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Bulletin Quotidien Europe N° 12093
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Hongrie

Viktor Orbán continue de défendre son action devant le PE qui le menace d'une procédure inédite sur l'État de droit

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a tenté mardi 11 septembre à Strasbourg de convaincre les eurodéputés de ne pas activer le mécanisme dit de l’article 7 du Traité sur l’État de droit que la députée Judith Sargentini (Verts/ALE, néerlandaise) propose de lancer dans son rapport qui requerra, ce mercredi 12 septembre, une majorité des deux tiers des suffrages exprimés. Mais il n'a ouvert aucune porte de compromis pour autant, continuant à légitimer son action pour défendre les frontières face à l'immigration illégale. 

Le Premier ministre s'en est pris au rapport qui contient au moins 37 erreurs factuelles et « bafoue l’honneur du peuple hongrois ». Stigmatisant l’hémicycle qui pense pouvoir mieux dire aux Hongrois ce qui est bien pour eux, Viktor Orbán a aussi estimé que le rapport leur infligeait une condamnation morale susceptible de les priver de leurs droits par la suite, et de les empêcher de faire valoir leurs intérêts. Il a aussi déploré que les députés reprochent avant tout au pays de ne pas vouloir « devenir un pays d’immigration ». 

Un peu plus tôt, Judith Sargentini avait rappelé le bien-fondé de sa démarche et l’étendue des atteintes aux principes de l’État de droit, entre les juges indépendants remplacés, la liberté de culte menacée, l’existence très difficile des ONG - surtout pour celles venant en aide aux migrants. La députée a aussi dénoncé l’enrichissement de la famille Orbán, corroboré par un rapport de la commission Budget qui a pointé des problèmes dans la passation des marchés publics par exemple. 

Face à des États membres qui n’ont rien fait jusqu’ici, la députée estime que la Commission ne peut pas être seule à agir sur l’État de droit. « C’est à nous qu’il appartient de protéger les droits des citoyens et citoyennes. » 

La Commission, via le premier vice-président Frans Timmermans, n’a pas explicitement indiqué son souhait quant à l’issue du vote, mais a énuméré les nombreuses procédures lancées contre la Hongrie ces dernières années et encore récemment sur les lois relatives à l’asile, sur les ONG et sur les universités étrangères. 

Alors que la Présidence autrichienne avait fait planer le doute sur sa prise de parole, la secrétaire d'État à l'Intérieur, Karoline Edtstadler, est tout de même intervenue pour assurer les députés que le Conseil prenait très au sérieux la défense des valeurs européennes. Le Conseil de l’UE se penchera sur toute proposition qui lui sera faite, dans le cas où le PE adopterait ce 12 septembre le rapport Sargentini. 

La nouveauté est plutôt venue mardi de l’Allemand Manfred Weber, chef du groupe PPE, prêt à soutenir l'article 7 si Viktor Orbán ne donne pas de gages sur les ONG ou les universités étrangères. Mais le candidat à la succession de Jean-Claude Juncker ne s’est pas non plus privé de critiquer la situation d’autres pays, comme en Roumanie avec le pouvoir socialiste en place. 

Pour les patrons Guy Verhofstadt (ADLE, belge) et Philippe Lamberts (Verts/ALE, belge), il est en tout cas clair que la Hongrie d’aujourd’hui ne pourrait pas adhérer à l’UE, ont-ils dit pendant le débat. 

Si la famille ADLE et S&D, et les Verts devraient soutenir sans ambiguïté le rapporteur, la situation du PPE est plus complexe et le groupe devait arrêter sa position mardi soir, notamment après une nouvelle rencontre avec le Hongrois. Du côté des délégations nationales, le vote devait être éparpillé, à l’image des Républicains, partagés entre ceux qui voteront pour le rapport comme Françoise Grossetête (PPE, française) qui l’a annoncé et d’autres peut-être plus coincés par leurs contingences nationales. Selon une source, la délégation française devait en majorité se prononcer contre le rapport Sargentini. 

Du côté des élus autrichiens du PPE, le chancelier Sebastian Kurz a passé une consigne très claire lundi soir en leur demandant de soutenir la députée néerlandaise et en s’exprimant en faveur d’une procédure d’exclusion du Fidesz du PPE. 

Du côté de la délégation polonaise du PPE, ce sera en tout cas un vote en faveur de l’ouverture de l’article 7, selon une source, comme d’ailleurs l’ensemble des députés polonais au PE, à l’exception des membres du CRE et issus du Parti Droit et Justice au pouvoir à Varsovie. (Solenn Paulic)

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