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Bulletin Quotidien Europe N° 12427
INSTITUTIONNEL / Parlement

Huit mois après les élections européennes, l'atterrissage réussi des vingt-sept nouveaux eurodéputés

Ceux que l’on surnommait, il y a encore quelques jours, les « députés fantômes » ont enfin fait leur apparition à Strasbourg. Les vingt-sept parlementaires élus en mai 2019, mais contraints d’attendre patiemment le Brexit pour prendre leurs fonctions (EUROPE 12417/4), ont siégé pour la première fois lors de la session plénière du 13 février et débuteront cette semaine leur travail en commission parlementaire. EUROPE a rencontré, lors de cette session, quelques-uns de ces nouveaux élus européens.

À l’instar d’Alviina Alametsä (Verts/ALE, finlandaise), qui, à peine arrivée, évoque déjà avec enthousiasme la chaîne YouTube consacrée aux coulisses du PE qu’elle s’apprête à lancer, les nouveaux venus semblent déjà bien intégrés.

Premières réunions de groupe, premiers débats, premiers briefings de presse ; tous ont rapidement pris leurs marques. La tâche s’est révélée d’autant moins ardue que certains députés étaient déjà familiers de l’institution.

« Pour moi, c’est comme si je n’avais jamais quitté le groupe », assure Thomas Waitz (Verts/ALE, autrichien), membre du précédent Parlement. Élu coprésident du Parti vert européen en novembre 2019, il concède être « resté très proche de la politique européenne » durant les huit mois d’attente qui lui ont été imposés.

Même constat pour Adrián Vázquez Lázara (Renew Europe, espagnol) qui, lors de son élection en mai, officiait depuis cinq ans déjà comme chef de cabinet de la délégation de Ciudadanos au PE et comme conseiller européen d’Albert Rivera, ex-président du parti. Son intégration, assure-t-il, s’est faite sans difficulté. « Depuis un an, je m’occupe avec Luis Garicano, notre chef de délégation, de toutes les négociations concernant les commissions, la délégation, les bureaux. Je connais tout le monde dans le groupe et tout le monde me connaît », précise-t-il.

Certains voient quelques inconvénients à cette arrivée tardive, d’autres y trouvent des avantages. Ainsi, si Nora Mebarek (S&D, française) regrette d’avoir raté la négociation budgétaire en commission REGI, Alviina Alametsä – pour qui « faire bouger les choses, implique d’être à la fois dans la rue et au Parlement » – se félicite, elle, d’avoir pu continuer pendant quelques mois à porter un regard extérieur sur ce « système » européen.

« Alors, tu attends le Brexit tous les matins »

Plus généralement, ces députés entrants s’accordent à dire que leur situation n’a rien de bien délicat. Du moins maintenant que le Brexit est acté et que leur période d’attente est terminée.

« D'autres collègues, qui sont vraiment là pour la première fois, ne savaient pas s'ils devaient trouver un autre emploi, s'installer, partir. Car tout dépendait des Britanniques », souligne Thomas Waitz.

Nora Mebarek, élue locale depuis 2001 à Arles, a ainsi conservé jusqu’au 1er février son poste de « chargée de mission pour de la rénovation urbaine ». Elle n’a pas souhaité « mettre (sa) vie entre parenthèses » ni abandonner son mandat local, qui, pourtant, lui « prenait beaucoup de temps, surtout en période d’élections municipales en France ».

Alviina Alametsä a elle aussi continué de travailler « dans le domaine de la santé mentale », tout en assurant ses fonctions de conseillère municipale à Helsinki.

« La situation dans laquelle je me suis retrouvée après l’élection était plus inattendue qu’autre chose : c’est mon premier poste important en politique ; je ne me suis pas lancée dans des calculs pour savoir si je serais élue ou non, j’attendais de voir. C’était donc une vraie surprise et ça a peut-être rendu l’attente plus facile », présume la députée finlandaise.

Le plus dur, estime Ilana Cicurel (Renew Europe, française), n’a pas été l’attente elle-même, mais « le fait d’avoir des gens qui vous abordent en vous disant ‘mais alors, tu attends le Brexit tous les matins’. » Là-dessus, tous s’entendent. Et tous le disent spontanément : ils ne souhaitaient pas voir les Britanniques partir. « Je ne me sens ni un fils ni un produit du Brexit. Je regrette le Brexit. » C'est en ces termes que le député italien, élu sur une liste française, Sandro Gozi (Renew Europe), s'est présenté à la presse.

« On n’a pas attendu le Brexit en tant que tel. Ce qu’on redoutait comme scénario, en revanche, c’était un Brexit qui polluerait la mandature en mettant du temps à se mettre en place ou un Brexit brutal sans accord », détaille encore Ilana Cicurel.

Redistribution des commissions

Pendant les huit mois qu’ont duré les tergiversations britanniques, les députés n’ont reçu aucun signe, aucune information de la part du Parlement, rapporte Thomas Waitz. Le contact s’est limité aux échanges avec leur groupe respectif afin de définir les commissions parlementaires qui leur seraient attribuées, mais seulement « une fois qu’il est devenu évident que le Brexit allait être acté », précise Mme Alametsä.

La Finlandaise a obtenu une place, ainsi qu’elle l’avait demandé, au sein de la commission des affaires étrangères (AFET), où elle compte œuvrer pour la diplomatie climatique et sur les questions liées aux droits de l’homme. Elle sera également membre suppléante des commissions du développement (DEVE) et du transport et du tourisme (TRAN) ainsi que de la sous-commission Sécurité et Défense (SEDE).

« Le secrétaire général fait en sorte de satisfaire au mieux les demandes, mais il faut parfois aussi accepter les compromis », résume Thomas Waitz. Ce dernier intègrera les commissions AFET et des pétitions (PETI) en tant que membre permanent et la sous-commission SEDE en tant que membre suppléant, « pour renforcer la politique de paix verte et la gestion non violente des conflits ».

« Je viens d'un pays neutre non membre de l'OTAN et je pense qu'il est important que notre voix soit entendue », précise-t-il. Thomas Waitz a également à cœur de s’investir au sein de la commission de l'agriculture et du développement rural (AGRI). Il y a obtenu un poste de suppléant, mais prévoit de collaborer avec sa collègue Sarah Wiener (Verts/ALE, autrichienne), qui en est membre permanente.

Comme leurs collègues, Nora Mebarek et Adrián Vázquez Lázara ont vu leurs souhaits respectés. La première siègera au sein de la commission du développement régional (REGI), mais aussi des commissions de la pêche (PECH) et TRAN comme suppléante. Le second sera suppléant en commission AGRI et membre permanent de la commission des affaires juridiques (JURI), où il espère travailler sur la régulation et la dimension éthique de l'intelligence artificielle. Un souhait qui sera certainement exaucé, puisqu'il a été élu, lundi 17 février, président de la commission JURI (EUROPE 12427/30).

Bien qu’ils aient déjà une idée arrêtée quant aux positions qu’ils entendent défendre, les nouveaux députés devront attendre leurs premières réunions de commission – qui se tiendront cette semaine – pour connaître précisément les dossiers sur lesquels ils seront amenés à travailler. « Je ne suis pas nouveau au PE. En revanche, vis-à-vis de mes collègues en commissions AGRI et JURI, je suis nouveau. Maintenant, je dois voir ce qu’il est possible de négocier et quels dossiers je peux effectivement choisir », explique Adrián Vázquez Lázara.

« L’Europe a changé »

Si le départ de 73 élus britanniques et l’arrivée de 27 autres ne semblent pas avoir bouleversé outre mesure l’organisation du Parlement européen, les députés, à leur échelle, relèvent certains changements.

Ainsi, Mme Alametsä souligne que son entrée au PE, à 27 ans, marque l’arrivée au sein de son groupe et de sa délégation d’une nouvelle génération de députés: « Nous sommes désormais trois Finlandais chez les Verts, et nous représentons chacun une génération ». La moyenne d'âge des députés finlandais est relativement élevée, insiste-t-elle, or, « nous sommes tous préoccupés par le regard que portent les jeunes Finlandais sur l’UE ».

Lorsqu'on l'interroge sur les éventuels changements à attendre de ce remaniement, Thomas Waitz, qui débute son deuxième mandat au PE, garantit, quant à lui, que les départs et arrivées n’auront pas d’incidence sur l’orientation de son groupe politique, dont les membres ont des comportements de vote similaires, précise-t-il.

« Mais la politique n'est pas seulement liée à votre position, c'est aussi une affaire de personnalité. De ce point de vue-là, il y aura des conséquences. Je regrette par exemple que Molly Scott Cato ait dû quitter le PE. Elle était, de mon point de vue, l'un des députés verts les plus brillants et les plus reconnus », déplore-t-il.

« Le Brexit est une épreuve dont nous allons sortir grandis », veut croire, quant à elle, Ilana Cicurel. Une épreuve, précise-t-elle, « qui nous a fait prendre conscience que l’Europe a changé ». (Agathe Cherki avec Marion Fontana)

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