Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, a plaidé, devant les députés européens, mardi 11 septembre à Strasbourg, pour une démocratisation et un retour aux valeurs fondatrices de l’Union européenne, dans le cadre d’un troisième modèle qu’il veut voir faire face au néo-libéralisme et à l’extrême droite.
« Toutes les forces démocratiques et pro-européennes doivent se retrouver du même côté de l’histoire », a déclaré le chef du gouvernement hellénique, au cours d’une intervention qui pourrait s’apparenter à un discours de pré-campagne en vue des élections européennes de mai 2019.
Le dirigeant s’est d’abord félicité de la sortie de son pays du troisième et dernier plan d’assistance financière (EUROPE 12077) et de son retour sur « le chemin de la croissance », tout en arguant que son gouvernement a réussi « à protéger les plus vulnérables ». Il a également tenu à rassurer ses partenaires européens, mentionnant l’intention d’Athènes de ne pas « répéter les erreurs » du passé.
M. Tsipras a également relevé les contradictions de l’UE dans l’accueil des réfugiés et la gestion des flux migratoires, ce pour quoi « la Grèce a fait tout ce qu’elle pouvait ».
Regrettant la technocratie de l’UE lors de la crise économique, le Premier ministre grec a voulu louer les bénéfices d’un modèle alternatif au « néo-libéralisme » et à « l’extrême droite ». Il a effectivement plaidé pour des « transformations démocratiques » et pour un « nouveau contrat social ».
Ce dernier devrait, pour lui, se traduire par un renforcement du contrôle démocratique, en particulier du Parlement européen, par un modèle économique tourné vers la croissance et l’atténuation des inégalités ou encore par une réforme du droit d’asile.
Réactions divergentes. L’intervention de M. Tsipras a suscité de vives réactions dans l’hémicycle. Si Valdis Dombrovskis, le commissaire à l’Euro et au Dialogue social, a félicité le gouvernement et le peuple grecs pour les efforts entrepris et la gestion des flux migratoires, les députés ont eu des propos bien moins consensuels.
Esteban González Pons (PPE, espagnol) a d'abord rappelé que M. Tsipras avait suscité une certaine admiration de la part des « populistes et europhobes » en 2015, lors d’une première venue au Parlement européen (EUROPE 11354). Il s’est également dit inquiet quant à de possibles pratiques de clientélisme en Grèce et au possible retour du populisme dans le discours de M. Tsipras.
Udo Bullmann (S&D, allemand) a, lui, fustigé l’austérité promue par le PPE, avant de faire part de sa volonté de « façonner l’avenir européen », qui passe notamment par une prise en compte plus importante des droits sociaux.
Guy Verhofstadt (ADLE, belge), tout en regrettant que tout n’ait pas changé en Grèce, a accueilli avec une certaine bienveillance le ton utilisé par M. Tsipras. Il a toutefois pointé avant tout le besoin de réformer la zone euro afin que celle-ci puisse faire face à de futures crises. Ska Keller (Verts/ALE, allemande) a également identifié ce besoin, en insistant sur la volonté d’axer les politiques de l’UE sur le bien-être des citoyens et la transformation « socio-écologique ».
Les représentants des forces eurosceptiques et europhobes, à l’image de Laura Agea (ELDD, italienne) et Marcel de Graaff (ENL, néerlandais) ont, eux, largement critiqué l’attitude du gouvernement de M. Tsipras lors des plans d’assistance financière.
Macédoine du Nord. Enfin, il a été question de l’accord sur la Macédoine du Nord (EUROPE 12039). Si Notis Marias (CRE, grec) a, sans surprise, affirmé que M. Tsipras avait « tout cédé » à Zoran Zaev, le Premier ministre de l’actuelle Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), Mme Keller a évoqué une « grande réussite ». (Lucas Tripoteau)