La Commission européenne a dévoilé, mercredi 8 juillet, sa stratégie visant à faire de l’hydrogène propre une solution viable pour décarboner différents secteurs énergétiques au fil du temps et ainsi contribuer aux objectifs du Pacte vert européen, avec l’ambition qu’elle permette à l’Union européenne de jouer un rôle de pionnier mondial dans ce domaine.
« La nouvelle économie de l’hydrogène peut être un moteur de croissance. En développant et en déployant une chaîne de valeur de l’hydrogène propre, l’Europe deviendra pionnière au niveau mondial et conservera son rôle de premier plan dans le domaine des technologies propres », a ainsi déclaré le vice-président exécutif de la Commission chargé du Pacte vert, Frans Timmermans.
L’hydrogène bleu pour stimuler l’hydrogène vert.
Comme indiqué dans les versions provisoires de la stratégie divulguées par la presse et détaillées dans nos lignes (EUROPE 12511/11 ; 12496/15), « l’hydrogène renouvelable bénéficiera d’un soutien de premier ordre », a également souligné le vice-président.
Cependant, la stratégie prévoit qu’à court et moyen termes, d’autres formes d’hydrogène à faible teneur en carbone, notamment l’hydrogène d’origine fossile avec captage du carbone, seront nécessaires afin de décarboner rapidement la production d’hydrogène existante – qui provient presque exclusivement (plus de 96%) des combustibles fossiles – et de soutenir l’adoption parallèle et future de l’hydrogène renouvelable.
La Commission estime en effet que les émissions de CO2 provenant de la production actuelle d’hydrogène – qui s’élève à 9,8 millions de tonnes – doivent être traitées au plus vite, en particulier grâce à des technologies de captage, d’utilisation et de stockage du CO2 (CCUS) qui permettront de traiter jusqu’à 90% des émissions de CO2 du processus de production.
Interrogée sur l’horizon envisagé pour transformer l’hydrogène ‘gris’ actuel (l’hydrogène produit à partir de sources fossiles sans captage du carbone) en hydrogène à faible teneur en carbone, souvent appelé ‘hydrogène bleu’, une source de la Commission a estimé que ce remplacement était faisable dans les dix prochaines années.
Une autre source de haut niveau de la Commission a en outre indiqué que les projets de capture du carbone dont dispose l’UE ne seront probablement pas mis en œuvre avant 2024 ou 2025, d’où la nécessité de développer l’hydrogène renouvelable en parallèle.
Concernant la durée envisagée pour la période de transition vers l’hydrogène 100% renouvelable et le risque de s’enfermer (‘lock-in’) dans l’hydrogène bleu, ces mêmes sources ont déclaré que l’hydrogène à faible teneur en carbone sera remplacé au fil du temps par de l’hydrogène renouvelable, sans donner d’échéance précise.
Tout en reconnaissant que les technologies CCUS présentent un cycle de vie tournant autour de 25 ans, elles ont dit ne pas craindre un lock-in, car leurs prévisions montrent que l’hydrogène renouvelable devrait devenir compétitif à partir de 2030 et pourra alors remplacer l’hydrogène à faible teneur en carbone.
6 GW d’ici 2024 et 40 GW d’ici 2030.
Si la stratégie est globalement semblable à sa version provisoire (EUROPE 12511/11), avec trois phases consistant en des horizons de temps différents (2020-2024, 2025-2030 et 2030-2050), quelques changements sont néanmoins à noter.
Ainsi, l’objectif stratégique dans la première phase n’est plus d’installer au moins 4 GW d’électrolyseurs d’hydrogène renouvelable dans l’UE, mais au moins 6 GW, soit six fois plus que la capacité actuelle de l’UE.
L’objectif pour 2030, en revanche, demeure 40 GW, alors que l’objectif pour 2050 est que l’hydrogène représente 14% du mix énergétique de l’UE.
La Commission semble en outre avoir revu à la hausse les besoins en investissements.
D’ici à 2030, elle les évalue désormais à : (1) entre 24 et 42 milliards d’euros dans les électrolyseurs ; (2) entre 220 et 340 milliards d’euros pour augmenter la capacité de production d’énergie solaire et éolienne de 80 à 120 GW et la connecter directement aux électrolyseurs ; (3) environ 11 milliards d’euros pour doter la moitié des usines existantes de systèmes de captage et de stockage du carbone ; (4) 65 milliards d’euros pour le transport, la distribution et le stockage de l’hydrogène, ainsi que pour les stations de ravitaillement en hydrogène.
À cela s’ajoutent les coûts liés à l’adaptation des secteurs d’utilisation finale à la consommation d’hydrogène et aux carburants à base d’hydrogène (il faut par exemple quelque 160 à 200 millions d’euros pour convertir une installation sidérurgique en fin de vie à l’hydrogène).
Autre différence : la définition de l’hydrogène renouvelable a été élargie. Elle désigne désormais non seulement l’hydrogène produit par électrolyse de l’eau grâce à de l’électricité issue des renouvelables, mais également l’hydrogène produit par le reformage du biogaz ou la conversion biochimique de la biomasse, à condition que cela soit conforme aux exigences de durabilité.
Mesures clés
Dans le but de créer une demande suffisante d’hydrogène propre, la Commission développera notamment un programme pilote de contrats de différence liés au carbone (‘Carbon Contracts for Difference’) afin de faciliter l’utilisation d’hydrogène propre dans la production d’acier et de produits chimiques.
Comme prévu, la Commission travaillera également à la création de normes, de certifications et d’une terminologie communes, ainsi qu'à la mise en place de quotas pour des secteurs spécifiques (EUROPE 12511/11).
L’institution étudiera également la possibilité de programmes de soutien direct basés sur le marché pour l’hydrogène renouvelable.
Afin de soutenir le développement de l’hydrogène propre, la Commission compte en particulier sur l’Alliance pour l’hydrogène propre, officiellement lancée quelques heures après la présentation de la stratégie.
L’Alliance européenne pour l’hydrogène propre
Inspirée de l'Alliance européenne pour les batteries, cette initiative consiste en une collaboration entre les pouvoirs publics, l'industrie et la société civile en matière d'hydrogène.
Elle « permettra d’orienter les investissements vers la production d’hydrogène [et] constituera une réserve de projets concrets destinés à soutenir les efforts de décarbonation des industries européennes à forte intensité énergétique, telles que les industries sidérurgique et chimique », a indiqué le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton.
Interrogé sur la place prépondérante de l'industrie dans l'Alliance par rapport à celle de la société civile (EUROPE 12521/5), M. Timmermans a estimé que l’industrie jouera un rôle primordial pour arriver à stimuler l’hydrogène renouvelable.
« On veut avoir les pensées des deux côtés, ONG et industrie, pour créer un équilibre », a-t-il ensuite ajouté.
Voir la stratégie sur l’hydrogène : https://bit.ly/2O82YSt (Damien Genicot)