La Commission européenne a ouvert, lundi 25 mai, une enquête approfondie sur le projet d'acquisition de Transat par Air Canada. La Commission craint que l'opération envisagée « réduise la concurrence dans le domaine des services de transport aérien de passagers entre l'Espace économique européen (EEE) et le Canada », explique-t-elle dans un communiqué.
Selon Margrethe Vestager, vice-présidente responsable de la Politique de concurrence, « nous allons examiner soigneusement si l'opération envisagée est susceptible d'avoir une incidence négative sur la concurrence sur ces marchés, qui entraînerait une augmentation des tarifs, une détérioration de la qualité ou une réduction du choix pour les voyageurs qui traversent l'Atlantique. La période est difficile, mais le retour à des conditions normales et saines sur le marché passe par le maintien de la concurrence ».
Air Canada et Transat sont respectivement le premier et le deuxième fournisseur de services réguliers de transport aérien de passagers entre l'EEE et le Canada. Ensemble, leurs réseaux comprennent 29 liaisons entre l'Europe et le Canada.
À ce stade, la Commission craint que l'opération envisagée réduise de manière significative la concurrence sur 33 paires de villes d'origine et de destination entre l'EEE et le Canada, dont 29 villes d'origine et de destination pour lesquelles les deux compagnies proposent des services directs et quatre pour lesquelles l'une d'elles propose des vols directs et l'autre des vols indirects par l'intermédiaire de l'un de ses aéroports pivots.
L'enquête préliminaire réalisée par la Commission sur le marché a révélé qu'Air Canada et Transat étaient historiquement en concurrence frontale pour les services de transport aérien de passagers entre l'EEE et le Canada.
À ce stade, même si la compagnie canadienne WestJet a étendu son activité transatlantique aux pays de l'EEE, la Commission a estimé qu'il est peu probable qu'elle puisse exercer une pression concurrentielle suffisante sur l'entité issue de la concentration pour les paires de villes d'origine et de destination que la Commission estimait problématiques à l'issue de l'enquête préliminaire.
La Commission a examiné dans quelle mesure la crise du coronavirus serait susceptible d'affecter les activités d'Air Canada, de Transat et de leurs concurrents au-delà du court et du moyen terme. Les concentrations ont des effets structurels à long terme sur la concurrence qui doivent être pris en considération, même lorsque l'économie subit des chocs graves.
Sur base des informations dont elle disposait au cours de la première phase de l'enquête, la Commission n'était pas en mesure de déterminer si, à long terme, ces compagnies continueraient à se faire concurrence sur toutes les liaisons où elles étaient concurrentes avant la crise.
Quoi qu'il en soit, elle estime à titre préliminaire qu'Air Canada et Transat restent les concurrentes potentielles les plus proches pour les liaisons EEE-Canada en général et pour les paires de villes d'origine et de destination examinées par la Commission en particulier.
La Commission dispose de 90 jours ouvrables pour prendre une décision. (Lionel Changeur)