La ministre albanaise de la Justice, Etilda Gjonaj, a estimé, jeudi 21 juin, que la décision des États membres de l'UE d'ouvrir ou non des négociations d’adhésion avec son pays était politique et ne dépendait pas réellement des progrès de son pays. Les ministres des Affaires européennes se pencheront sur la question le 26 juin à Luxembourg.
« La décision de la semaine prochaine n’est pas quelque chose qui dépend de ce que nous avons fait jusqu’à maintenant », a-t-elle expliqué à un petit groupe de journalistes, dont EUROPE. « La Commission connaît les résultats de l’Albanie. Je pense que tout le monde - tous les pays - les connaît », a-t-elle estimé, ajoutant que la décision des États membres n'avait « rien à voir avec les réformes et les résultats de l’Albanie », « personne n’a de doutes sur ce qui a été atteint, donc [la décision] est plus politique ».
Si une source européenne a confirmé, le 21 juin, que certains États membres n’avaient pas de problèmes avec un pays candidat ou un autre, mais avec le principe du processus d'élargissement, la France et les Pays-Bas estiment que les progrès de Tirana ne sont pas suffisants.
Pour Mme Gjonaj, l'Albanie a fait bien plus en termes de réforme de la justice avant l’ouverture des négociations d’adhésion que n’importe quel autre pays dans cette situation. Elle a reconnu que son pays devait encore travailler sur la lutte contre la corruption et le crime organisé, mais qu’il faisait de nombreux efforts. Si certains États membres s’inquiètent du nombre élevé de demandes d’asile injustifiées de la part d’Albanais, leur nombre est en baisse, selon le ministère albanais de la Justice, passant de 7 170 au premier trimestre 2016 à 4 000 au premier trimestre 2018, soit une baisse de 32 %.
La ministre a aussi mis en garde contre une non-ouverture des négociations. « Les Albanais vont perdre la foi dans la perspective européenne », a-t-elle prévenu, bien que, selon elle, plus de 90 % de la population est en faveur de l’adhésion. Mme Gjonaj a estimé qu’il y avait un « risque potentiel » d’une influence accrue d’autres acteurs de la région sur son pays, tels que la Russie ou la Turquie, en cas de décision négative. (Camille-Cerise Gessant)