Si les députés européens et le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, partagent de vives préoccupations pour la dégradation de la situation humanitaire et sécuritaire dans la Province de Cabo Delgado au Mozambique, les moyens d’action pour aider le gouvernement et la population les divisent.
Josep Borrell a été pris à parti par des eurodéputés pour action insuffisante de l’UE, lors d’un débat en session plénière, mardi 15 décembre dans l'après-midi.
Les commissions 'Affaires étrangères' et 'Développement' avaient précédemment lancé un appel urgent à davantage d'aide de l’UE face à la tragédie en cours au nord du pays (EUROPE 12615/19).
Au-delà des 37 millions d'euros d'aide humanitaire mobilisés par l'UE pour Cabo Delgado, le Haut Représentant a fait état de « contacts permanents avec le gouvernement et avec les institutions internationales, les Nations unies, l'Union africaine et les États-Unis ».
Et d’annoncer qu’il a « demandé au ministre portugais des Affaires étrangères », Augusto Santos Silva, « qui va bientôt assurer la Présidence » du Conseil de l'UE, « de se rendre dans la région en tant qu'envoyé personnel, puisque je ne peux pas m'y rendre pour des raisons d'ordre du jour ».
Des eurodéputés portugais se sont impatientés. « Nous ne sommes pas à la hauteur de la crise. Vous n’avez pas le temps de vous rendre au Mozambique et il n’y pas eu de ressources pour Cabo Delgado. Le Portugal va jouer son rôle, mais on ne peut laisser de côté le Mozambique. Or, c’est le cas depuis que vous êtes en fonction », a lancé Paulo Rangel (PPE portugais).
Plus modéré, son compatriote Carlos Zorrinho (S&D), soulignant que la Présidence portugaise a décidé de faire montre d’action en aidant les forces armées mozambicaines, a estimé qu'« il faut un nouveau comportement de l’UE face au conflit à Cabo Delgado et qu'elle transforme cette position en action ».
M. Borrell a précisé qu'en réponse à la demande de soutien du gouvernement mozambicain, les experts européens en sécurité, « qui ont été nommés depuis novembre, sont prêts à partir pour le Mozambique dès qu'ils seront autorisés » par les autorités du pays.
Sandra Perreira (GUE/NGL, portugaise) a dit rejeter « toute instrumentalisation de la situation à Cabo Delgado, parce que ça ouvre la porte à l'interventionnisme et aux positions néocoloniales qui ignorent l’indépendance du Mozambique ». Toute action doit respecter la souveraineté du Mozambique, a-t-elle prévenu.
Pierrette Herzberger-Fofana (Verts/ALE, allemande) a souhaité que l'UE se concentre sur l'aide aux enfants et aux femmes victimes de violence et que soient trouvées « des solutions à plusieurs niveaux afin d'atténuer ce conflit, sans pour autant faire preuve d’ingérence ».
Soulignant que le Mozambique est confronté à des problèmes chroniques de mauvaise gouvernance, de développement, de pauvreté, d'inégalités et de conflit armé, M. Borrell a estimé que « tout cela ne peut être résolu que par une action concertée avec la communauté internationale, à laquelle l'Union européenne participe au mieux de ses capacités ». (Aminata Niang)