« La raison pour laquelle nous sommes là est la mort d’un Slovaque dans une cellule de la police belge », a déploré mardi 20 octobre Vladimír Bilčík (PPE, slovaque), introduisant le débat du Parlement européen consacré aux violences policières dans l’UE.
La lumière n’a pas encore été faite sur cette affaire impliquant Jozef Chovanec, citoyen slovaque décédé en février 2018 après avoir été maîtrisé par la police fédérale belge dans une cellule de l’aéroport de Charleroi.
Une affaire « mise sous le boisseau » – ainsi que l’ont dénoncé plusieurs eurodéputés ce mardi – jusqu’à ce que la famille du défunt décide, en août 2020, de diffuser un extrait de vidéosurveillance.
Cette absence de réaction a été vivement critiquée par plusieurs groupes politiques. « La question est de savoir pourquoi il n'y a pas eu d'enquête », a dit Sophie in ’t Veld (Renew Europe, néerlandaise), jugeant « terrible » que la veuve de Jozef Chovanec ait dû « publier la vidéo de la mort violente de son mari » pour que les autorités belges réagissent.
Lucia Ďuriš Nicholsonová (CRE, slovaque), après avoir égrené les noms de victimes de violences policières dans l’UE, a, elle aussi, rendu hommage à celle sans qui « rien ne se serait passé ».
« Sans pression de la part des députés et des médias au sujet de ces événements, nous n’en parlerions pas aujourd’hui ici », a regretté pour sa part Vladimír Bilčík, soulignant que passer sous silence les violences policières ne permettrait pas d’y mettre un terme.
Réagir aux violences
« Des incidents se produiront toujours, mais ce qui distingue l'État de droit démocratique de la dictature, c'est qu'il y a un suivi, qu'il n'y a pas d'impunité face à l'excès de violence policière », a encore relevé Sophie in ’t Veld.
Elle a réitéré, au nom de Renew Europe, l’appel à un code de déontologie de la police, déjà formulé par le PE l’été dernier (EUROPE 12511/21), et a plaidé pour une meilleure formation des forces de l’ordre.
Le S&D, lui, a demandé des enquêtes indépendantes sur l’extrémisme au sein de la police ainsi qu’un accompagnement des victimes de violences policières. Les Verts/ALE, enfin, ont demandé un système indépendant de contrôle de la violence policière dans le cadre du mécanisme pour l’État de droit. Seul le groupe ID a dénoncé des « attaques systématiques de la police ».
Le secrétaire d’État allemand aux Affaires européennes, Michael Roth, qui représentait le Conseil, et la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, ont, quant à eux, appelé à un usage « proportionné et justifié » de la violence par les forces de l’ordre et insisté sur la nécessité de poursuivre en justice tout acte délictueux.
Valeurs européennes en question
Assurant que « jamais des policiers qui pratiquent de telles violences ne peuvent être les gardiens de la démocratie », M. Bilčík a dénoncé une « mise à l’épreuve » des valeurs européennes.
Valeurs que l’Irlandaise Clare Daly, coordinatrice pour la GUE/NGL, a remis en question avec virulence, dénonçant les violences policières contre les manifestants catalans, les tirs mortels de Flash-Ball en France, le soutien de policiers bulgares à des groupes néonazis s'en prenant à des personnes roms ou LGBTI, ou encore – photo à l’appui – les « actes de torture » ayant impliqué, la semaine dernière, des policiers croates. « Est-ce cela les valeurs européennes ? C’est une honte ! », a-t-elle conclu. (Agathe Cherki)