Les ambassadeurs des États membres auprès de l’UE (Coreper) ont approuvé, mercredi 18 novembre, des conclusions du Conseil portant sur la sauvegarde d'un système médiatique « libre et pluraliste » - dont EUROPE a obtenu copie.
Les ministres soulignent en premier lieu que la pandémie de Covid-19 a exacerbé les « principaux défis auxquels le secteur des médias est confronté depuis un certain temps déjà » - tels que la baisse des revenus et la hausse des dépenses en publicité numérique profitant davantage aux plateformes.
Ils se disent également conscients de l’absence de concurrence équitable entre les plateformes et les fournisseurs de services de médias, soumis à des responsabilités plus strictes.
Les États membres sont donc appelés à reconnaître l'importance de la publicité pour le secteur et à inciter les plateformes à rémunérer de manière adéquate les fournisseurs de contenus médiatiques et les auteurs pour les contenus qu’elles monétisent.
Les gouvernements sont par ailleurs invités à soutenir la viabilité économique de leur paysage médiatique, y compris en matière d’aides d'État, à condition que cela soit « basé sur des critères prédéterminés, objectifs et transparents, indépendants de toute influence politique ».
Quant à la Commission européenne, il lui est suggéré de soutenir les Vingt-sept à cet égard, mais également d’« affiner » les responsabilités des plateformes en ligne dans le cadre de sa future législation sur les services numériques (EUROPE 12603/10) ou encore de mettre en œuvre un portail en ligne détaillant les possibilités de financement communautaire pour le secteur des médias.
L’institution européenne est en outre invitée à développer la recherche concernant les risques potentiels pour le pluralisme des médias dans l'UE et à établir un Forum européen des médias annuel, pour permettre un échange entre les parties prenantes concernées.
Enfin, les États attendent de la Commission que, tenant compte des nouveaux défis numériques, elle renforce la réglementation européenne relative aux médias.
Indicateurs de fiabilité controversés
Ces conclusions du Conseil ont été accueillies très positivement par les organisations européennes représentant les éditeurs de journaux, les directeurs de grandes entreprises médiatiques et l'industrie des médias en général, qui y voient une reconnaissance de « l'importance de renforcer l'écosystème de la presse en Europe à un moment critique pour le secteur ».
Ces organisations mettent toutefois en garde contre l’une des propositions du Conseil - la mise en œuvre d’indicateurs de fiabilité des organes d'information et des médias - ainsi que contre la promotion de vérificateurs de faits par l'UE ou les États membres.
« De tels indicateurs, qui influencent les décisions algorithmiques sur une plateforme, pourraient avoir des conséquences catastrophiques sur la disponibilité du contenu et pourraient potentiellement priver de larges groupes de la société de leurs sources d'information », soulignent-ils.
Le Conseil estime, au contraire, que cela permettrait de « promouvoir le respect des normes et de l'éthique professionnelles » et de sensibiliser les citoyens à « toute préoccupation concernant la fiabilité des informations données ». (Agathe Cherki)