À la veille du sixième cycle (depuis leur reprise en octobre 2016) de négociations de libre-échange entre l'UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), prévu du 29 novembre au 5 décembre à Bruxelles, les betteraviers et les producteurs européens de sucre ont exhorté la Commission, mardi 21 novembre, à rejeter toute tentative d'inclure le sucre dans l'offre révisée de l'UE au Mercosur.
« Nous ne paierons pas pour les intérêts offensifs d'autres secteurs industriels ou pour ceux du régime du sucre et de l'éthanol soutenu par l'État brésilien », préviennent la confédération européenne des betteraviers (CIBE), l'association européenne des producteurs de sucre (CEFS), les organisations et les coopératives agricoles de l'UE (Copa et Cogeca) et la fédération européenne de l'alimentation et de l'agriculture (EFFAT), dans un communiqué conjoint.
Le CIBE juge « inacceptables » les « sacrifices » demandés par la Commission aux producteurs et aux transformateurs de betteraves « pour les intérêts brésiliens », déplorant « l'imposition de normes toujours plus strictes aux agriculteurs européens pour des prix toujours plus bas et, au final, pour importer des normes toujours plus basses ». « Nous allons vers une crise majeure », prévient-il.
Une ouverture accrue du marché du sucre de l'UE serait « gravement préjudiciable » pour son secteur du sucre de betterave, mettant en péril 140 000 agriculteurs, 30 000 employés, des centaines de communautés rurales dépendantes du sucre et les zones rurales vulnérables soutenues par les emplois de haute qualité que procure la production de sucre de betterave, préviennent le CEFS et l'EFFAT.
Les agriculteurs de l'UE et leurs coopératives ne peuvent pas se permettre de subir des pertes de revenus supplémentaires résultant d'un accord commercial qui met davantage de pression sur les marchés européens du sucre, de l'éthanol et du bœuf, secteurs qui bénéficient de régimes de soutien interne sophistiqués au sein du Mercosur, insiste le Copa-Cogeca.
Inquiétudes pour le bœuf. Dans une question écrite du Parlement européen à la Commission, déposée mardi, le social-démocrate français Éric Andrieu demande des éclaircissements sur le volume du quota d'importation tarifaire de bœuf envisagé dans l'offre finale de l'UE au Mercosur, qui pourrait être portée à 100 000 tonnes. Il demande aussi des garanties sur la conformité des produits agricoles importés du Mercosur à l'égard des normes de sécurité alimentaire, de qualité et de traçabilité.
Depuis le milieu de semaine dernière, la rumeur court, entretenue par les milieux concernés, que la Commission envisagerait de porter le contingent de bœuf de 70 000 à 100 000 tonnes et d'ouvrir un contingent pour le sucre, en plus du contingent ouvert pour l'éthanol (EUROPE 11906).
La Commission temporise. Devant le comité du Conseil chargé de la politique commerciale, le 17 novembre, la négociatrice en chef de l'UE, Sandra Gallina, a invité les États membres à « garder leur calme » à l'égard de « chiffres trompeurs » avancés par la presse, selon une source communautaire.
Interrogée par EUROPE sur le séquençage d'un ultime échange d'offres révisées en matière d'accès au marché (produits industriels et agricoles, services et marchés publics), une source à la Commission a expliqué que le travail de préparation de l'offre améliorée était « toujours en cours » et qu'il était « incertain » que cet échange ait lieu la semaine prochaine. « Il y a encore des discussions internes » à la Commission, a expliqué notre source, répétant que « l'objectif restait de conclure un accord de principe avant la fin de 2017 ». (Emmanuel Hagry)