En faisant des droits fondamentaux et de la cohésion les préceptes de son discours en session plénière de la Présidence allemande du Conseil de l’UE, la chancelière allemande a su toucher au cœur les députés européens, mercredi 8 juillet.
Dans son discours, Mme Merkel a mis en avant cinq priorités pour le semestre de Présidence de son pays : les droits fondamentaux, la cohésion, la protection du climat, le numérique et la responsabilité de l’Europe sur la scène mondiale.
Rappelant que certains droits fondamentaux avaient été limités pendant la pandémie de Covid-19, Mme Merkel a estimé qu’ils étaient « les joyaux de la couronne » et qu’ils ne pouvaient être limités que pour une période limitée et en cas de force majeure. « Les droits fondamentaux, la protection des libertés civiques, l’égalité (…) sont les droits qui valent pour toutes et tous. Pas plus pour certains que pour d’autres. On doit les garantir », a-t-elle insisté, prévenant qu'ils seront « la pierre angulaire qu'(elle) souhaite chérir au sein de la Présidence ».
Un engagement apprécié par les députés, qui ont cependant - à l’image du président du groupe Renew Europe, Dacian Cioloș (roumain) - appelé à passer de la parole aux actes concernant notamment la conditionnalité des fonds européens. « On ne construit pas l’Europe sur une approche purement comptable, mais autour d’un projet, d’une vision et de valeurs solides », a-t-il plaidé, ajoutant que « l’occasion politique était clairement là ».
« Il faut avoir le courage d’être libre, l'UE n'est pas un distributeur de billets et l’État de droit doit être respecté », a souligné Manfred Weber (Allemand, PPE).
La chancelière a également insisté sur la cohésion, qui sera un « leitmotiv » de la Présidence allemande du Conseil. « Nous ne pourrons sortir de la crise que si, en dépit des différences, nous sommes prêts à trouver une solution commune, à voir le monde par le prisme de l’autre, à faire preuve de cohésion. Personne ne sortira seul de la crise », a-t-elle prévenu. Et d'ajouter : « l’unité, la fraternité doivent nous guider à chaque instant. L’Europe est capable du plus grand, du plus beau quand nous sommes unis ».
Une solidarité que la chancelière, tout comme la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et les eurodéputés, veut voir appliquée au Plan de relance et au Cadre financier pluriannuel (CFP). « Il est important que les régions touchées par la crise bénéficient de notre solidarité, c’est dans notre intérêt à tous. Cela veut aussi dire que tous les efforts nécessaires ne doivent pas simplement être exercés par les pays les plus forts économiquement », a-t-elle prévenu. Ainsi, il n'est pas possible, selon elle, de s'endetter « sans limites, si l'on veut préserver le modèle européen » et des réformes seront donc nécessaires en contrepartie de cette solidarité.
Même son de cloche chez Mme von der Leyen : « La solidarité signifie que ceux qui en ont besoin sont davantage aidés, mais cela ne justifie en rien le manque d’action : l’investissement repose sur des réformes ». Elle a aussi appelé à ne pas « négliger le Cadre financier pluriannuel (CFP) », qui restera au-delà de la crise.
« L’UE doit désormais avoir le courage de faire preuve de solidarité : nous devons trouver une solution ce mois-ci concernant le Plan de relance », a souhaité M. Weber, qui a apporté sa confiance à celle « qui nous rassemble ».
Pour l’Espagnole Iratxe García Pérez (S&D), il ne s'agit pas d'argent, mais de projet politique. « Nous devons démontrer qu’il est possible de créer une société plus juste et durable, qui pense à l’environnement et aux générations futures, qui protège les travailleurs, qui valorise la diversité et qui gère les flux migratoires avec solidarité », a-t-elle ajouté.
Transition climatique et numérique
La volonté de Mme Merkel de progresser dans la transition écologique et numérique a aussi été soutenue par les députés. « L’Europe ne restera l’Europe que si elle est novatrice face au défi climatique, au numérique, si elle fait face aux changements du monde », a expliqué la Chancelière.
Sur le changement climatique, « l'Europe doit agir maintenant, si on veut que la planète reste vivable » et jouer un rôle moteur sur le plan mondial, a souligné Mme Merkel. Pour sa compatriote Ska Keller (Verts/ALE), la Présidence allemande doit aider à lutter contre le changement climatique. Elle a donc appelé à une législation climatique ambitieuse, avec une réduction de 65% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.
De même, « il est indispensable que l’Europe retrouve sa souveraineté numérique », a expliqué la chancelière, mettant aussi en avant la nécessité de protéger la démocratie contre la cybercriminalité et la désinformation.
De son côté, au nom du groupe CRE, Rafaele Fitto (italien) a estimé qu'il fallait « revitaliser l’économie, mettre en œuvre des politiques commerciales favorables et relancer le marché unique ». De son côté, au nom de la GUE/NGL, l’Allemand Martin Schirdewan a appelé l’Allemagne à ne pas bloquer l’adoption d’une taxation des entreprises numériques à l’échelle européenne et à lutter contre la fraude fiscale.
Renforcer le rôle de l’Europe dans le monde
Enfin, Mme Merkel a mis l’accent sur un accord sur les relations futures avec le Royaume-Uni, qui restera « un partenaire fort », et sur le rôle de l’UE dans le monde.
La Présidence allemande compte miser à la fois sur des progrès dans la voie européenne des Balkans occidentaux, et notamment pour l’adhésion de la Macédoine du Nord et l’Albanie, mais aussi dans les relations avec l’Afrique, « pour avoir des relations plus approfondies, orientées vers l’avenir, et le renforcement de la coopération en matière de migration ».
Enfin, la chancelière a plaidé pour la poursuite du dialogue avec la Chine, soutenue en cela par les députés européens, qui ont appelé à un rééquilibrage de la relation. (Camille-Cerise Gessant)