La politique de la santé est l'une des grandes perdantes de l'accord trouvé dans la nuit du 20 juillet par les chefs d'État ou de gouvernement des États membres de l'Union européenne : des 9,37 milliards d'euros proposés en pleine pandémie par la Commission, il ne reste plus que 1,67 milliard. C'est mieux qu'actuellement, clame la Commission. Argument auquel les organisations de santé opposent les leçons de la crise de la Covid-19.
Au terme d'âpres négociations, les Vingt-sept se sont accordés sur un «paquet» de 1 824 milliards d’euros, dont 1,67 milliard d'euros dévolus à la santé dans le cadre du budget pluriannuel de l'UE (EUROPE 12532/2). Initialement, la Commission proposait d'y adjoindre 7,7 milliards d'euros issus du nouveau Plan de relance (NextGenerationEU), mais les États membres s'y sont opposés (EUROPE 12494/5).
Mieux qu'aujourd'hui
La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, s'est réjouie, mardi 21 juillet, d'« une avancée historique et un investissement sans précédent dans la relance économique de l'UE » à travers le paquet global.
Toutefois, concernant la santé en particulier, elle n'a pas caché sa déception. « Bien sûr, je ne peux qu’être déçue par les résultats concernant la santé et je regrette que la proposition ambitieuse de la Commission visant à renforcer notre préparation aux crises et notre résilience n’ait pas été maintenue », a-t-elle déclaré, assurant qu'elle veillerait à ce que ce qui a finalement été réservé à la santé soit utilisé pour « construire des systèmes de santé plus solides et plus résilients pour l’avenir ».
L'EPHA déçue
Le lendemain, un porte-parole de l'institution a souligné qu'il valait mieux « commencer petit que de ne pas commencer du tout ». Un haut fonctionnaire, pour sa part, a insisté sur le fait que l'accord prévoyait trois fois plus d'argent que le budget pluriannuel actuel (2014-2020).
L'enveloppe dédiée à la santé ces dernières années se montait à 449,4 millions d'euros pour 7 ans. Avant la pandémie, la Commission européenne avait proposé de réserver, entre 2021 et 2027, 413 millions d'euros dans le Fonds social européen + (FSE+) pour la santé. « Bien sûr, c'est douloureux. Mais il convient de regarder le tableau complet », a commenté ce haut fonctionnaire.
Cet argumentaire n'a toutefois pas convaincu l'Alliance européenne pour la santé publique, l'EPHA. « Dans la quête de l'unité européenne, un prix élevé a été payé et une opportunité unique - soutenue par les syndicats, l'industrie, les groupes de santé, les députés européens et les patients - de s'attaquer de manière globale aux défis actuels et futurs affectant la santé et le bien-être de millions de personnes vivant en Europe a été perdue », a déploré l'organisation. (Sophie Petitjean)