Journalistes et représentants de la société civile slovènes ont été auditionnés, vendredi 5 mars, par le groupe du Parlement européen de suivi de la démocratie, de l'État de droit et des droits fondamentaux, inquiet des récents développements observés en Slovénie quant au respect de la liberté de la presse.
Depuis février, le Premier ministre slovène, Janez Janša, a notamment multiplié les propos injurieux sur Twitter à l’égard de journalistes étrangers et du journalisme en général (EUROPE 12661/23).
Des attaques auxquelles sont « malheureusement habitués » les journalistes, l’opposition et les organisations de la société civile slovènes, « plus encore depuis que le premier ministre a pris ses fonctions », a assuré aux eurodéputés Goran Forbici, directeur du réseau national d’ONG slovènes CNVOS.
Opacité. Le journaliste d’investigation Lenart Kučić a, quant à lui, détaillé les « problèmes » affectant le système médiatique slovène, à commencer par le manque de contrôle sur l’usage fait de l’argent public pour financer la « propagande » politique, en particulier dans les médias locaux et municipaux.
Il a également dénoncé l’absence de transparence sur la propriété des médias. Un point abordé, plus tôt, par Emmanuel Crabit, de la direction générale de la justice et des consommateurs (DG JUST) de la Commission européenne.
Se fondant sur le premier rapport de la Commission sur l’État de droit dans l’UE (EUROPE 12571/5), M. Crabit a assuré que le système actuel de propriété des médias slovènes n’assurait qu’une « transparence partielle » en matière de propriété.
Ce système « ne remonte pas jusqu'aux ultimes propriétaires », a-t-il indiqué, soulignant, par ailleurs, « l'absence de règles spécifiques aux médias pour prévenir les conflits d'intérêts ».
« Pressions systémiques ». M. Kučić a en outre évoqué l’existence d’un « système de médias parallèles » (hebdomadaires politiques, sites Internet, chaînes de télévisions) aux mains des partis de pouvoir. Et il a décrit les attaques ininterrompues perpétrées contre les personnes critiques à l’égard du gouvernement.
Avant lui, la présidente de l’Association slovène des journalistes, Petra Lesjak Tušek, avait évoqué une pression « systémique » exercée sur les médias en Slovénie et une « politique médiatique très efficace pour discréditer les journalistes ».
« Il arrive qu’une nouvelle agence de presse financée par le gouvernement ou soutenue par des personnes proches du gouvernement soit créée. Cela semble augmenter la pluralité des médias, mais en réalité, il s’agit de propagande », a-t-elle détaillé, accusant Janez Janša de vouloir « briser les agences de presse slovènes » (EUROPE 12633/28) avant le début de la Présidence slovène du Conseil de l’UE, en juillet prochain, afin de « préserver son image ».
Il avait initialement été envisagé que le Premier ministre slovène prenne part, physiquement, à cette audition du Parlement européen.
M. Janša ayant finalement décommandé, sa venue a été reportée à une date ultérieure, possiblement le 26 mars, à l’issue du prochain sommet européen. (Agathe Cherki)