Le commissaire européen aux Migrations, Dimitris Avramopoulos, a présenté jeudi 21 juin une note de réflexion sur la migration adressée aux dirigeants européens en vue du sommet des 28 et 29 juin, mais aussi de la réunion informelle du 24 juin convoquée la veille par Jean-Claude Juncker (EUROPE 12045) et pour laquelle subsistait encore un doute, jeudi, quant au nombre de participants. L’Italie a en effet suspendu mercredi soir sa participation à cette mini-réunion, en attendant de savoir si les pistes retenues par ses pairs européens iraient dans le sens de ses demandes.
Intervenant au milieu de ces tensions intraeuropéennes, le commissaire Dimitris Avramopoulos a présenté une note qui reprend en partie des idées susceptibles de satisfaire l’Italie, comme des plates-formes régionales de désembarquement des migrants (EUROPE 12045) dans des pays tiers sûrs du pourtour méditerranéen.
Celles-ci consisteraient en des points de chute dans des pays comme la Tunisie, l’Algérie, le Maroc ou l’Égypte, de migrants sauvés en mer et pris en charge par l’OIM ou le HCR. Avec le pays d'accueil, ces deux organisations décideraient de faire rentrer les candidats susceptibles d’avoir l’asile en Europe dans des programmes de réinstallation vers l’UE ou bien pour ceux n’ayant pas le profil requis, dans des programmes de retours volontaires.
Aucun pays tiers méditerranéen contacté à ce jour ne s’est formellement porté candidat, a admis Dimitris Avramopoulos, « mais nous avons reçu de très bons signaux ». Le commissaire a, en tout cas, exclu que ces points de désembarquement soient des « camps Guantanamo » hors UE.
Le responsable européen a aussi proposé des idées susceptibles de répondre aux exigences de l’allié de Mme Merkel, la CSU du ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer. Ce dernier a exigé de pouvoir accélérer les renvois de demandeurs d’asile arrivés en Allemagne vers le premier pays de l’UE où ils ont été enregistrés en vertu du règlement de Dublin.
Rappelant que le règlement actuel permet déjà des accords administratifs entre États membres pour encadrer et accélérer ces renvois de pays à pays, le commissaire Avramopoulos a ainsi expliqué que ces possibilités pouvaient être renforcées.
Un projet de déclaration de la réunion du 24 juin parle d’ailleurs de réserver l’accès à l’aide sociale seulement dans le pays où l’on a été en premier lieu enregistré, afin d’empêcher tout mouvement secondaire de migrants.
Mercredi après-midi, Giuseppe Conte a en tout cas fait savoir que l’Italie ne « reprendra pas tous les migrants » renvoyés vers son sol depuis l’Allemagne. Selon les médias italiens, l’entourage de Matteo Salvini aurait même menacé de faire partir d’Italie tous les migrants illégaux vers le nord de l’UE.
Ce n’est pas le moment de « s’accuser mutuellement », a réagi Dimitris Avramopoulos qui a plaidé pour une solution européenne et pour une réponse qui contienne aussi un vrai « mécanisme préventif de solidarité », le commissaire faisant ici référence au règlement de Dublin en cours de révision, une révision en laquelle il croit toujours.
Simple nuance : la Commission a reporté à la fin de l'année l'échéance impartie aux dirigeants européens pour se mettre d'accord sur les principaux aspects de la réforme de l’asile, alors que l’objectif affiché jusqu’ici était de parvenir à un accord les 28 et 29 juin.
Une crise de la gestion de la migration alors que les flux sont en baisse
Le commissaire a, en tout cas, remis les choses dans leur contexte, jeudi, soulignant que les flux d’arrivées avaient été largement réduits ces dernières années, de 97 % pour la route de la Méditerranée orientale (Grèce/Turquie) et de 77 % pour la Méditerranée centrale (depuis la Libye vers l’Italie).
Dimitris Avramopoulos a salué les efforts de l’Italie pour gérer les frontières extérieures. Néanmoins, les frontières extérieures européennes doivent encore être consolidées et la Commission proposera bientôt un nouveau mandat pour l’Agence européenne de garde-côtes et garde-frontières qui sera transformée en une véritable agence européenne de police aux frontières, dotée dans l’idéal de 10 000 agents sur le terrain d’ici à 2027.
La Commission a aussi annoncé une nouvelle réforme pour transformer l’EASO en une véritable agence européenne de l’asile dont les membres pourront automatiquement se rendre aux frontières extérieures de l’UE pour identifier immédiatement les gens susceptibles d’obtenir l’asile. (Solenn Paulic)