Le Parlement européen a adopté à une très large majorité (642 voix pour, 29 contre et 21 absentions), jeudi 11 février, une résolution appelant la Commission européenne à collaborer étroitement avec la Biélorussie afin de suspendre la mise en activité commerciale de la centrale nucléaire d’Ostrovets jusqu’à ce que toutes les recommandations de l’UE issues des ‘stress tests’ soient pleinement mises en œuvre et que toutes les améliorations nécessaires en matière de sécurité soient en place.
Ce projet inquiète les eurodéputés, en particulier ceux issus des États membres proches de la centrale (elle se trouve à seulement 50 kilomètres de Vilnius), en raison du risque d’accident nucléaire.
« La centrale nucléaire d’Ostrovets est une menace claire et actuelle pour notre sécurité nationale », a ainsi déclaré l’eurodéputé lituanien Andrius Kubilius (PPE) lors d’un débat précédant le vote avec la commissaire à l’Énergie, Kadri Simson.
À l’instar de ses collègues Juozas Olekas (S&D, lituanien), Ivars Ijabs (Renew Europe, letton) et Manuel Bompard (La Gauche, français), il a rappelé que plusieurs accidents étaient survenus pendant la construction, laissant craindre des failles en matière de sûreté.
Un « projet géopolitique »
MM. Kubilius, Olekas et Ijabs ont en outre qualifié la centrale de « projet géopolitique » du Kremlin (elle a été construite par l’entreprise publique russe Rosatom), tout en exprimant de sérieuses réserves sur l’indépendance des régulateurs biélorusses et la transparence du gouvernement d’Alexandre Loukachenko, un « régime autoritaire ».
S’il a lui aussi insisté sur la nécessité que la centrale respecte tous les critères de sécurité, Thierry Mariani (ID, français) a estimé que la résolution du PE est « une charge politique contre Minsk et Rosatom » et « dissimule aussi une volonté de remettre en cause le choix de l’énergie nucléaire par ce pays ». La jugeant « prématurée », il a préconisé d’attendre les conclusions de l’équipe d’experts en sûreté nucléaire de la Commission et du groupe des régulateurs européens de la sûreté nucléaire, l’ENSREG.
Examen par les pairs
Chargée d’effectuer un examen par les pairs (‘peer review’) de la centrale, une équipe de sept experts de l’ENSREG et de la Commission a d’ailleurs procédé, les 9 et 10 février, à la première phase de l’examen visant à vérifier physiquement la mise en œuvre des mesures de sûreté, a déclaré Mme Simson.
Ces experts soumettront ensuite un rapport préliminaire qui devrait être approuvé lors de la réunion plénière de l’ENSREG au début du mois de mars, avant d’être publié.
Recommandant de ne pas préjuger des conclusions du rapport, Mme Simson a rappelé que la décision d’accorder ou non la licence d’exploitation commerciale à la centrale d’Ostrovets appartient aux autorités biélorusses, conformément au droit international.
Elle a néanmoins assuré que, même après la publication du rapport préliminaire des experts, la Commission poursuivra sa coopération avec Minsk pour l’achèvement de l’examen par les pairs (l’équipe complète d’experts se rendra normalement en Biélorussie lorsque les conditions liées à la Covid-19 le permettront).
Outre le maintien de cette coopération technique, la Commission « utilise tous ses moyens diplomatiques et politiques », a assuré la commissaire, en encourageant notamment une participation rapide de la Biélorussie au système européen d’échange d’informations en cas d’urgence radiologique (ECURIE) et sa participation officielle à la plateforme d’échange de données radiologiques de l’Union européenne (EURDEP).
La résolution appelle en outre à garantir que l’électricité produite par la centrale nucléaire d’Ostrovets n’entre pas sur le marché de l’Union (EUROPE 12646/8).
Voir la résolution : https://bit.ly/3acsJNr (Damien Genicot)