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Bulletin Quotidien Europe N° 11926
CONSEIL EUROPÉEN / Migration

Les États membres veulent réussir la réforme de Dublin sur l'asile mais continuent de diverger sur les formes de solidarité

Les dirigeants européens ont à nouveau planché, jeudi 14 décembre lors du dîner du Sommet européen, sur l’épineuse question des mécanismes de relocalisation obligatoire des demandeurs d’asile. Objectif: fixer une ligne politique claire sur la réforme du règlement dit 'de Dublin' du système européen d'asile qu’ils se sont engagés à boucler d’ici juin 2018.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a indiqué, en quittant la réunion, qu'il n'était pas exclu que le Conseil, s'il ne parvient pas à trouver un consensus au plus haut niveau politique, vote à la majorité qualifiée sur cette réforme.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a rappelé que la solidarité ne pouvait pas s’appliquer uniquement au volet extérieur de la politique migratoire mais aussi au volet intérieur. Selon elle, il convient de continuer à travailler sur la réforme du système européen d'asile qui, dans sa forme actuelle, ne fonctionne pas.

Prônant la solidarité vis-à-vis des pays qui assure la protection d'une frontière extérieure de l'UE, le premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, a estimé qu'on ne pouvait pas - avec un chéquier - se dédouaner de ses obligations. Une référence non voilée à l'offre des pays du groupe de Visegrád à l'Italie (voire plus bas).

Il y a encore de grandes dissensions entre les États membres, en particulier en ce qui concerne le volet intérieur de la politique migratoire, a constaté le chancelier sortant autrichien, Christian Kern.

Selon une source européenne, aucun nouvel élément n’a été apporté lors de cette discussion des leaders européens mais les éléments de solution aux crises migratoires, comme la relocalisation, sont restés sur la table. La fin des quotas obligatoires de demandeurs d’asile n’a donc pas été signée lors de cette discussion, a-t-elle précisé. « Tout le monde a rappelé le caractère sensible » de cette question, a ajouté cette même source, notant que la discussion avait été calme et sobre, contrairement à de précédentes réunions préparatoires du sommet. C’est au niveau des 'sherpas' des dirigeants que continueront à ce stade les discussions.

Donald Tusk, le président du Conseil européen, avait créé la polémique en début de semaine en jugeant dans sa note préparatoire que ces systèmes de quotas s’étaient avérés inefficaces et très clivants. Le commissaire européen aux Migrations Dimitris Avramopoulos avait jugé cette note anti-européenne et « inacceptable » (EUROPE 11924).

« Il ne faut pas exagérer les différences et les polémiques », avait nuancé une source de l’Elysée jeudi en amont de la discussion des leaders, jugeant que Donald Tusk était dans son rôle en demandant aux dirigeants de se pencher sur cette question et que l’avenir de ces quotas devait se trouver au centre de la discussion. La France est en tout cas prête « à chercher des éléments de consensus sur la forme de cette solidarité »,  a dit cette source.

Selon une autre source européenne, la note de Donald Tusk a pu être maladroite dans sa rédaction mais, en estimant que le processus temporaire mais obligatoire de relocalisation des demandeurs d'asile depuis la Grèce et l'Italie avait été « inefficace », Donald Tusk a voulu dire que « 32 000 personnes relocalisées en 2 ans dans les États membres n’ont pu empêcher 2 millions de personnes de venir en Europe sur la même période demander l’asile dans l’UE ; en ce sens, ils ont été inefficaces en ce qu’ils n’ont pas permis de réduire les flux de migrants », a-t-elle justifié. « C’est le point fondamental. Etant donné que c’est très clivant, est ce que cela vaut la peine d’avoir ces dispositifs dans les systèmes futurs? », s’est demandée cette source.

En arrivant à Bruxelles, le président français Emmanuel Macron avait estimé que la solidarité de la part de tous les États membres devait certes s'exprimer mais « sans tomber dans des blocages excessifs ». Mark Rutte avait jugé inconcevable que les États membres puissent choisir à la carte dans l'éventail de mesures de solidarité tout en jugeant que le compromis estonien récemment proposé pouvait être une bonne base.

La proposition de compromis de la présidence estonienne n'impose pas la relocalisation obligatoire de demandeurs d'asile mais la soumet à un accord entre pays volontaires (EUROPE 11915).

Les Pays de Visegrád font un geste financier en signe de leur solidarité

Les dirigeants des pays dits du 'groupe de Visegrád' (V4) - à savoir les dirigeants polonais, Mateusz Morawiecki, hongrois, Viktor Orbán, slovaque, Robert Fico, et tchèque, Andrej Babiš - avaient rencontré, jeudi matin en amont du Sommet européen, le Premier ministre italien, Paolo Gentiloni, ainsi que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pour évoquer la question de la solidarité entre États membres en matière de migration, sujet très controversé. À cette occasion, les pays de Visegrád ont annoncé une aide financière de 35 millions d'euros au fonds fiduciaire pour l’Afrique et son volet nord-africain.

Dans une déclaration commune, les quatre leaders de ces pays affirment que, par cette action, ils démontrent à nouveau leur « conviction que la pression migratoire sur l’Europe peut efficacement être traitée en assurant la protection des frontières extérieures tout en s’attaquant aux causes profondes de la migration ».

L'Italie a salué l’aide financière promise, mais selon M. Gentiloni, cette aide financière ne change pas « les fortes divergences sur les relocalisations de réfugiés ».

Jean-Claude Juncker a, lui, souligné l’utilité de ces rencontres, dont la dernière avait eu lieu en octobre. Ces rencontres permettent notamment de s’attaquer aux « malentendus » qui existent de part et d’autre, a ajouté le président Juncker qui souhaite avoir la « coopération la plus étroite possible avec les pays du 'V4' ». Le président de la Commission a aussi estimé, aux côtés de Viktor Orbán à l’issue de cette rencontre, que ces 4 pays avaient donné la preuve de leur plein alignement en termes de solidarité avec l’Italie. (Solenn Paulic avec la rédaction)

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