la nécessité d’une gestion « équilibrée » des forêts.
« Pour protéger les puits naturels (de carbone) européens, une meilleure solution consisterait à fixer un objectif distinct pour les puits sans compromettre l’objectif de protection du climat », a estimé de son côté Jytte Guteland (S&D, suédoise), rapporteur du Parlement sur la 'Loi climat'.
Bien qu'il défende un objectif de 55%, Peter Liese (PPE, allemand) a également souligné la nécessité de s’assurer que la prise en compte des puits de carbone ne soit pas « une faille », mais un instrument intelligent pour travailler sur les puits.
Trilogues
Enfin, reprochant à la Commission de ne pas être un « courtier honnête » dans les trilogues sur la 'Loi climat', Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais) a estimé que la Commission européenne aurait dû évaluer l’impact d’un rehaussement de l’objectif climatique à 60% (EUROPE 12562/1), tout en mentionnant une étude sur le sujet publiée, le même jour, à la demande de son groupe (EUROPE 12671/20).
Même son de cloche chez son collègue néerlandais Michael Bloss (Verts/ALE, allemand), pour qui la Commission « ignore » purement et simplement la position du Parlement dans les négociations sur la 'Loi climat', mais aussi dans la préparation du paquet d’initiatives visant à atteindre l’objectif climatique 2030, d’ailleurs intitulé ‘ajustement à l’objectif 55’.
« Je n’ignore pas votre position. Je ne suis tout simplement pas d’accord avec elle », lui a alors répondu le vice-président, tout en déclarant que la Commission s'en tient simplement à sa position initiale. (Damien Genicot)