*** STEPHANIE HENNETTE, THOMAS PIKETTY, GUILLAUME SACRISTE, ANTOINE VAUCHEZ : Pour un traité de démocratisation de l’Europe. Editions du Seuil (25 bld. Romain-Rolland, F-75993 Paris Cedex 14. Internet : http://www.seuil.com ). 2017, 95 p., 7,50 €. ISBN 978-2-02-137275-5.
Ce livre n’a pas aidé Benoît Hamon qu’il conseillait à gagner l’Elysée, mais il n’en est pas moins un pavé utilement jeté dans la mare. Avec Stéphanie Hennette (professeure de droit public à l’Université Paris Nanterre), Guillaume Sacriste (maître de conférences en science politique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne) et Antoine Vauchez (directeur de recherche au CNRS, Centre européen de sociologie et science politique), l’économiste Thomas Piketty y pose un diagnostic difficilement réfutable. Par contre, le traitement que le quatuor prescrit pour sauver le malade peut à bon droit laisser dubitatif...
Le constat, c’est que le gouvernement de la zone euro s’est, au fil des années et dans la tourmente de la crise, développé « dans l’angle mort des contrôles politiques, dans une sorte de trou noir démocratique ». Les auteurs n’ont pas tort de considérer que l’Eurogroupe et ses avatars (Troïka, Comité de politique économique, Comité économique et financier...) ne sont rien d’autre, en définitive, que la somme puissante et insaisissable « des bureaucraties économiques et financières nationales et européennes ». Fonctionnant de manière opaque et en vase clos, ce « gouvernement de la zone euro » – qualifié à juste titre par Jurgen Habermas d’« autocratie post-démocratique » – cultive une forme rare de « déni démocratique » qui lui permet de rester sourd à tout ce qui entre en dissonance avec son crédo, lui qui envers et contre tout surestime « les enjeux liés à la stabilité financière et à la ‘confiance des marchés’ » et sous-estime systématiquement des thèmes tels que l’emploi, la croissance, la convergence fiscale, la cohésion sociale, la solidarité, soit autant de questions qui sont, elles, au cœur des préoccupations des citoyens... Du coup, comment s’étonner si un « populisme d’extrême droite » croît un peu partout en Europe ?
Pour Piketty et ses complices, « il y a donc urgence à rehausser la garde démocratique et à replacer la démocratie représentative au cœur des politiques économiques européennes ». Ils ont évidemment mille fois raison ! Par contre, ne s’égarent-ils pas quand ils prônent de composer l’Assemblée parlementaire de la zone euro qu’ils appellent de leurs vœux majoritairement de représentants des... parlements nationaux concernés par la monnaie unique ? « En prise directe avec la vie politique des Etats membres, eux seuls disposent de la légitimité nécessaire pour démocratiser le puissant réseau bureaucratique intergouvernemental qui s’est constitué depuis dix ans », font-ils valoir. Est-ce à dire que, pour eux, l’Assemblée parlementaire européenne qui a précédé l’apparition du Parlement européen en 1979 était plus démocratiquement crédible et légitime que les députés européens choisis tous les cinq ans par les citoyens européens ? En réalité, il s’agit là d’une très curieuse conception de la légitimité démocratique, prouvant que celle-ci ne peut, dans l’esprit de certains, être revendiquée que dans le seul espace national. Mille reproches peuvent être adressés au Parlement européen et porter sur le caractère fort peu ‘européen’ d’élections prétendument européennes, mais considérer qu’une Assemblée à nouveau composée de délégués des Parlements nationaux constituerait un ‘progrès’ n’est rien d’autre qu’une fausse bonne idée. Ceux de cet avis, échaudés, prendront donc avec réserve, voire suspicion, les arguments – parfois judicieux – développés par les auteurs pour démontrer la faisabilité juridique d’un traité de démocratisation de la gouvernance de la zone euro, leurs idées quant à la composition – majoritairement de gauche, envisagent-ils – de l’Assemblée ou au scénario qui résulterait d’un refus du traité par les partenaires de la France – entendez, l’Allemagne –, enfin le projet de traité qu’ils avancent. Celui-ci, clament-ils, « fait figure de nom de code d’un combat politique et culturel plus large pour démocratiser le ‘projet européen’ ». Il n’est pas sûr que, pour ce combat, les volontaires soient, en Europe, plus nombreux que ne l’ont été les Français qui ont voté pour Benoît Hamon... Michel Theys
*** BRUNO COLMANT : L’euro : une utopie trahie ? Un piège infernal. Renaissance du livre (1 av. du Château Jaco, B-1410 Waterloo. Tél. : (32-2) 2108914 – fax : 2108915 – Courriel : editions@renaissancedulivre.be – Internet : http://www.renaissancedulivre.be ). 2017, 159 p., 14,90 €. ISBN 978-2-50705494-6.
Doté d’un avant-propos de Herman Van Rompuy, premier président stable du Conseil européen, ce livre d’un économiste belge reconnu a été conçu pour « transporter de fragiles filaments d’idées » que l’auteur offre à la critique et à la méditation. Membre de l’Académie royale de Belgique enseignant dans différentes universités, Bruno Colmant y livre « l’esquisse d’intuitions » qui, assure-t-il, procèdent plus « de doutes et d’hésitations » que de convictions fermement arrêtées. Il en est une, pourtant, qui sert bel et bien de fil rouge à l’ouvrage, chacun des sept chapitres étant pensé pour l’étayer : « Quel que soit l’angle d’approche, on en arrive à l’implacable constat que l’euro ne survivra qu’à condition qu’un réel aggiornamento soit envisagé ». Dans un premier temps, l’auteur expose les modalités contextuelles de la création de la monnaie unique, ce « projet politique d’une ambition inouïe » au point qu’il aurait en définitive dépassé la capacité d’entendement ainsi notamment que l’euro fut, en quelque sorte, « le dernier prix à payer par l’Allemagne pour le nazisme, dont l’anéantissement conduisit à la partition du pays » ; le sacrifice du mark fut le prix à payer pour rendre acceptable la réunification... En réalité, Berlin a depuis largement gagné au change puisque « l’euro a conforté une population de rentiers » en vouant les jeunes au chômage. Tout est-il à prendre comme parole d’évangile dans ce livre ? Non : que Bruno Colmant puisse décréter que le principe de subsidiarité « repose sur l’idée que la politique publique relève du niveau national et non supranational » en atteste ! Dans les deux chapitres qui suivent, il rappelle ce que sont les fonctions monétaires avant d’utilement s’intéresser aux « empreintes religieuses antagonistes qui s’entrechoquent dans la zone euro » entre pays catholiques et protestants. Dans le quatrième chapitre, il s’attaque de manière convaincante aux « vices de fabrication de la monnaie unique », le moindre d’entre eux n’étant pas que « l’euro est devenu un système d’étalon-or sans référence aurifère », ce qui fait que la référence de cette monnaie « est devenue... la monnaie elle-même ». Il en résulte qu’il n’est plus possible de s’extraire de ce système monétaire car, si « l’euro n’est plus une monnaie adaptée aux pays du Sud de l’Europe, (...) la sortie de ces pays s’effectuerait au prix d’une hyperinflation considérable ». L’auteur traite ensuite de l’endettement public et de la possibilité de défauts étatiques civiles, avant de porter enfin un regard critique sur l’action de la Banque centrale européenne, adepte de « l’exercice solitaire du pouvoir monétaire » suite à l’influence initiale de l’Allemagne. L’une des conclusions qu’il tire est qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, « aller au bout de l’euro, c’est-à-dire renoncer à l’indépendance de la BCE en l’incluant dans le cœur de l’économie, en lui imposant un refinancement des crédits à l’économie elle-même ». A ses yeux, « un droit d’inventaire devra, un jour, être exercé » à l’encontre des pères politiques de l’euro ; il n’est pas sûr que leurs lointains successeurs se sortiront mieux de cet exercice, tant rien ne garantit, selon Bruno Colmant, qu’ils se montreront plus à la hauteur des défis à relever pour que l’euro, in fine, e vole pas en éclats... (MT)
*** GEORGIA KAPLANOGLOU, STELLA LADI (sous la dir. de) : Comprendre la crise grecque. Réponses à des questions clés sur l'Etat, l'économie et l'Europe. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2017, 276 p., 19 €. ISBN 978-960-02-3344-5.
Une crise prolongée et profonde telle que celle qu’a connue la Grèce au cours des dernières années suscite beaucoup de questions quant à ses causes et ses effets, sans parler de l'efficacité de sa gestion. La vingtaine d’auteurs de ce volume, tous universitaires et chercheurs réunis par la Pr. Georgia Kaplanoglou (département d'économie de l'Université d'Athènes) et Stella Ladi, chargée de cours sur l'européanisation et les politiques publiques au département de science politique et d'histoire de l'Université Panteion, ont été invités à répondre à onze questions qui dominent dans le débat public sur la crise. Elles portent sur la durabilité de la dette publique grecque, sur la capacité d'atteindre des excédents primaires élevés pendant une longue période de temps, sur le niveau d'imposition, la taille du secteur public, l'efficacité des réformes structurelles qui ont été promues sur les marchés du travail et des produits, sur la solidarité manifestée par les partenaires européens vis-à-vis de la Grèce. A cet égard, il leur a été demandé si cette solidarité avait été imposée par la nécessité de sauver leurs banques, ce en utilisant des fonds empruntés par le pays dans le cadre des programmes de soutien. L'attitude de la Banque centrale européenne par rapport à la Grèce fait aussi l’objet d’interrogations. Il s'agit d'analyses scientifiques qui tentent de synthétiser les aspects positifs et négatifs de l’action menée face à la crise, ce dans un cadre réaliste s’appuyant sur des données, des comparaisons internationales et une connaissance ex post. Lee auteurs ont voulu ainsi contribuer à un débat public sobre et documenté, ce qui est d’ailleurs l'objectif principal de la Fondation hellénique de la politique européenne et étrangère qui est à la base de cet ouvrage. (AKa)
*** MIRANDA XAFA : La dette publique. Editions Papadopoulos (9 Kapodistriou, GR-14452 Metamorphosi. Tél. : (30-210) 2846074-5 – fax : 2817127 – Courriel : info@epbooks.gr – Internet : http://www.epbooks.gr ). 2017, 112 p., 10,99 €. ISBN 978-960-569-736-5.
Le débat public sur la crise se caractérise, en Grèce, par des inexactitudes et des évaluations erronées qui conduisent à des conclusions qui ne le sont pas moins. Ainsi, il est fréquent d’entendre, y compris de sources officielles, que les mémorandums ont alimenté et aggravé la crise, que l’allégement de la dette aurait mis fin à l'austérité, qu’imposer celle-ci dans un pays en crise était une erreur majeure. Ce livre a été conçu comme une réfutation de ces allégations. Membre du Conseil d'administration du Fonds monétaire international entre 2004 et 2009, Miranda Xafa y revisite l’histoire de l'évolution de la dette souveraine grecque depuis la dictature. Aujourd’hui chercheuse au Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale après avoir enseigné aux Universités de Pennsylvanie et de Princeton, elle y revient notamment sur les causes de la crise, analyse les années 80, traite de la dette non enregistrée des années 1990-1993, de la marche du pays vers l’Union économique et monétaire (1995-1999) et l'« âge d'or » qu’ont été les années allant de 2000 à 2007. Elle présente et analyse ensuite la crise financière mondiale (2008-2009), le premier mémorandum (2010-2011), la controverse entourant le déficit 2009, la restructuration de la dette en mars 2012, puis les épisodes qui ont suivi. En conclusion, elle se demande s’il y aura une nouvelle restructuration de la dette en 2018 et trace des pistes assorties de conditions pour que le pays puisse enfin sortir de la crise. Le livre est enrichi par une vaste bibliographie. (AKa)
*** MICHALIS KACHRIS : Quitter la zone euro et passer à la monnaie nationale. La transition nécessaire vers notre monnaie nationale. Editions Arnaouti (42 rue Charilaou Trikoupi, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3630271 – fax : 3615209 – Courriel : arnaoutisbooks@gmail.com – Internet : http://www.ekdoseis-arnaoutis.gr ). 2017, 172 p.,19 €. ISBN 978-618-5247-43-0.
Ce livre s’adresse à tous ceux que tente l’idée de voir la Grèce sortir de l'euro et de l'Union européenne, à tous ceux qui se demandent si le développement d'une politique monétaire nationale indépendante ne serait pas la meilleure solution. Ces hypothèses sont abordées sans préjugé ni dogmatisme, le but de l’auteur étant de les aider à se forger une opinion à ce propos. Economiste et juriste, Michalis Kachris est d’avis que sortir de l’euro et de l’Union est une nécessité impérieuse, mais il ne néglige pas les difficultés qui devraient en résulter, par exemple pour ce qui est de la stabilisation monétaire, des questions liées à la protection de la monnaie unique, à la planification monétaire, à la convertibilité de la monnaie unique, à la culpabilité monétaire, etc. Il n’en demeure pas moins que, pour l’auteur, il importe que la Grèce sorte de la zone euro et de l’Union au plus vite afin de pouvoir donner au pays une reprise économique qui lui permette de survivre en tant que nation et qu'économie. Son plaidoyer est incisif : « Voulons-nous nous réveiller de la léthargie et réaliser que la route que nous suivons nous conduit inexorablement au déclin de notre économie et à la détérioration continue des conditions de vie des gens ou allons-nous continuer à vivre dans la ‘conspiration du silence’ » ? (AKa)
*** CLAUDE BLUMANN (sous la dir. de) : Introduction au marché intérieur – Libre circulation des marchandises. Editions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, CP 163, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 6503799 - fax : 6503794 – Courriel : editions@ulb.ac.be – Internet : http://www.editions-universite-bruxelles.be/ ). Collection "Commentaire J. Mégret". 2015, 542 p., 80 €. ISBN 978-2-8004-1581-9.
Œuvre de personnalités académiques françaises de premier plan, ce Commentaire Jacques Mégret lie deux thèmes différents mais complémentaires, à savoir une introduction au marché intérieur et, d’autre part, une étude de la libre circulation des marchandises. Pour ce qui est du marché intérieur, il est expliqué qu’il ne s’agit pas d’une œuvre figée mais d’une « création permanente » puisqu’il faut notamment la « protéger régulièrement contre les tentatives de retour en arrière des Etats et même d’opérateurs publics et privés, désireux de réintroduire de nouvelles entraves ». Il est ensuite présenté comme un ensemble normatif encadrant les quatre libertés fondamentales de circulation, avant que ne soient passés en revue et commentés les principes généraux – comme ceux de liberté ou de non-discrimination – qui y régissent les activités économiques. Pour la libre circulation des marchandises, l’accent est placé sur les techniques qui ont été mises en place pour lutter contre les entraves anciennes ou nouvelles susceptibles de freiner le libre mouvement des échanges entre les Etats membres. Il est ainsi clairement montré que les barrières primaires telles que les droits de douane et les restrictions quantitatives ont progressivement disparu, les taxes et mesures d’effet équivalent étant passées depuis sur le devant de la scène, ainsi que les monopoles nationaux de caractère commercial. Il est aussi pris acte qu’il ne s’agit pas seulement de lutter contre les entraves, mais aussi de les prévenir, raison pour laquelle l’Union a développé un important arsenal de mesures lui permettant d’agir en amont. (PBo)