Après « une discussion longue et difficile », selon la chancelière allemande Angela Merkel, les dirigeants européens ont décidé, jeudi 1er octobre au soir, de laisser du temps à la Turquie pour poursuivre ses efforts en Méditerranée orientale, et de se laisser du temps avant de prendre des mesures, si besoin, à son encontre.
Dans ses conclusions, le Conseil européen précise ainsi qu’il continuera à suivre de près l’évolution de la situation dans la région et qu’il reviendra sur la question et prendra des décisions, le cas échéant « au plus tard lors de sa réunion de décembre ».
« Nous proposons à la Turquie de choisir »: soit elle poursuit les signaux positifs de la semaine en se réengageant dans le dialogue, soit nous prendrons les mesures nécessaires, a expliqué le président français Emmanuel Macron, à l’issue de la première session de travail du sommet.
Pour le président du Conseil européen Charles Michel, la stratégie de l’Union européenne est double : donner la chance au dialogue politique pour progresser vers plus de stabilité dans la région, et rester ferme sur les principes, les valeurs, en solidarité avec la Grèce et Chypre.
Le dialogue entre la Turquie et la Grèce est une bonne chose, mais on déplore qu’il n’y ait pas de geste constructif à l’égard de Chypre, a ajouté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Le Conseil européen précise avoir décidé de lancer un programme politique UE/Turquie positif, « sous réserve que les efforts constructifs (de la Turquie) visant à mettre fin aux activités illégales à l’égard de la Grèce et de Chypre soient poursuivis ». Ce programme mettra, selon les dirigeants, spécifiquement l’accent sur la modernisation de l’union douanière et la facilitation des échanges, les contacts interpersonnels, les dialogues de haut niveau, la poursuite de la coopération sur les questions de migration, conformément à la déclaration UE/Turquie de 2016.
À l’opposé, en cas de nouvelles actions unilatérales ou provocations violant le droit international, l’UE utilisera « tous les instruments et toutes les options à sa disposition, y compris conformément à l’article 29 du TUE et à l’article 215 du TFUE », afin de défendre ses intérêts et ceux de ses États membres. Ces deux articles du TFUE portent sur les sanctions.
« L’UE menace clairement de prendre des sanctions contre la Turquie si elle continue à violer le droit international », s’est ainsi félicité le chancelier autrichien Sebastian Kurz.
Enfin, le Conseil européen appelle à la tenue d’une conférence multilatérale sur la Méditerranée orientale, qui pourrait aborder des questions pour lesquelles des solutions multilatérales sont nécessaires, notamment la délimitation maritime, la sécurité, l’énergie, les migrations et la coopération économique.
Voir les conclusions : https://bit.ly/3nhOKPB (Camille-Cerise Gessant, avec Mathieu Bion et Pascal Hansens)