Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, est revenu, mercredi 8 avril, dans un entretien accordé à huit médias européens, dont EUROPE, sur le rôle des États-Unis dans la lutte contre le coronavirus et la coopération avec l'UE et les États membres. (propos recueillis par Camille-Cerise Gessant)
Souhaitez-vous un approfondissement de la coopération entre l'Union européenne et les États-Unis dans la lutte contre le Covid-19 en Europe, aux États-Unis, mais aussi au niveau international ?
Mike Pompeo - Nous devrons travailler ensemble et je m'attends à ce que nous le fassions. Je suis confiant sur le sujet.
Nous allons recevoir une aide des pays européens. Nous avons vu de bons scientifiques, de bons technologues travailler à nos côtés pour lutter contre la pandémie sur une base scientifique et médicale.
Nous avons toujours eu des relations commerciales profondes et importantes, qui se poursuivront et s'accéléreront à mesure que nous sortirons de cette pandémie. Donc, oui, j'ai bon espoir que l'UE et les pays européens continueront à construire sur les relations que nous avons eues pendant toutes ces années.
C'est le manque de transparence et d'ouverture qui a engendré nombre des défis auxquels nous sommes confrontés dans cette crise. Et ce sont ces idées démocratiques de liberté de la presse et d'innovation ouverte et de transparence, partagées par les États-Unis et l’Europe, qui conduiront le monde à soutenir la poursuite de la liberté et de la prospérité. Je suis convaincu que les États-Unis et l'Union européenne travailleront ensemble pour y parvenir.
Donald Trump et Emmanuel Macron ont eu deux discussions, je pense, sur l'organisation d'une réunion dans les prochains jours avec les membres permanents du Conseil de sécurité. Compte tenu de vos relations avec Pékin en ce moment, préconisez-vous toujours un tel sommet ?
Le président Trump a été en contact permanent avec les dirigeants du monde entier. Il y a eu une réunion du G20, il a parlé à tous les dirigeants du G7, j'ai moi-même parlé à d’innombrables autres dirigeants également. Je pense que c'est parce qu'il y a encore beaucoup de travail à faire. Le défi du virus demeure.
Le président Trump est prêt à s'engager et à coopérer avec chaque pays et cela inclut certainement la Chine, alors que nous travaillons ensemble pour résoudre cette pandémie mondiale.
Les États-Unis ont été et continuent d’être prêts à aider le monde à traverser la pandémie. C'est à nous tous qu'il incombe maintenant de le faire.
L'Allemagne et les États-Unis ont toujours été des alliés fiables. Quelles sont vos attentes vis-à-vis du gouvernement allemand dans cette crise ?
Nous avons été en contact étroit avec nos homologues allemands à tous les niveaux du gouvernement. Il ne s'agit pas seulement d'une interaction entre le Département d'État et le ministère allemand des Affaires étrangères, mais aussi, au niveau de nos directeurs de la Santé, de nos équipes qui travaillent sur des questions économiques. Ce sera la prochaine chose sur laquelle nous devrons nous concentrer ensemble lorsque nous sortirons de cette situation.
J'ai parlé hier (mardi) avec le secrétaire (au Trésor) Mnuchin, qui, je le sais, travaille avec ses homologues européens pour s'assurer que nous travaillons de manière coordonnée pour relancer l'économie mondiale au moment où nous sortons de cette crise.
Nous espérons donc que l'Allemagne continuera à faire ce que nous avons fait ensemble pendant des décennies et des décennies. Donc, une réponse coordonnée, un coup de fouet coordonné à l'économie au fur et à mesure que nous sortons de la crise.
Sur les choses dont nous avons besoin dans la crise immédiate, nous sommes assez étroitement liés pour nous assurer que l'équipement est disponible pour chacun de nos pays alors que nous travaillons sur des thérapies et des vaccins que les États-Unis et l'Allemagne coordonneront.
La Chine est très active pour aider l'Italie. Voyez-vous d'autres façons d'aider l'Italie en envoyant également un message politique fort, par exemple, en levant les droits de douane sur le commerce ou simplement en suspendant la demande d'augmentation de la contribution à l'OTAN ?
Aucun pays au monde ne fournira autant d'aide et d'assistance par le biais de multiples forums que les États-Unis. Nous continuerons à fournir une assistance, nous annoncerons une aide directe à l'Italie, qui, je pense, sera très importante.
Il ne s’agit pas d’une question de message. Il s'agit d'obtenir des résultats concrets. L'Amérique le fait par le biais du secteur privé (...), des institutions multilatérales (...), des ONG. Il ne s'agit pas seulement d'une aide de gouvernement à gouvernement pour ce qui est d'un soutien nécessaire pour répondre à une crise de l'ampleur de celle qui a frappé l'Italie et les Italiens.
Nous serons aux côtés des Italiens et nous les aiderons non seulement à lutter contre cette maladie, mais nous ferons aussi tout ce qui est en notre pouvoir pour relancer l'économie italienne lorsque cette crise passera.
Le président Trump a déclaré hier (mardi) que les États-Unis pourraient envoyer des respirateurs dans d'autres pays. La Pologne peut-elle, le cas échéant, en recevoir ?
Nous faisons tout ce que nous pouvons. Nous mettons en place les outils et les systèmes dont nous avons besoin pour répondre (à la crise) et prendre soin de notre propre population. Qu'il s'agisse des besoins en PPE (équipement de protection personnel) ou des respirateurs et de tout l'équipement, nous avons une énorme demande aux États-Unis à ce jour. Nous nous efforçons d'y répondre.
Mais nous disons clairement que nous avons l'intention de faire tout notre possible pour aider le monde entier et nous assurer qu'il dispose de ce dont il a besoin pour protéger sa propre population. Et je suis convaincu que la Pologne fera partie des pays qui bénéficieront de l'aide américaine aussi rapidement, et dans les meilleurs délais, que nous serons en mesure de le faire.
Quel est votre avis sur la levée des sanctions contre le Venezuela et l'Iran liée au coronavirus ?
Il n'y a pas de sanctions qui empêchent l'aide humanitaire d’atteindre l'un ou l'autre de ces pays.
Les sanctions ne s'appliquent pas aux fournitures et équipements médicaux ni aux produits pharmaceutiques. Et rien n'empêche cette aide de parvenir à destination. En Iran, en particulier, je sais que des pays ont pu faire entrer de l'aide humanitaire. Nous pensons donc que c'est tout à fait approprié.
Les États-Unis ont offert une aide humanitaire à l'Iran et au Venezuela. Cela vaut également pour la Corée du Nord. Nous comprenons la crise humanitaire, nous avons l'intention de la traiter de cette manière, mais il convient également de noter que la première responsabilité de chaque pays est que les dirigeants prennent soin de leur propre population en premier lieu.
En Iran, ils sont à la recherche d'argent liquide et cet argent, s'il est livré, ne profitera probablement pas aux Iraniens. Si l'histoire est un indicateur, l’argent n'ira pas à la biomédecine pour les Iraniens. Il existe une longue histoire de détournements de fonds alloués aux biens humanitaires.
Certains responsables chinois ont récemment déclaré que le coronavirus pourrait avoir été importé en Chine et ont même pointé du doigt une certaine origine américaine. À quel point ces informations en provenance de Pékin suscitent-elles des inquiétudes ?
Nous avons besoin de transparence sur le virus, sa localisation, le nombre de cas, la nature de ces maladies et leur évolution, la manière dont nous les traitons avec les thérapies, l'exposition potentielle à venir. Toutes ces choses exigent une énorme transparence dans tous les pays.
Ce jeu de la désinformation met en danger la vie des gens, pas seulement celle de leurs propres citoyens, mais aussi celle des citoyens du monde entier.
Il s'agit d'une pandémie qui a débuté à Wuhan, en Chine, et nous devons nous assurer que nous comprenons cela afin de pouvoir gérer la crise tous les deux.
Chaque pays a la responsabilité de partager l'information. Et nous essayons depuis très longtemps de faire venir notre équipe à Pékin. Nous n'avons pas réussi à le faire. Chaque pays doit coopérer.
Il ne s'agit pas de parler de coopération, mais d'agir concrètement pour obtenir des résultats. Il s'agit de sauver des vies. Il s'agit de repousser cette pandémie de manière matérielle. Et cela signifie que nous devons nous assurer que les journalistes ont la liberté d'obtenir les informations, que les équipes internationales ont la capacité d'enquêter sur l'épidémie, sur la manière dont elle a commencé et dont elle s'est propagée et sur la manière dont nous réagissons.