Les ministres européens de l'Environnement ont réservé, mardi 5 mars, un accueil très favorable à la vision de la stratégie de long terme dont devra se doter l'UE d'ici à 2020 pour réussir sa transition vers une économie européenne neutre du point de vue du climat à l’horizon 2050 (EUROPE 12148).
Des différences se sont fait jour entre les pays les plus ambitieux, comme la Suède, le Luxembourg, la France et le Portugal, partisans de ne retenir que les deux scénarios les plus ambitieux permettant d'atteindre zéro émission nette en 2050, et les pays d'Europe centrale et orientale qui ont surtout insisté sur la nécessité de préserver la compétitivité de l'industrie et d'assurer une transition juste et équitable pour tous, fondée sur la solidarité entre les États membres et la prise en compte des impacts sociaux de la transition. Toutefois, l'approche de la Commission dans sa communication 'Une planète pour tous' a été appréciée de tous les pays.
C'est, selon les ministres, une contribution utile pour permettre à l'UE de préparer la transformation requise dans tous les secteurs de l'économie européenne, d'adresser un signal clair aux investisseurs, de mobiliser tous les fonds européens à disposition pour appuyer la transition, ainsi que les fonds privés indispensables pour répondre aux besoins d'investissements massifs dans l'innovation, la recherche et les technologies propres.
La ministre roumaine de l'Environnement, Grațiela Leocadia Gavrilescu, qui a présidé le débat, a résumé ainsi les grandes tendances qui s'en sont dégagées.
- Pour l'ensemble des ministres, il est important que l’UE dispose d’une stratégie de long terme pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre conformément aux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. La communication constitue une excellente base pour poursuivre et tous se sont félicités de la démarche holistique et du vaste débat ainsi lancé.
- Intégrer la neutralité climatique est une nécessité pour la cohérence des politiques de l’UE, en particulier dans les domaines de l’énergie, des transports, de la compétitivité, de l’agriculture, de la recherche et de la finance.
- Il faut créer les conditions permettant le soutien à la transition et l'accès à tous les instruments financiers (fonds d'innovation, fonds de modernisation notamment) pour créer des incitants aux innovations requises pour développer les technologies propres.
- Plusieurs États membres ont mis l'accent sur la nécessaire complémentarité entre la future stratégie de long terme de l'UE et les plans nationaux Énergie/Climat.
- Certains ont insisté sur l'importance de la neutralité technologique, d'autres sur l'énergie sûre et durable.
- De nombreux États membres ont plaidé pour la prise en compte des spécificités nationales et régionales.
- Certains ont insisté sur des conditions équitables pour tous, surtout dans les régions dépendant du charbon.
- Tous ont souligné les possibilités de croissance économique et de création d'emplois, notamment dans le secteur des bâtiments et des transports.
- De nombreux ministres ont insisté sur la dimension internationale, la coopération internationale et l'importance de progresser à l'échelle de la planète.
Pour le Luxembourg, « 1,5 degré doit être la référence de l'UE et il convient d'atteindre zéro émission nette au plus tard en 2050 - un objectif à confirmer le plus vite en 2019 par les chefs d’État », a estimé la ministre.
La Pologne, elle, juge ambitieux les huit scénarios énoncés par la Commission, fait de la sécurité de l'approvisionnement énergétique une priorité, souhaite une analyse pour les secteurs et régions où la transformation sera particulièrement douloureuse et demande que « les plans nationaux énergie/climat soient la base pour évaluer le niveau de réduction global à examiner par le Conseil européen ».
Le commissaire européen à l'Environnement, Karmenu Vella, a rappelé que, pour les régions fortement dépendantes du charbon, la Commission est prête à épauler les États membres.
La synthèse des débats des ministres de l'Environnement, de leurs collègues chargés de l'Énergie et de la Compétitivité fera l'objet d'une lettre au Conseil européen des 21 et 22 mars, lequel devrait fournir des orientations pour la future stratégie de l'UE. Les discussions se poursuivront au sein d'autres formations du Conseil jusqu'en juin. (Aminata Niang)