Lors d’un discours prononcé le 6 janvier à la Royal Irish Academy à Dublin, le commissaire européen au Commerce, Phil Hogan, a rappelé les grandes lignes de sa vision de la politique commerciale, 100 jours après la prise de fonction de la Commission von der Leyen. Optimiste quant à ses chances d'obtenir de Washington un mini-accord, il y a aussi défendu sa vision géopolitique du commerce.
85% de la croissance mondiale aura lieu hors Europe au cours des 10 prochaines années, a souligné d'emblée M. Hogan. Il est donc largement temps pour l’UE de peser de tout le poids de sa puissance commerciale. Pour affirmer cette « Europe plus géopolitique », l’Europe doit utiliser son vaste réseau d’accords commerciaux comme « levier pour améliorer les normes dans le monde entier ».
« Lorsque nous signons des accords commerciaux, nous nous attendons à ce que nos partenaires respectent nos normes », a déclaré le commissaire, et « pour nos futurs accords commerciaux globaux, nous irons encore plus loin, en faisant de l'Accord de Paris sur le climat une clause essentielle », a rappelé le commissaire (EUROPE 12398/5).
Mais, si le succès économique de l’UE repose sur l’ouverture, l’Europe saura se protéger des abus. Et de vilipender la Chine qui « exploite les lacunes de la réglementation internationale pour poursuivre la consolidation de son pouvoir au niveau mondial (…) d'une manière qui se moque de règles du jeu équitables et d'un commerce équitable et fondé sur des règles ».
L'UE, porteuse d'ouverture, est donc de plus en plus confrontée à un jeu d'équilibrage délicat. « Une Europe qui protège n'est pas une Europe protectionniste », a tenu d'ailleurs à préciser le commissaire, soulignant toutefois que l’UE aurait recours à des « outils plus solides » pour défendre ses intérêts et assurer une concurrence loyale.
« Tableau contrasté » avec les États-Unis
Depuis la rencontre de janvier (EUROPE 12409/22), la nouvelle Commission tente de réinitialiser les relations transatlantiques, a rappelé M. Hogan. Convaincu qu’il existe incontestablement un « engagement sincère » et positif des deux parties en faveur d’ « une nouvelle entente », M. Hogan essaye d’arracher, avant le 18 mars, un ‘mini-deal’ (EUROPE 12431/4) afin de prévenir un relèvement des tarifs sur les produits de l’aviation dans le cadre du litige Airbus (EUROPE 12427/10).
En outre, l’UE espère que les États-Unis joindront leurs efforts aux siens pour réformer l’Organisation mondiale du commerce. C'est d'ailleurs à Washington, à l’Université de Georgetown, le 17 mars, qu'il clarifiera les lignes identifiées par l’UE pour mener à bien une telle refonte. « Ce discours peut servir de catalyseur pour de nouvelles actions et une collaboration mondiale, en particulier outre-Atlantique », a promis M. Hogan.
Sur les futures relations entre Londres et l’UE, enfin, M. Hogan, qui avait dénoncé les gesticulations politiques britanniques, a estimé que le premier cycle de négociations, qui se clôturait la veille, a été « caractérisé par le sérieux et le professionnalisme, ce qui marque un début positif ». (Hermine Donceel)