L’eurodéputé Jérémy Decerle (Renew Europe, français) a indiqué, lors d’un entretien avec EUROPE, lundi 25 mai, que les pays de l’UE devront mettre de l’argent sur la table pour la politique agricole commune (PAC), surtout dans le contexte de la crise du coronavirus et pour répondre aux objectifs de la stratégie 'de la ferme à la table' (EUROPE 12491/3) (propos recueillis par Lionel Changeur)
Agence Europe (AE) - Comment la politique agricole commune après 2020 pourra-t-elle évoluer pour atteindre les objectifs ambitieux décrits dans la stratégie 'de la ferme à la table' ?
Jérémy Decerle - C’est plutôt bien de se poser ces questions, c’est important que l’Europe se dote de stratégies. Mais il ne faut pas que les objectifs chiffrés ambitieux prennent le pas sur la réalité du terrain et sur la réalité économique du secteur. Si on veut une réduction de 50 % des pesticides, moins d’apports d’engrais, améliorer le bien-être animal, il faut d’abord qu’il reste suffisamment d’agriculteurs pour pouvoir réaliser ces objectifs ambitieux. Pour cela, il faut ramener de la sérénité dans les situations économiques des exploitations agricoles. Le secteur professionnel agricole européen n’est pas en capacité de relever ces défis dans ces conditions. Le coronavirus montre que l’Europe a besoin de solidifier la sécurité alimentaire.
Quid de la réforme de la PAC ?
La réforme de la PAC doit prévoir des outils économiques et des mesures de marché efficaces pour aider les agriculteurs à répondre aux exigences de la stratégie 'de la ferme à la table'. La crise actuelle a montré que, même si le modèle agricole a des failles, il a répondu présent pour assurer la production alimentaire. La puissance agricole européenne est au-dessus des autres puissances agricoles mondiales en matière d’écologie, d’environnement et de bien-être animal.
Redoutez-vous une baisse du budget agricole dans les négociations sur le budget 2021-2027 ?
J’espère que l’Europe restera cohérente. Si elle veut une transformation de son agriculture et assurer sa souveraineté alimentaire, il faudra que les pays européens mettent de l’argent sur la table. Ceux qui demandent de faire sauter les outils de régulation ou d’en faire davantage en matière de climat sont aussi ceux qui refusent de remettre de l’argent pour la PAC dans le pot commun.
Pourquoi demandez-vous un gel de certaines négociations commerciales dans le contexte du Covid-19 (EUROPE 12468/25) ?
Je suis étonné que la Commission ne freine pas les négociations en ce moment sur les secteurs agricoles fragiles. Nous n’avons pas réussi à empêcher les importations d’agneaux de Nouvelle-Zélande, l’UE a validé l’accord avec le Mexique... Ce sont des signaux qui, selon moi, font peur aux citoyens. Je ne demande pas d’arrêter ces négociations, mais il conviendrait de ralentir les choses. On essaie de trouver des financements pour stocker des produits alimentaires en Europe, alors que, dans le même temps, la Commission continue de négocier des accords commerciaux sur des secteurs sensibles, comme la viande.