Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, se rendra le 25 juillet à Washington pour tenter de convaincre le président américain, Donald Trump, de renoncer à un relèvement tarifaire contre les importations de voitures et pour apaiser les tensions commerciales transatlantiques, mais pas pour négocier, sont convenus la Commission et les États membres lors d'une réunion des ambassadeurs des Vingt-huit (Coreper), mercredi 18 juillet, selon une source proche du dossier.
« M. Juncker ne va pas à Washington pour négocier, il n'a pas de mandat clair. Il y va pour tenter de convaincre M. Trump de ne pas imposer des taxes sur les voitures. Pour discuter de faits et faire de la pédagogie, sans grande illusion que cela aboutira », nous a-t-on expliqué.
Selon l'approche européenne, l'objectif est d'explorer les options pour une désescalade des tensions commerciales, en s'appuyant sur le plan en quatre points convenu par les dirigeants européens, le 17 mai, qui inclut des pourparlers sur une libéralisation tarifaire pour les produits industriels (y compris les voitures) et sur l'ouverture des marchés publics, sur une coopération réglementaire volontaire, sur une coopération accrue sur l'énergie et le GNL ainsi sur une réforme de l'OMC (EUROPE 12022).
Des discussions sur cet 'agenda positif' pour améliorer le climat du commerce transatlantique restent conditionnées à la levée des taxes américaines sur les importations d'acier et d'aluminium imposées aux producteurs européens depuis le 1er juin, sont convenus la Commission et les États membres.
« Globalement, les Vingt-huit sont unis sur la nécessité d'une réaction ferme et cohérente et de ne pas négocier sous la pression. Tout le monde soutient la visite de M. Juncker à Washington, mais ce n'est pas pour négocier. Il n'y a pas de mandat clair au-delà du plan de Sofia », nous a-t-on confié.
L'Allemagne a appelé à laisser toutes les options ouvertes, notamment celle mentionnée par la Commission récemment, qui consisterait à négocier avec les États-Unis et d'autres pays tiers exportateurs de voitures un accord plurilatéral pour la libéralisation tarifaire sur les automobiles.
La France a soulevé des préoccupations quant au risque que M. Trump mette dans la balance, en plus des tarifs sur les voitures, la question des produits agricoles.
Plusieurs délégations ont appelé à la prudence concernant des solutions de court terme qui pourraient être « préjudiciables » à long terme.
M. Juncker a souligné, le 18 juillet, la détermination de l'UE à ne pas se laisser impressionner par les « provocations » de M. Trump, réaffirmant son indivisibilité en matière commerciale.
« Mon approche globale a été démontrée lors de la dernière réunion du G7 au Canada. Parce que j'ai répété devant le président américain les arguments européens. Je les répéterai encore et encore. Il ne s'agit pas de fausses nouvelles (fake news), mais de faits objectifs », a assuré M. Juncker.
Après l'entrée en vigueur, le 1er juin, des droits de douane américains sur les importations d'acier et d'aluminium en provenance de l'UE, le sommet du G7 de Charlevoix (Canada), les 8 et 9 juin, a accentué un peu plus les désaccords sur le commerce entre Européens et Américains, notamment sur la question du déficit commercial américain (EUROPE 12038).
Après l'entrée en vigueur, le 22 juin, des mesures de rééquilibrage de l'UE en réponse à la hausse des droits de douane américains sur ses produits d'acier et d'aluminium, M. Trump a menacé de frapper les importations de voitures de l'UE de droits de 20 % (EUROPE 12047, 12049).
L'UE a mis en garde Washington, fin juin, contre les conséquences catastrophiques d'un éventuel relèvement tarifaire sur les importations de voitures, dénonçant aussi, dans des observations sur l'enquête américaine lancée au titre de la section 232 pour des raisons de sécurité nationale, le manque de légitimité et de fondement de cette enquête (EUROPE 12053).
Selon une source communautaire, l'UE plancherait déjà sur une liste de produits américains à taxer en cas de droits de douane sur ses voitures. (Emmanuel Hagry)