« Nous pensons d’abord à tous les enfants qui ont peur, qui sont seuls, qui se sentent coupables, qui ont honte (...) c’est pour eux que nous sommes ici, c’est pour eux que nous avons préparé ce rapport », a déclaré le rapporteur, Anna Maria Corazza Bild (PPE, suédoise), lors d’une conférence de presse avant le vote en plénière, jeudi 14 décembre, sur son rapport examinant la mise en œuvre de la directive de 2011 relative à la lutte contre les abus sexuels sur les enfants et la pédopornographie.
La résolution non législative, adoptée à une quasi-unanimité par 597 voix pour, 6 contre et 20 abstentions, demande aux États membres de mettre en action une politique de tolérance zéro contre l’exploitation et les abus sexuels des enfants. Il s’agit de « veiller à ce que l’Europe soit un endroit où les enfants puissent vivre en sécurité », a précisé le rapporteur.
La résolution juge en effet que la mise en œuvre de la directive de 2011 par les États membres laisse à désirer. « Je me désole ce soir parce que, si nous avons ce débat, c’est que la situation est loin d’être satisfaisante », a déclaré Nathalie Griesbeck (ADLE, française), pointant notamment du doigt la transposition tardive et incomplète de la directive par certains États membres.
Selon les députés, les États membres doivent mieux se saisir des outils existants tels qu’Europol, Eurojust ou encore le Mandat d’arrêt européen. « Ce que l’on demande aux États membres semble évident, malheureusement il y a beaucoup de choses qui ne sont pas faites aujourd’hui », a déploré le rapporteur, prenant pour exemple la mise à jour des registres en ligne et de la liste noire des personnes qui ont été condamnées.
La résolution appelle notamment à : - allouer davantage de ressources humaines et financières aux autorités policières ; - mettre en place des numéros d’appel gratuit ; - étendre les délais de prescription pour ces crimes ; - supprimer le contenu illégal à la source ; - renforcer la coopération avec les pays tiers. Les députés demandent aussi à l’industrie de l’Internet d’assumer sa responsabilité, en développant des solutions novatrices pour lutter contre les contenus en ligne à caractère pédopornographique.
« Se battre contre l’impunité, c’est la meilleure des préventions », a estimé le rapporteur. Les députés demandent aux États membres de mettre en place des programmes de prévention, également pour les personnes qui craignent un jour de commettre de tels crimes. Ils plaident également pour que des sanctions plus fermes soient infligées lorsque ces crimes sont commis par des personnes qui ont une position d’autorité vis-à-vis de l’enfant.
D’après l’UNICEF, 53% des enfants victimes d’abus n’ont pas plus de 10 ans, a rapporté Mme Corazza Bild et d’ajouter : « cela pourrait être votre enfant ». Appelant l’UE a véritablement passer des déclarations aux actes, elle a notamment proposé de lancer un mouvement #KidsToo pour les enfants, similaire à la campagne #MeToo pour les femmes abusées sexuellement. (Marion Fontana)