Les ministres chargés des questions de migration seront amenés, mardi 5 juin à Luxembourg, à se pencher sur les nouvelles tendances à la hausse enregistrées sur certaines routes migratoires, en particulier à nouveau la route des îles grecques et de la frontière terrestre entre la Grèce et la Turquie. Le premier semestre 2018 a vu aussi des arrivées en hausse dans les Balkans occidentaux en Albanie, au Monténégro ou en Bosnie Herzégovine vers les frontières croates ou slovènes.
Si les chiffres de la migration restent globalement en baisse sur cette première partie de 2018, indique une note de travail de la Présidence bulgare datée du 30 mai, en raison notamment de la baisse des arrivées en Italie via la route de la Libye, les chiffres sont en hausse de près de 161 % pour la Grèce et de 50 % pour l’Espagne, quand ils ont chuté de 78 % pour l’Italie.
Pour la Grèce, en ce qui concerne les arrivées par voie terrestre, au cours des quatre premiers mois de 2018, les passages clandestins illégaux par voie terrestre ont été plus de neuf fois plus nombreux qu'en 2017. En 2018 (jusqu'à la date du 20 mai), 6 754 migrants sont arrivés en Grèce, avec 3 626 arrivées jusqu'au mois d'avril. Les Syriens étaient la première nationalité, suivis par les ressortissants turcs, qui constituaient 25 % des arrivées.
En ce qui concerne les arrivées par mer, 10 609 migrants sont arrivés sur les îles grecques de la mer Égée en 2018 (au 20 mai), contre 6 387 à la même période en 2017, ce qui représente une augmentation de 66 %.
Le système européen d’asile a en outre continué à être sous pression avec 220 000 nouvelles demandes depuis le début de l’année.
Cette situation incite donc les États membres à être « extrêmement vigilants ». La note souligne aussi la difficulté que fait peser l’absence d’un véritable mécanisme de crise dans l’UE (la réforme pendante du système d’asile et son règlement de Dublin).
« L'absence persistante d'un véritable mécanisme de crise de l'UE prévoyant une chaîne de responsabilités et de tâches claires ainsi que des critères clairs pour déterminer le niveau de pression constituent des défis pour la réponse globale de l'UE, en particulier si les flux devaient augmenter significativement une fois de plus », met en garde la Présidence bulgare.
Selon cette note, la Commission devrait prochainement présenter des pistes pour détailler les éléments possibles d’un tel mécanisme de coordination des crises qui accompagnerait le futur système Dublin. Les ministres débattront justement de manière informelle de la réforme du règlement de Dublin mardi matin à Luxembourg, mais seront ensuite invités à plancher sur les réponses à donner à ces nouvelles tendances à la hausse.
Sur le court terme, tout d’abord, ils doivent rapidement mettre en œuvre les fonds de la deuxième tranche de la facilité UE-Turquie, alors qu’ils viennent de s’accorder sur le principe de ce second versement.
« Nous devrions également renforcer le dialogue opérationnel avec les autorités turques afin de renforcer le contrôle aux frontières et de renforcer le niveau des retours grâce à l'application effective des accords de réadmission en vigueur. » Le rythme des retours vers la Turquie devrait être augmenté « de toute urgence » par des procédures rapides. La coopération avec la Turquie devrait également être renforcée afin d'empêcher l'émergence de nouvelles routes.
D’une manière générale, l’UE doit redoubler d’efforts en termes de retours et assurer la mise en œuvre effective des accords qu’elle a en la matière avec les pays tiers. Les mesures de réinstallation sont aussi cruciales et la réinstallation des personnes évacuées de la Libye vers le Niger est « particulièrement urgente ».
La réinstallation depuis la Turquie dans le cadre de la déclaration UE-Turquie est actuellement plus lente que l'année dernière, souligne ce document. Selon la Commission européenne, seuls sept États membres ont contribué à la réinstallation depuis la Turquie cette année et seuls quatre États membres sont actuellement actifs, contre 16 États membres en 2017. Depuis la mi-mars 2018, seuls 1 330 Syriens ont été réinstallés.
Le document porte encore sur la gestion des frontières extérieures et sur le financement à apporter au Trust fund pour l’Afrique. (Solenn Paulic)