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Bulletin Quotidien Europe N° 12378
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Commission

Approuvée à une large majorité, l'équipe 'von der Leyen' attendue au tournant par les eurodéputés

Les députés européens ont approuvé à une large majorité (461 voix pour, 157 contre et 89 abstentions), mercredi 27 novembre, la composition de la Commission 'von der Leyen', qui prendra officiellement ses fonctions le 1er décembre.

« Je suis très heureuse. Je me sens humble face à cette écrasante majorité », a souligné Mme von der Leyen devant la presse, qualifiant l’approbation des députés de « vote de confiance ».

Cette majorité est plus large que celle qu’avait obtenue la Commission 'Juncker' en 2014 (423 pour, 209 contre et 67 abstentions). Ce dernier n’a d’ailleurs pas manqué de saluer ce succès. « Je sais que, sous votre direction, nous verrons un environnement plus fort, plus vert et plus numérique, et je vous souhaite bonne chance ! », a-t-il déclaré via Twitter à l'intention de Mme von der Leyen.

Si une majorité simple ne faisait pas de doute, une telle avance n’était pas forcement attendue (EUROPE 12377/2).

Tous les députés du groupe PPE ont voté en faveur du Collège. Même chose pour les membres du groupe Renew Europe, à quatre exceptions près. Le groupe S&D s’est montré plus divisé, mais a majoritairement soutenu la Commission, alors que les Verts/ALE, eux aussi divisés, se sont principalement abstenus. Les membres de la GUE/NGL et ceux du groupe Identité et Démocratie (ID) sont, quant à eux, restés unis dans leur opposition à la nouvelle Commission, à l’unanimité des votants pour ID et à deux exceptions près (un pour, une abstention) pour la GUE/NGL.

L’unité du groupe CRE a, elle, complètement explosé. Les députés, qui avaient le vote libre, se sont divisés entre partisans de la Commission (30 votes pour), abstentionnistes (16) et opposants (14).

Réactions des groupes politiques du PE

Logiquement, les groupes PPE, Renew Europe et S&D se sont réjouis du résultat, tandis que la GUE/NGL et ID l'ont déploré. De leur côté, les Verts/ALE ont cherché à expliquer leur large abstention.  

Le président du groupe PPE, Manfred Weber (allemand), a qualifié cette Commission d’« unique et historique », « car elle est dirigée par une femme et est composée de plus de femmes que toute autre Commission dans le passé ». Il a également appelé à « protéger, garantir et promouvoir » le « mode de vie européen », vantant ses bienfaits (démocratie, État de droit, liberté d’expression, interdiction de la peine de mort…) et le jugeant préférable aux modes de vie chinois et américain. 

La présidente des S&D, Iratxe García Pérez (espagnole), s’est félicitée que son groupe ait réussi à obtenir des « portefeuilles cruciaux » de ce nouveau Collège, exprimant en particulier sa confiance envers le vice-président exécutif chargé du Green Deal européen, Frans Timmermans, et envers le Haut Représentant aux Affaires étrangères et à la Politique de sécurité, Josep Borrell, deux sociaux-démocrates.

Estimant que l’agenda de la Commission 'von der Leyen' sera vert et rouge (pour le social), elle a plaidé pour que l’UE « retrouve son âme sociale ». Et tout en se réjouissant de la parité homme/femme quasi atteinte au sein du Collège, Mme García Pérez a réclamé une directive européenne visant à éradiquer la violence fondée sur le genre.

De son côté, le Roumain Dacian Cioloş, président de Renew Europe, a précisé que le large vote de son groupe en faveur de la Commission ne constituait pas un blanc seing. Il a demandé à la nouvelle Commission de faire preuve de vision, de passion et d’ambition, afin « d’enthousiasmer les citoyens » et de les « reconnecter à l’Europe ».

M. Cioloş a ensuite souligné la nécessité de rendre l’économie européenne neutre en carbone d’ici 2050, à l’aide du Fonds pour une transition juste (‘Just transition fund’), d’une Banque européenne pour le climat et du cadre financier pluriannuel, ainsi que le besoin de développer des champions du numérique européens.  

La coprésidente du groupe des Verts/ALE, Ska Keller (allemande), pour sa part, a expliqué que les écologistes ne pouvaient se résoudre ni à brandir un carton rouge ni à signer un chèque en blanc à la nouvelle Commission. Les raisons de leur large abstention avaient déjà été dévoilées la veille devant la presse (EUROPE 12377/2).

D’un côté, les écologistes reprochent à la Commission 'von der Leyen' un manque de cohérence entre les discours en matière d’environnement et l’absence d’engagements en faveur d’une réforme en profondeur de la politique commerciale et agricole de l’UE. D’un autre côté, ils ont la volonté de collaborer de manière constructive pour remédier au changement climatique et aux inégalités et pour garantir l’État de droit.

« L’urgence climatique nous contraint à l’action et au rassemblement sincère derrière des objectifs concrets, même si Ursula von der Leyen n’a pas voulu impliquer les écologistes dans sa majorité », a ainsi déclaré l'autre coprésident des Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts.

Sans surprise, le groupe ID a fustigé cette nouvelle Commission qui, à leurs yeux, œuvrera à « transformer l’Europe en grand marché impotent, sans identité ni frontières ». Selon le chef de la délégation française du groupe ID, Jordan Bardella, l'équipe 'von der Leyen' s’inscrit dans la continuité de la Commission 'Juncker', refusant de rompre avec « des logiques obsolètes » (traités de libre-échange, concurrence déloyale, travail détaché, libéralisation des services publics, fédéralisme et laxisme migratoire). « Juncker, von der Leyen... Un jeu de chaises musicales pour surtout ne rien changer », a-t-il dénoncé. 

Le groupe CRE a quant à lui fait part de ses interrogations et inquiétudes concernant la concrétisation des engagements climatiques de la nouvelle commission, en particulier les conséquences néfastes qu’ils pourraient avoir sur l’économie de certains pays plus vulnérables.

En amont du vote, Manon Aubry, coprésidente de la GUE/NGL, avait estimé qu'il s'agissait peut-être du « vote du siècle » tant les enjeux sont énormes. La catastrophe climatique et la crise des inégalités ne peuvent s’accommoder d’engagements flous ou contradictoires, avait-elle prévenu.

Or, à ses yeux, malgré des promesses encourageantes de la future Commission, les auditions des commissaires n’ont pas été entièrement satisfaisantes, que ce soit sur le plan éthique ou sur le fond. Craignant le manque d’indépendance de certains d'entre eux, Mme Aubry a fustigé la poursuite d’accords de libre-échange très dommageables pour le climat, l’existence de paradis fiscaux au sein même de l’Europe, en toute impunité, le refus d’accueillir dignement les exilés, ainsi que le carcan de l’austérité.

« Vous ne pouvez pas être pompiers et pyromanes », a-t-elle décrété.

Un discours lisse

Lors du débat en session plénière, Mme von der Leyen a fait une dernière concession au Parlement européen en annonçant la modification de l’intitulé du portefeuille de Mariya Gabriel pour y inclure la culture. Mme Gabriel est désormais « commissaire à l'Innovation, à la Recherche, à la Culture, à l'Éducation et à la Jeunesse », a-t-elle indiqué.

La future présidente de la Commission n’a pas non plus oublié sa promesse de parité. Il « nous manque juste une femme pour avoir un parfait équilibre », a-t-elle dit, soulignant l’intention de faire plus à l'avenir. « Chaque membre de mon collège aura un cabinet équilibré entre les hommes et les femmes pour la toute première fois. Et à la fin de notre mandat, on aura également la parité à tous les niveaux du management pour la toute première fois. Cela changera le visage de la Commission », a-t-elle promis.

Dans un discours en français et en anglais, Mme von der Leyen a présenté un programme de travail ambitieux. Ont été balayées pendant 40 minutes les priorités de sa Commission « géopolitique » : le climat, mais aussi le numérique, la migration, l’économie ou la politique étrangère.

Côté annonces, il faudra attendre. Le programme de travail de la Commission ne sera présenté que fin janvier, début février 2020.

Sur le climat, une « question existentielle pour l’Europe et pour le monde », Mme von der Leyen a estimé que l’Europe avait « le devoir d’agir et le pouvoir de mener », notamment en établissant des normes à portée internationale.

La future présidente de la Commission sera, dès lundi 2 décembre, lendemain de sa prise de fonction à Madrid, à la COP25. Avant de présenter, le 11 décembre, le Green Deal européen, « notre nouvelle stratégie de croissance. Il nous aidera à diminuer les émissions tout en créant des emplois ». « C'est une transition générationnelle vers la neutralité climatique d'ici le milieu du siècle. Mais cette transition doit être juste et inclusive, sinon elle n'aura pas lieu du tout », a-t-elle prévenu.

De plus, pour la future présidente, « il n’y a plus d’avenir sans numérisation », dont il faut saisir les opportunités et affronter les risques. « Nous devons intervenir avec intelligence là où le marché ne le fait pas. Nous devons protéger à la fois notre prospérité européenne et nos valeurs. Nous devons maintenir notre approche européenne à l'ère numérique également », a-t-elle expliqué.

Selon la chrétienne-démocrate allemande, l’UE doit maitriser et posséder les technologies essentielles telles que les ordinateurs quantiques, l'intelligence artificielle, les chaînes de blocs et les technologies critiques en matière de puces.

Mme von der Leyen a précisé que Thierry Breton serait chargé de concevoir une stratégie en matière de données, « un cadre pour que les gouvernements et les entreprises puissent partager les données (non personnelles, NDLR) et les mettre à disposition dans un réservoir commun sécurisé ». Une Agence européenne de la cybersécurité renforcée va aussi être créée.

« Nous devrions tirer parti du pouvoir de transformation de la double transition climatique et numérique pour renforcer notre propre base industrielle et notre potentiel d'innovation », a ainsi résumé Mme von der Leyen.

Pour gérer le défi migratoire, qui divise les États depuis des années, la future présidente a annoncé qu’un paquet de mesures sur la migration serait présenté à la fin du premier trimestre ou au début du deuxième trimestre 2020. « Nous devons réformer notre régime d'asile sans jamais oublier nos valeurs de solidarité et de responsabilité », a-t-elle expliqué. Et d'insister : « L'Europe, si fière de ses valeurs et de l'État de droit, doit être capable d’apporter une réponse à la fois humaine et efficace (à la question migratoire) ».

Sur le volet économique et social, Mme von der Leyen a souhaité l'approfondissement de l’Union économique et monétaire « afin de générer de la croissance et des emplois en renforçant notre résilience macroéconomique ».

« Nous devons utiliser la souplesse qu'offre le pacte de stabilité et de croissance pour laisser à nos économies le temps et l'espace de se développer. Et parallèlement, nous devons soutenir les États membres en proposant des investissements ciblés et des réformes structurelles », a-t-elle résumé. Le parachèvement de l’union bancaire en zone euro et celui de l’union des marchés de capitaux constituent aussi des priorités.

La Commission présentera aussi un cadre « visant à garantir que chaque travailleur dans l'Union bénéficie d'un salaire minimum équitable ».

Sur le plan international, la Commission géopolitique voulue par Mme von der Leyen dialoguera avec « les différents acteurs mondiaux comme une puissance responsable, qui sera une force de paix et de changement positif ». L’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE, le maintien du lien transatlantique et la promotion d'échanges commerciaux « ouverts et équitables », qui incluent un chapitre sur le développement durable, constituent des priorités qui devront permettre à l'Europe de faire valoir ses propres intérêts face à ses partenaires internationaux.

Enfin, Mme von der Leyen a annoncé, le lancement, début 2020, d’un « ambitieux 'plan cancer' », par la commissaire Stella Kyriakides, qui a elle-même été touchée par cette maladie il y a quelques années. Ce sujet tient à cœur la future présidente, qui a avoué avoir perdu, enfant, une sœur alors âgée de 11 ans et frappée par un cancer.

Voir le discours de Mme von der Leyen : http://bit.ly/2Drzw4t  (Camille-Cerise Gessant et Damien Genicot)

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