Transparency International (TI) a présenté, mardi 5 février, un rapport pointant le manque de transparence et de responsabilisation de l’Eurogroupe, lors d’une conférence à Bruxelles.
Selon ce rapport, même si l’Eurogroupe, en tant que « gouvernement informel de la zone euro », ne peut pas, juridiquement parlant, prendre de décisions, dans la pratique, il adopte bel et bien ses décisions par l’intermédiaire d’autres institutions.
De cette manière, l’Eurogroupe se soustrait à toute responsabilité, alors que ses décisions peuvent avoir un impact profond sur la vie de millions de citoyens, estime Transparency International.
« Les ministres des Finances ont pris l’habitude de négocier à huis clos, un contrôle démocratique plus étroit leur rendrait la vie plus difficile », a ainsi déclaré Leo Hoffmann-Axthelm, coordinateur de la recherche et du plaidoyer de TI pour la zone euro.
Le rapport met donc en avant différentes mesures afin d’améliorer la transparence, la responsabilisation et l’intégrité de l’Eurogroupe.
Elles incluent : - la transformation de l’Eurogroupe en un organe formel avec une responsabilité directe au niveau de l’Union européenne ; - des auditions obligatoires du président de l’Eurogroupe devant le Parlement européen ; - la création d’un registre répertoriant tous les documents de l’Eurogroupe.
En outre, alors que le régime actuel prévoit que le président de l’Eurogroupe est obligatoirement l’un des ministres des Finances nationaux - partageant ainsi son temps entre ces deux fonctions -, le rapport suggère d’élire un président à temps plein. TI considère qu’une telle mesure permettrait d’éviter tout conflit d’intérêts.
Enfin, l’organisation appelle à ce que le régime de transparence de l’Eurogroupe - en particulier les publications d’ordres du jour détaillés - s’applique également aux instances préparatoires, une position également exprimée par Rosita Hickey, membre du cabinet du Médiateur européen, lors de la conférence.
Pour elle, les efforts en matière de transparence entamés par l’actuel président de l'Eurogroupe, Mário Centeno, bien qu’encourageants, ne suffisent pas, car ils ne concernent pas les premières étapes du processus de prise de décisions des ministres des Finances de la zone euro.
« Je pense que le manque de transparence au sein des instances préparatoires de l’Eurogroupe reste un problème. Elle limite la capacité du public à examiner de près la manière dont les décisions relatives à la gouvernance de la zone euro sont préparées, informées et prises », a-t-elle ainsi déclaré.
Mme Hickey a également rappelé qu’il y a quelques semaines, la Médiatrice européenne, Emily O’Reilly, avait justement dénoncé le manque de transparence (EUROPE 12174), en particulier au sein du Conseil de l’UE, qui alimente depuis bien trop longtemps la culture du 'c’est la faute à Bruxelles' (sic) et renforce ainsi les eurosceptiques.
De son côté, le porte-parole de M. Centeno, Luis Rego, a assuré qu’il informerait l’Eurogroupe des recommandations de TI et s’est dit ouvert aux nouvelles idées, tout en rappelant les avancées effectuées en matière de transparence depuis le début de la présidence du ministre portugais telles que l’invitation d’experts à l’Eurogroupe et la publication de leurs présentations.
Enfin, pour la journaliste du Financial Times Mehreen Khan, apporter des « changements cosmétiques » au fonctionnement de l’Eurogroupe - telles que les recommandations de TI - n’empêchera pas les opposants les plus virulents de l’euro de pointer du doigt les problèmes de légitimité dans la gouvernance de la monnaie unique. Seul un changement des traités le pourrait, a-t-elle ajouté.
Voir le rapport : https://bit.ly/2SyTN1c. (Damien Genicot - stage)