Contre toute attente, les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE se sont mis d’accord, lundi 17 février, sur une mission navale pour surveiller l’embargo sur les armes à destination de la Libye (EUROPE 12426/8).
« Nous nous sommes mis d’accord pour une nouvelle opération en Méditerranée (…), avec pour objectif de mettre en œuvre l’embargo sur les armes », a annoncé le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à l'issue du Conseil 'Affaires étrangères'.
« Il s'agira d'une mission tout à fait nouvelle : nouvelle zone d'opération, nouveau mandat, accent mis sur l'embargo sur les armes et délimitation claire de tous les abus possibles des trafiquants », a résumé, de son côté, le ministre autrichien Alexander Schallenberg, dont le pays était opposé au retour de navires au sein de l’opération Sophia, qu'il considère comme une opération « humanitaire ».
La nouvelle mission, dont le nom reste à définir, va remplacer Sophia, qui prendra fin le 31 mars prochain. Elle serait « fondée sur les itinéraires de ceux qui envoient les armes vers la Libye, donc, en Méditerranée orientale », a précisé le ministre allemand Heiko Maas. La mission se concentrera sur les eaux internationales en vertu de la résolution des Nations Unies qui avait donné mandat à Sophia de surveiller l’embargo sur les armes.
Cette mission devrait bénéficier de moyens aériens, satellitaires et maritimes. « Il y a beaucoup de pays volontaires. Je ne pense pas qu’on manquera de ressources », a annoncé le Haut Représentant, sans être plus précis.
« Dans un premier temps, l'accent sera mis sur la surveillance de l'espace aérien », a précisé M. Schallenberg. Selon son homologue italien, Luigi di Maio, cette mission pourrait aussi inclure la possibilité de forces sur le terrain.
Afin d'éviter tout risque d'appel d'air pour les migrants, avec le retour en mer de navires, des garde-fous vont donc être mis en place. En cas d’observation d’effet d’appel d’air, les navires pourraient être retirés des zones en question à l’issue d’une discussion en comité politique et de sécurité, selon le ministre luxembourgeois Jean Asselborn. « Si les passeurs profitent à nouveau de cette situation, les éléments maritimes seront immédiatement supprimés », a prévenu son homologue autrichien. Le port de débarquement des migrants qui pourraient être sauvés en mer par des navires de la mission doit encore être défini.
Les tâches de surveillance des trafics et la formation des garde-côtes devraient être maintenues dans le mandat de la nouvelle opération.
« Il s'agit maintenant de déterminer les détails de cette mission », a précisé M. Maas. En effet, si les ministres sont parvenus à un accord politique, ce dernier doit désormais être façonné juridiquement pour le prochain Conseil 'Affaires étrangères', prévu pour le 23 mars. Plusieurs parlements nationaux, tels que les parlements allemand et suédois, devront donner leur accord.
« Nous devons avancer rapidement », a expliqué le Haut Représentant. Ce dernier a espéré que la mission soit opérationnelle dès la fin mars. (Camille-Cerise Gessant avec Agathe Cherki)