Dix jours seulement après leur Conseil 'Affaires étrangères' exceptionnel, les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE se retrouvent de nouveau à Bruxelles.
Ils discuteront, en premier lieu, de la situation au Sahel et de la façon dont les Européens pourraient consolider et intensifier leur soutien à la région, alors que celle-ci connaît une détérioration de sa situation sécuritaire et humanitaire.
La France, engagée sur le terrain, souhaiterait, selon une source, un engagement accru de l’UE et des autres États membres dans le Sahel. Cet engagement pourrait se faire au niveau européen, mais aussi dans le cadre des opérations françaises : Barkhane et Takuba (en cours de création).
La discussion se tiendra quelques jours après le sommet de Pau, lors duquel la France et les pays du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) ont redéfini leur coopération (EUROPE 12403/20). Cette discussion aidera à préparer la conférence de haut niveau avec les pays du G5 Sahel que le président du Conseil européen, Charles Michel, entend organiser en marge du Conseil européen des 26 et 27 mars.
Les ministres pourraient discuter de la révision de leur stratégie sur le Sahel, qui date de 2011 (EUROPE 10299/10). Plusieurs États souhaitent aussi le renforcement du mandat de la mission de formation EUTM Mali - en cours de révision - afin de permettre l’accompagnement dans les camps où sont implantés les militaires maliens, pour assurer un suivi de la formation reçue. Plus de 14 000 soldats ont déjà été formés. EUTM Mali pourrait aussi être étendue au-delà des frontières maliennes, en fonction des demandes des autorités concernées. Les missions civiles dans la région – EUCAP Sahel Mali et EUCAP Sahel Niger - doivent aussi être revues d’ici la fin juin.
Toutefois, au-delà de l’aspect sécuritaire, « on demande une action plus robuste au niveau politique côté UE », a ajouté une source européenne alors qu'une autre a mis en avant le développement.
Les ministres reviendront aussi sur la Libye, au lendemain de la conférence de Berlin. Selon plusieurs sources, les discussions dépendront fortement des résultats de cette conférence. « On ne peut pas écrire l’histoire tant que la conférence n’a pas eu lieu », a résumé un diplomate. « Nous verrons le résultat et verrons comment le soutenir, en étroite coordination avec l'ONU. Nous devrons évaluer quels sont les besoins, les possibilités et les conditions de nouveaux engagements de la communauté internationale », a résumé une autre source.
Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, pourrait venir avec des propositions concrètes telles que la nomination d’un envoyé spécial européen ou un soutien européen au cessez-le-feu et au respect de l’embargo sur les armes. Cependant, selon une source, le retour des navires de l’opération Sophia ne serait pas à l’ordre du jour. De même, une surveillance du cessez-le-feu nécessiterait un mandat de l’ONU, selon une autre source.
La situation en Libye, prévue comme un ‘rapide’ « point d’actualité » lors de la réunion de lundi, devrait faire l’objet d’une discussion plus longue lors du Conseil 'Affaires étrangères' de février.
La diplomatie climatique fera aussi l’objet d’un débat et des conclusions seront adoptées. Cette discussion fait suite au Conseil européen de décembre, lors duquel les chefs d’État et de gouvernement avaient souligné l’importance d’un engagement international sur le changement climatique (EUROPE 12387/6). Dans leurs conclusions, les ministres devraient appeler l’UE et les États membres à réfléchir à une stratégie afin de convaincre les pays tiers d’avoir plus d’ambition sur le plan climatique. Une clause de rendez-vous devrait être fixée pour juin. Les ministres pourraient aussi discuter des possibles actions concrètes, des partenaires à privilégier et des outils à mobiliser.
Le déjeuner sera consacré au Moyen-Orient sous plusieurs aspects : la situation en Irak et les tensions avec l’Iran, et le (non) processus de paix au Proche-Orient.
Les ministres devraient donc faire le suivi de leur Conseil du 10 janvier (EUROPE 12401/1) sur les tensions avec l'Iran et écouter le compte-rendu de M. Borrell sur sa rencontre avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif (EUROPE 12405/30). « La situation (sur le terrain) reste fragile, il faut continuer les efforts », a expliqué un diplomate, ajoutant qu’il fallait notamment discuter du soutien à apporter à l'Irak. Le Conseil devrait également discuter de l’activation par les pays de l’E3 (Allemagne, France et Royaume-Uni) du mécanisme de résolution des différends de l’accord sur le nucléaire (EUROPE 12403/19).
La discussion sur le Proche-Orient fait, elle, suite à la demande faite lors du Conseil de décembre par le ministre luxembourgeois, Jean Asselborn, de discuter de la reconnaissance de l’État palestinien (EUROPE 12386/6) et à une demande de son homologue irlandais, Simon Coveney. Cette reconnaissance est une compétence nationale, mais les chefs de la diplomatie devraient s’entretenir de la situation sur le terrain, en vue de nouvelles élections législatives en Israël et de possibles élections en Palestine. Le débat pourrait être l’occasion d’un réengagement européen dans le dossier alors que le plan américain se fait toujours attendre.
Rapidement, les ministres reviendront sur la situation en Bolivie, en amont des élections générales du 3 mai prochain. Le débat pourrait porter sur la question de l’appui que l’UE peut apporter pour stabiliser la situation dans le pays et pour la bonne organisation des élections.
Le Conseil discutera aussi de la façon de recréer des espaces diplomatiques pour faire reprendre le processus politique au Venezuela, à la suite de la réélection mouvementée du président de l’Assemblée nationale, Juan Guaidó (EUROPE 12397/2). Certains ministres pourraient demander la préparation de sanctions supplémentaires.
Un point pourrait être fait sur le suivi des discussions concernant les actions de la Turquie en Syrie et de ses activités illégales de forage en Méditerranée. Selon une source européenne, les discussions sur les personnes ou entités qui pourraient être sanctionnées en lien avec les forages sont toujours en cours au groupe de travail du Conseil (EUROPE 12367/8).
De retour d’Inde, le Haut Représentant devrait faire un compte-rendu de ses rencontres avec les autorités. Les négociations sur une nouvelle feuille de route pour un partenariat stratégique à l'horizon 2025, couvrant notamment la coopération en matière de sécurité, d'économie numérique ou de lutte contre le changement climatique, ont débuté le 15 janvier et la feuille de route pourrait être approuvée lors du sommet UE-Inde du 13 mars. (Camille-Cerise Gessant avec Agathe Cherki)