Pari tenu, en termes d'engagements du moins. De l’avis de tous les participants, la conférence internationale de haut niveau sur le Sahel, accueillie vendredi 23 février à Bruxelles, sous l’égide de l’Union européenne, des Nations Unies, de l’Union africaine et du groupe des pays du 'G5 Sahel' (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) a été un succès. Mais les promesses doivent maintenant se concrétiser.
La conférence a réussi à mobiliser un soutien politique et financier accru de la communauté internationale aux efforts déployés pour la sécurité, la stabilité, la paix et le développement durable d’une région d'Afrique aussi étendue que l'Europe, avec 28 000 kilomètres de frontières à protéger, en proie à de multiples défis - dont le terrorisme et le crime organisé.
Ces défis, s’ils ne sont pas relevés conjointement, sont une menace pour l’Europe voisine et le monde aussi. Tous l'ont souligné.
Ont participé tous chefs d’État du G5 Sahel, les vingt-sept leaders européens (la Roumanie était représentée par son ministre des Affaires étrangères) ainsi que la secrétaire d’État britannique au Développement international. 15 pays partenaires ont, en outre, tenu à participer à cette mobilisation de soutien : Japon, Canada, Norvège, Chine, Russie, Turquie, Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, États-Unis, Nigeria, Égypte, Suisse, Côte d’Ivoire, Maroc, Tunisie. La Banque mondiale, la CEDEAO, l'UEMOA et la Banque africaine de développement étaient aussi représentées.
À l’initiative de Mahamadou Issoufou, président du Niger et président en exercice du G5 Sahel, une minute de silence a été observée en hommage aux deux soldats français de l'opération Barkhane, tombés il y a deux jours au Mali, « victimes des mines posées par les terroristes et trafiquants, qui s’ajoutent aux nombreuses victimes civiles et militaires dans la tragédie qui se joue au Sahel ».
414 millions d’euros de soutien ont été promis à la force conjointe du G5 Sahel qui doit être opérationnelle en mars (les besoins étaient chiffrés à 423 millions d’euros pour la première année), dont près de 322 millions avaient précédemment été annoncés, selon la Commission. Sur ce montant, l’UE et ses États membres totalisent 176 millions (90 millions avaient déjà été annoncés, dont 40 par les États membres), l’UE seule ayant doublé sa contribution initiale de 50 millions d’euros sur la Facilité de paix pour l'Afrique, financée par le Fonds européen de développement.
Vendredi, les pays tiers ont promis 6,5 millions d'euros supplémentaires qui s'ajoutent aux 181 millions déjà annoncés.
« C’est un résultat énorme, une bonne base pour l’opérationnalisation de la force conjointe », s'est réjouie la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, devant la presse. Celle-ci a rappelé que le centre de coordination ('coordination hub') basé à Bruxelles, lancé par l'UE pour coordonner les contributions des équipements de la communauté internationale, en réponse aux demandes de la force 'G5 Sahel', est déjà opérationnel. « On fait converger les besoins et les disponibilités de soutien des donateurs pour la force conjointe », a indiqué Mme Mogherini, précisant qu'à ce jour, 46 demandes avaient été reçues et étaient en cours d'évaluation.
La Commission européenne, les Nations Unies et le G5 Sahel ont signé, vendredi, un arrangement technique en vue de fournir, par l'intermédiaire de la MINUSMA, un appui opérationnel et logistique spécial à la Force conjointe. « Le dispositif assurant le respect des droits de l'homme et le droit international humanitaire par la force conjointe sera mis en place dans le cadre de cette convention », précise la déclaration conjointe.
Jugeant les résultats très encourageants, le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a rappelé que la lutte contre le terrorisme et le crime organisé devraient, en principe, relever du Conseil de sécurité de l'ONU et qu'il fallait s'assurer de la soutenabilité du financement. « Nous avons trouvé une formule pour enclencher les opérations. Il faut que les promesses se traduisent le plus rapidement possible » a déclaré M. Mahamat.
« Le G5 Sahel est venu avec un message : nous sommes convaincus qu’il y a une liaison étroite entre sécurité et développement. Nous devons voir comment trouver une solution pérenne au financement de la force conjointe pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé. Le Niger consacre 15 % de ses ressources budgétaires à sa sécurité. Les autres pays devraient en faire autant. Le dernier sommet du G5 Sahel à Niamey a mis en place un fonds fiduciaire qui doit accueillir les contributions », a déclaré M. Issoufou. Et de faire observer qu’au-delà des besoins pour la première année, la Force G5 Sahel nécessite 115 millions d’euros chaque année, sans que l’on puisse savoir pendant combien de temps elle devra se battre contre le terrorisme.
Lier davantage la force conjointe à l'ONU ?
« Les armées les plus puissantes font face à Daesh depuis trois ans. Il faut trouver comment rendre pérenne le financement. Nous avons besoin que nos partenaires nous soutiennent, qu’au Conseil de sécurité on puisse placer le G5 Sahel sous le chapitre VII. Et pourquoi ne pas imaginer de transformer la force G5 Sahel en brigade de la MINUSMA ? [Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, NDLR] », a-t-il dit à l'issue de la conférence.
« Il faut faire de la force conjointe une structure intégrée au sein de la MINUSMA, avec un mandat adapté », a renchéri le président de la Commission de l'Union africaine.
Ce que souhaite M. Issoufou c'est que le Conseil de sécurité des Nations Unies donne plus de poids à la force conjointe, en la dotant d'« un mandat plus fort sous le chapitre VII », qui permet le recours à la force. Une demande dont les coprésidents de la conférence ont pris note, selon la déclaration finale.
En attendant, les opérations sur le terrain au Sahel ont déjà commencé depuis octobre dernier. « Il y a bon espoir que, pendant ce semestre, de nouvelles opérations soient menées en lien avec la MINUSMA et Barkhane par les forces du G5 Sahel », a souligné le président français, Emmanuel Macron, tout en réaffirmant le soutien de son pays au G5 Sahel, via l’opération Barkhane.
Si le Conseil de sécurité des Nations Unies a déjà voté deux résolutions de soutien à la force, aucun consensus n’a été possible concernant une aide financière directe de l’ONU à la force, en raison d’une opposition américaine.
« Le Conseil de sécurité des Nations Unies bénit politiquement la force, mais comme par ailleurs il y a la MINUSMA, il n’a pas de soutien direct. Le soutien passe par un soutien logistique via la MINUSMA », a précisé une source diplomatique.
Le président du G5 Sahel a également évoqué l'importance de mettre un terme au chaos qui règne en Libye. « Tant qu’on n’arrivera pas à éteindre le chaudron libyen, on n’arrivera pas à sécuriser et stabiliser le Sahel », a-t-il estimé. Et M. Issoufou d'ajouter : « Qui a créé la situation en Libye ? C’est une décision du Conseil de sécurité qui, certes, a été détournée. Mais c’est le chaos libyen qui a créé la dégradation de la situation au Sahel. Donc la communauté internationale ne peut pas être indifférente, elle doit s’impliquer. »
Conférence en juin pour promouvoir l'investissement dans la région
Sur le front du développement, les coprésidents de la conférence se sont félicités du travail réalisé autour du Programme d'investissement prioritaire (PIP) du G5 Sahel qui permettra de promouvoir des projets d'investissement pour le Sahel autour de quatre axes : - défense et sécurité ; - gouvernance ; - infrastructures ; - résilience et développement humain.
Les coprésidents se sont engagés à soutenir le secrétariat permanent du G5 Sahel pour organiser, en juin 2018, une conférence internationale baptisée la Table ronde du financement du PIP. « Nous voulons que l'UE, l'ONU, l'Union africaine mobilisent la communauté internationale autour des priorités de ce programme d'investissement prioritaire », a déclaré le président du G5 Sahel.
Les coprésidents ont salué les soutiens significatifs déjà mobilisés par la communauté internationale (dont 8 milliards d'euros pour l'UE et ses États membres sur la période 2014-2020) en faveur du développement des pays du G5 Sahel. Ils ont toutefois appelé à l'accélération de la mise en œuvre des stratégies nationales et des actions de développement.
A également été pris acte de l'appel des chefs d'État du G5 Sahel adressé aux institutions financières internationales en vue de considérer les conséquences des crises sécuritaires sur leurs finances publiques.
L'Union européenne est membre de l'Alliance pour le Sahel, lancée en juillet 2017 à Paris, et qui vise à coordonner et à acheminer l'aide de manière plus efficace dans les zones les plus fragiles de la région du Sahel. (Aminata Niang et Camille-Cerise Gessant)