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Bulletin Quotidien Europe N° 12148
POLITIQUES SECTORIELLES / Climat

La Commission pose des jalons pour une stratégie future de décarbonisation de l’économie européenne à l’horizon 2050

À quelques jours de l’ouverture de la COP 24 (Katowice, 2-14 décembre), la Commission européenne a présenté, mercredi 28 novembre, sa vision pour une future stratégie climatique de l’UE de long terme qui devrait permettre à l’économie européenne d’être neutre du point de vue du climat à l’horizon 2050, en mobilisant l'ensemble de la société. 

Sa communication intitulée 'Vision européenne de long terme pour une économie prospère, moderne compétitive et neutre du point de vue du climat' était très attendue, mais déjà connue (EUROPE 12141, 12112). Elle est censée ouvrir la voie à une stratégie que devra présenter la prochaine Commission européenne en 2020 et sera présentée à la COP 24. 

À l'heure où l'ONU vient de lancer un sérieux avertissement avec son rapport ('Emissions Gap Report 2018') montrant qu'aucun État membre de l'UE ne respecte ses engagements au titre de l'Accord de Paris et appelant tous les pays à tripler leurs efforts s'ils veulent maintenir le réchauffement mondial sous 2 degrés C, et à faire cinq fois plus d'efforts pour tendre vers 1,5 degré, la Commission ne propose à ce stade aucun relèvement de l'objectif 2030 de l'UE (une réduction de ses émissions d'au moins 40 % par rapport à 1990). Elle n'en a pas le mandat pour les négociations internationales qui vont s'ouvrir. 

Sa communication a vocation à lancer le débat avec les institutions européennes, les représentants des autorités régionales et locales et les États membres. Toutes les formations du Conseil auront à en discuter pour préparer le sommet des chefs d'État et de gouvernement consacré, en mai prochain à Sibiu, à l'avenir de l'UE - un avenir dans lequel la lutte contre le changement climatique occupera une place de choix, comme lors des élections européennes, ont précisé le vice-président de la Commission, Maroš Šefčovič, et le commissaire européen à l'Action pour le climat et à l'Énergie, Miguel Arias Cañete. La stratégie future pour l'horizon 2050 devra être présentée à l'ONU d'ici à 2020, comme l'obligation en est faite à toutes les parties à l'Accord de Paris sur le climat. 

« Jusqu'ici, nous nous sommes concentrés sur la transition vers l'énergie propre jusqu'à 2030. Une réduction de 60 % des émissions d'ici à 2050 ne suffira pas. L'UE est la première grande économie au monde à présenter sa stratégie pour l'horizon 2050 », a insisté M. Šefčovič devant la presse, même si, à ce stade, le texte n'est qu'une vision. M. Cañete a précisé que l'objectif n'était pas de fixer des objectifs à atteindre, mais « un cap ». Selon lui, « la neutralité climatique est le bon choix pour notre économie et la planète. Les investisseurs auront de la prévisibilité », a-t-il dit, précisant que les investissements, qui représentent aujourd'hui 2 % du PIB, devront passer à 2,8 % du PIB, soit à 175-190 milliards d'euros. 

Pour l'heure, l'embryon de stratégie examine les options disponibles pour les États membres, les entreprises et les citoyens et étudie la manière dont celles-ci peuvent contribuer à la modernisation de l’économie et à la transition requise vers la neutralité climatique – une transition socialement juste, précise la Commission. Les travailleurs de secteurs à forte intensité de carbone seront accompagnés dans leur reconversion, assure M. Cañete. 

La communication énonce huit scénarios modélisés qui pourront guider les mesures à prendre dans tous les secteurs de l’économie, selon que l’on vise une réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, une réduction comprise entre 85 et 95 % ou zéro émission. Mais la Commission ne donne la préférence à aucun de ces scénarios. 

La Commission souligne que parvenir à une économie neutre pour le climat est possible avec les technologies existantes et celles sur le point d’être déployées. Cela est aussi possible d'un point de vue économique et social, à condition toutefois que soit opérée une transformation en profondeur en une génération et que soient réalisés des investissements massifs - « publics et privés », a précisé le commissaire. 

Parvenir à cette économie neutre pour le climat nécessiterait une action conjointe, autour de sept priorités stratégiques : - décarboner totalement l’approvisionnement énergétique de l’UE par l’électrification et le déploiement des énergies renouvelables ; - maximiser le potentiel de l’efficacité énergétique en réduisant de près de moitié la consommation d’énergie à l’horizon 2050 par rapport à 2005 ; - favoriser une mobilité propre, sûre et connectée ; - développer un réseau d’infrastructures intelligentes et d’interconnexions ; - exploiter toutes les potentialités de la bioéconomie et créer des puits de carbone naturels par une agriculture et une utilisation des sols plus durables ; - moderniser l'industrie et investir dans des technologies et des systèmes neutres en carbone et compatibles avec une économie totalement circulaire ; - faire usage de la technologie du captage et du stockage du carbone pour les émissions résiduelles. 

Les Verts/ALE au Parlement européen ont regretté que la Commission ne donne pas clairement la priorité au scénario 'zéro émission' à l'horizon 2050 et ont fait observer que, sur les huit scénarios, aucun ne permet de respecter l'objectif de 1,5 degré Celsius. Ils saluent toutefois le fait que, pour la première fois, la décarbonisation de toute l'économie européenne soit envisagée. 

S'exprimant lors d'une conférence de presse, le député néerlandais Bas Eickhout, l'une des deux têtes de liste des Verts/ALE pour les élections européennes de mai 2019 (EUROPE 12146), a en outre déploré un manque d'impulsion politique dans ce dernier effort de la Commission pour faire avancer le débat sur le climat avant la COP 24 et les élections européennes. 

« La Commission européenne ne veut pas ouvrir le débat sur un relèvement de l’ambition de l’objectif 2030. Dans son analyse, elle part de 2030 pour éviter ce débat. Or, pour atteindre zéro émission à l’horizon 2050, il faut commencer plus tôt à faire plus », a-t-il déclaré, en rappelant les conclusions du dernier rapport spécial du GIEC. Il s'est dit déçu qu’il ne soit pas envisagé de proposer à la COP 24 de porter l’objectif de 2030 de l'UE à 45 % au moins, voire à 55 %, comme l’a demandé le Parlement européen et comme y seraient prêts les Pays-Bas, le Luxembourg et la Suède. « La France est un pays clé pour rejoindre les plus ambitieux, mais elle regarde l'Allemagne », a-t-il déclaré. 

Les ONG environnementales, même si elles espéraient mieux, saluent un premier pas. (Aminata Niang)

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