Branle-bas de combat à la Commission européenne avant la présentation du paquet d'initiatives pour faire de l'Europe un acteur de la révolution numérique. Après la vice-présidente, Margrethe Vestager, la semaine passée, le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a répondu, lundi 17 février, aux questions des journalistes.
Cette communication à tout-va est censée concrétiser un engagement clé de la présidente Ursula von der Leyen, à savoir présenter dans les 100 premiers jours de son mandat une stratégie sur l'intelligence artificielle. Finalement, trois documents verront le jour mercredi 19 février : - une communication générale intitulée 'Une Europe adaptée à l'ère numérique (EUROPE 12419/11) ; - une communication sur les données industrielles (EUROPE 12418/1) ; - et une consultation publique sur l'intelligence artificielle (EUROPE 12408/19).
La guerre des données industrielles
« L'une des raisons pour lesquelles nous n'avons pas de Facebook ni de Tencent est que nous n'avons jamais donné aux entreprises européennes un marché unique complet où elles pourraient se développer », avait expliqué Margrethe Vestager à un petit groupe de journalistes, la semaine dernière.
Forte de cette conviction, la Commission européenne entend créer un marché unifié des données industrielles, dont le potentiel est aujourd'hui sous-utilisé par les entreprises. La mise en commun et le partage de données doivent permettre d'alimenter les algorithmes à la base de l'intelligence artificielle (IA).
« La guerre des données industrielles débute maintenant et l'Europe sera son principal champ de bataille », a pour sa part affirmé Thierry Breton, lundi, dans une interview accordée aux Échos.
Mercredi, la Commission présentera ses idées pour gagner cette bataille. Une version fuitée du document encourage notamment le déploiement d'espaces sectoriels de données et d'agir sur le volet de la gouvernance. Il suggère aussi de mobiliser une enveloppe financière conséquente.
« L'objectif de la stratégie sur les données, c'est de travailler sur les plateformes qui ont des masses critiques, sur les chaînes de données sectorielles, les chaînes de valeur et aussi sur la gouvernance entre les données publiques et l’usage qu’on peut en faire pour des entreprises », a commenté M. Breton, devant quelques journalistes.
Livre blanc sur l'intelligence artificielle
Parallèlement, la Commission européenne va lancer une consultation publique de 12 semaines sur l'IA. Elle met en discussion une série de dispositions liées au financement, à l'éclosion de talents, aux compétences et au déploiement de la technologie.
Et c'est ce volet qui devrait susciter le plus de débats : la Commission suggère d'encadrer avec une attention toute particulière - via une évaluation de conformité, une autorité compétente et de possibles recours - les applications à risque, c'est-à-dire celles utilisées pour certains usages ou dans certains secteurs.
Sera recommandé un système d'étiquetage volontaire pour les applications non risquées, pour lesquelles il existe parfois « une zone grise », avait expliqué Mme Vestager. La Commission propose aussi d'évaluer les règles sur la sécurité et la responsabilité en cas de produits défectueux, afin d'identifier les lacunes.
Sur la délicate question de la reconnaissance faciale, cette technologie est déjà largement répandue, notamment pour déverrouiller un appareil ou contrôler une frontière... Mais il convient, de l'avis de Mme Vestager, de s'interroger sur la reconnaissance « à distance ». (Sophie Petitjean)