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Bulletin Quotidien Europe N° 12031
ACTION EXTÉRIEURE / États-unis

Donald Trump impose ses taxes sur l'acier et l'aluminium européens et choisit l'affrontement commercial avec l'UE

Aussitôt après l'annonce par le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, de l'application aux produits européens, à compter du 1er juin, des droits de douane américains de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur celles d'aluminium, la Commission européenne a promis, jeudi 31 mai, de répliquer en mettant en œuvre ses contre-mesures de 'rééquilibrage' et en saisissant l'OMC, le 1er juin. 

« Pour l'UE, ces tarifs unilatéraux américains sont injustifiés et en contradiction avec les règles de l'OMC. C'est du protectionnisme pur et simple », a déploré le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, réaffirmant que l'Europe n'était « pas la source » des surcapacités mondiales dans les deux secteurs ciblés, mais qu'elle « en souffrait aussi » et « œuvrait avec ses partenaires pour trouver des solutions structurelles ». 

« En ciblant ceux qui ne sont pas responsables des surcapacités, les États-Unis font le jeu des responsables du problème. Nous n'avons pas d'autre choix que de recourir au règlement des différends de l'OMC et d'imposer des droits supplémentaires sur un certain nombre d'importations américaines, dans le plein respect du droit commercial international », a ajouté M. Juncker. 

« La réponse de l'UE sera proportionnée et conforme aux règles de l'OMC », a assuré Mme Malmström, en référence au paquet de contre-mesures prévoyant des mesures de rééquilibrage, des droits de douane sur des exportations américaines à hauteur de 2,8 milliards d'euros (EUROPE 11983). 

La Commission a notifié à l'OMC, le 18 mai, une liste de 332 produits agricoles, industriels et sidérurgiques américains sur lesquels l'UE imposerait à compter du 20 juin des droits de douane de 25 % qui pourraient grimper jusqu’à 50 % à partir du 23 mars 2021. 

Mme Malmström a aussi promis des mesures de sauvegarde pour protéger le marché de l'UE contre les détournements de trafic causés par ces restrictions américaines. La Commission a ouvert une enquête, le 26 mars, pouvant conduire à l'adoption de mesures de sauvegarde sur l'acier et elle a mis en place un système de surveillance des importations d'aluminium. 

M. Juncker et Mme Malmström ont déploré le rejet de l'administration américaine du plan en quatre points convenu par les dirigeants européens, le 17 mai, pour améliorer l'environnement du commerce transatlantique, incluant des pourparlers tarifaires sur les produits industriels y compris les voitures, sur la libéralisation des marchés publics, mais aussi sur une coopération réglementaire pour certains secteurs et une coopération accrue sur l'énergie et le GNL (EUROPE 12022), mais subordonné à une exemption permanente pour l'UE des taxes américaines sur l'acier et aluminium. 

« L'UE s'est dite prête à discuter des moyens d'améliorer les relations commerciales bilatérales, mais pas à négocier sous la menace », a rappelé M. Juncker. 

« Ces deux derniers mois, j'ai plaidé (auprès de M. Ross) pour que l'UE et les États-Unis s'engagent dans un programme commercial transatlantique positif et pour obtenir une exemption permanente. Les États-Unis ont cherché à utiliser la menace de restrictions commerciales comme levier pour obtenir des concessions de notre part. Ce n'est pas la manière que nous avons de faire des affaires, et certainement pas entre partenaires, amis et alliés de longue date », a regretté Mme Malmström. 

L'UE avait bénéficié d'une exemption provisoire des droits de douane américains annoncés en mars par le président américain, Donald Trump, mais M. Ross a jugé que les pourparlers avec l'UE n'avaient pas suffisamment progressé depuis pour justifier leur prolongation au-delà du 1er juin. 

« S'il y a une escalade, ce sera parce que l'UE aura décidé de riposter », a prévenu M. Ross dans un entretien publié jeudi par le quotidien français Le Figaro

S'exprimant lors de la réunion ministérielle de l'OCDE à Paris, mercredi 30 mai, M. Ross avait invité l'UE à suivre l'exemple de la Chine et à entamer des pourparlers sans tenir compte du contentieux sur les droits de douane sur l'acier et l'aluminium. 

« La Chine paie des droits de douane et ne s'en sert pas comme excuse. C'est seulement l'UE qui dit que nous ne pouvons pas négocier », avait dit M. Ross, assurant que les taxes promulguées en mars au titre de la sécurité nationale avaient « déjà créé des possibilités d'emploi grâce à de nouveaux projets ou à la réouverture d'installations ». « C'est vrai, c'est un fait », avait-il insisté. 

France et Allemagne unies derrière la Commission

Déplorant la décision unilatérale de Washington, les ministres français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, et le ministre allemand de l'Économie, Peter Altmaier, ont dit « partager la réaction de la Commission ». 

« Comme annoncé par la Commission, nous prendrons toutes les mesures appropriées pour répondre aux décisions américaines. La France et l’Allemagne continueront de travailler en collaboration étroite et coordonnée sur le sujet », ont-ils ajouté. 

Le PE prêt à jouer son rôle, assure M. Tajani

« Je suis très déçu de la décision américaine. Il s'agit de mesures unilatérales et injustifiées qui porteront gravement préjudice aux travailleurs, à l'industrie et aux consommateurs de part et d'autre de l'Atlantique », a déploré le président du Parlement européen, l'Italien Antonio Tajani. 

« L'UE est prête à défendre les intérêts de ses citoyens avec tous les moyens à sa disposition. Le PE jouera pleinement son rôle dans la défense des intérêts européens légitimes », a ajouté M. Tajani. 

« Les travailleurs et les entreprises européennes des secteurs de l'acier et l'aluminium ont une tradition de qualité et d'excellence et sont à la pointe de la recherche et de l'innovation. Nous avons le devoir de sauvegarder ce capital humain, économique et technologique extraordinaire et nous le ferons avec détermination », a poursuivi le président du PE. 

« L'histoire du commerce international nous enseigne que le protectionnisme est un jeu à somme négative, qui ne convient à personne et ne risque que de déclencher des guerres commerciales néfastes pour tous. L'UE respecte les règles. Elle continuera à promouvoir l'ouverture des marchés avec tous les partenaires concernés sur un pied d'égalité, avec des normes élevées en matière de protection des travailleurs, de sécurité, de protection des consommateurs et de propriété intellectuelle », a-t-il conclu. 

Inquiétude pour l'automobile

Mme Malmström, et le ministre japonais du Commerce, Hiroshige Sekō, ont dit redouter, jeudi, que les taxes à l'étude par l'administration américaine contre les voitures importées provoquent de « sérieuses turbulences » sur les marchés, si elles sont appliquées. (Emmanuel Hagry)

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