Invitée à échanger avec les députés de la commission parlementaire des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE), jeudi 11 juin, la commissaire européenne à l’Égalité, Helena Dalli, a de nouveau été pressée de prendre des mesures concrètes afin de lutter contre la discrimination des citoyens LGBTI+ dans l’UE.
Plusieurs groupes ont notamment fait part à Mme Dalli de leur vive inquiétude concernant les récents événements survenus en Pologne et en Hongrie.
Zones « sans LGBT ». « J'ai été très choquée par les propos de l'un des candidats polonais à la présidence du pays, le président sortant Duda, qui qualifie les droits LGBTI d'idéologie étrangère », a déploré Sophie in 't Veld (Renew Europe, néerlandaise), invitant la Commission à s'exprimer à ce sujet.
Ce mercredi, le président polonais Andrzej Duda s’est en effet engagé, s’il était réélu, à interdire que des sujets en lien avec la communauté LGBTI+ soient abordés dans les écoles polonaises.
La question des localités polonaises déclarées « zones libres de toute idéologie LGBT » a également été abordée (EUROPE 12393/13).
« Cela faisait partie de vos priorités », a rappelé Cornelia Ernst (GUE/NGL, allemande) à la commissaire Dalli, regrettant que la question n'ait pas été davantage abordée.
Maria Walsh (PPE, irlandaise) a, pour sa part, salué le rappel à l’ordre adressé, à ce sujet, par la Commission à cinq localités polonaises bénéficiant de fonds structurels et d'investissement européens (EUROPE 12499/26).
À noter que les deux directions générales à l’origine de cette initiative étaient la DG EMPL (Emploi, affaires sociales et inclusion) et la DG REGIO (Politique régionale et urbaine).
Procédure d’infraction. Plusieurs députés ont également dénoncé la récente décision du Parlement hongrois de remplacer l’inscription « sexe » par celle de « sexe attribué à la naissance » dans les documents officiels (EUROPE 12491/10).
Ce lundi encore, 57 députés européens ont adressé une lettre (https://bit.ly/2MT6yPO ) au commissaire aux droits fondamentaux hongrois, afin de lui demander de soumettre cette loi controversée à la Cour constitutionnelle pour une révision préliminaire.
Interrogée par Mme Ernst sur le lancement d’une procédure d’infraction contre la Hongrie à ce sujet, Helena Dalli s’est contentée d’assurer que la Commission prendrait « les mesures qui s'imposent, le moment venu ».
Intervenu pour prendre la défense de son gouvernement, le député hongrois Balazs Hidvéghi (PPE), pour sa part, a soutenu que l'UE n'avait aucune compétence pour définir la législation des États concernant l'enregistrement des naissances.
Directive en attente. Enfin, plusieurs députés ont insisté pour que les négociations sur la directive européenne sur l’égalité de traitement reprennent (EUROPE 12356/16).
Alice Kuhnke (Verts/ALE, suédoise) a qualifié cette directive de « symbole honteux » du manque de volonté politique dont font preuve le Conseil et les États membres en matière de lutte contre les discriminations.
« C'est en effet un échec pour l'Europe de ne pas avoir mis en place cette directive après douze ans », a conclu Helena Dalli, reconnaissant qu’il était temps d’aller de l'avant. (Agathe Cherki)