À l’issue d’une réunion marathon, les ministres des Finances de l'Eurozone ont réussi à s’accorder, dans la nuit du 21 au 22 juin, sur les mesures accompagnant la sortie d’Athènes du troisième et dernier plan de sauvetage financier, le 20 août prochain.
D'après le président de l'Eurogroupe Mário Centeno, il n'y aura pas de plan d'aide supplémentaire pour la Grèce. « La crise grecque s'achève à Luxembourg cette nuit », s'est félicité le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici. Pour le ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos, son pays est en train de « tourner la page » de huit longues années de tutelle financière. Tous les éléments sont réunis pour quitter le plan d'aide avec confiance, retourner sur les marchés et passer d'un agenda d'efforts budgétaires et structurels à un agenda de croissance, a-t-il ajouté.
Athènes et ses créanciers ont finalisé la 4ème mission de suivi du 3ème plan d'aide. L'Eurogroupe a validé les 88 mesures structurelles prioritaires votées par la Vouli mi-juin (EUROPE 12041). En échange de ces mesures, il versera à la Grèce une tranche d’aide de 15 milliards d’euros, qui permettra notamment à Athènes de couvrir le service immédiat de sa dette et contribuera à constituer un matelas de liquidités (‘cash buffer’) de 24,1 milliards d'euros pour assurer un retour en douceur sur les marchés dans les 22 mois suivant la fin du plan d'aide.
Les ministres ont également acté qu’Athènes ferait l’objet d’une surveillance budgétaire renforcée jusqu'en 2022. Sera élaboré un rapport trimestriel sur la concrétisation des réformes en Grèce. Les autorités devront également maintenir un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de +3,5% du PIB jusqu’en 2022 et de 2,2% du PIB en moyenne jusqu’en 2060.
Mesures de dette. Les mesures d’allègement de la dette étaient les plus sensibles. L'objectif était de garantir que les besoins annuels bruts en financement de la dette ('gross financial needs') restent sous 15% du PIB grec à 2022 et 20% au-delà (EUROPE 11784).
Ont été prévus une extension de dix ans des maturités des prêts du FESF, ainsi qu’un moratoire supplémentaire, de 2022 à 2032, sur le remboursement des prêts contractés auprès du FESF.
D'ici à 2022, Athènes récupérera des profits réalisés par la BCE et les banques centrales nationales au titre des opérations SMP et ANFA de rachat de dette publique. Ont été aussi abolies les marges de taux d’intérêt attachées à la tranche de rachat de dette du second plan de sauvetage.
Ces deux dernières mesures sont conditionnées à la mise en œuvre des réformes et au respect des exigences budgétaires pendant la période de surveillance renforcée.
En revanche, la proposition française d'indexer le niveau de remboursement de la dette grecque à la croissance en Grèce a été abandonnée (EUROPE 11944).
« Cela fait partie des gestes » que la France a accepté de faire, a dit Bruno Le Maire, se présentant comme un « facilitateur » dans les négociations. Le ministre français a insisté sur la durée du moratoire et sur la clause de révision qui permettra, en 2032, de faire le point sur la viabilité de la dette grecque afin d’évaluer si des mesures additionnelles sont nécessaires.
FMI. Cette fois, le FMI ne soutiendra pas financièrement la Grèce.
Sa directrice générale, Christine Lagarde, a donné néanmoins une appréciation positive des mesures d'allègement de la dette à moyen terme qui faciliteront le retour d'Athènes sur les marchés, tout en restant plus évasive sur la viabilité de cette dette à l'horizon 2060.
Voir la déclaration de l'Eurogroupe: https://bit.ly/2ttugIn (Lucas Tripoteau et Mathieu Bion)