Le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland, a annoncé, mercredi 8 novembre, que la Turquie lui avait officiellement fait part de son intention de ne plus être l’un des États « grands payeurs » de l’organisation internationale.
Interrogé lors d’un point presse organisé après sa rencontre avec Kemal Kılıçdaroğlu, président du Parti républicain du peuple (CHP), la principale force d’opposition parlementaire en Turquie, M. Jagland a répondu qu’« un dialogue à ce propos était entamé » avec Ankara. Kemal Kılıçdaroğlu a, quant à lui, déclaré qu’il venait juste d’apprendre l’information et qu’il espérait qu’à terme la Turquie reviendrait sur sa position.
Le Secrétaire général n’a pas voulu s’étendre sur les motivations de cette décision qui lui a été communiquée il y a quelques jours par le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Çavuşoğlu, mais il est clair que les relations se sont détériorées ces derniers mois entre la Turquie et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). Celle-ci a en effet voté en avril dernier la réactivation d’une procédure de suivi à l’encontre de la Turquie « jusqu’à ce que les profondes préoccupations concernant le respect de la démocratie et l’Etat de droit soient traitées de manière satisfaisant » (EUROPE 11774). Et elle a décerné en octobre son Prix Vaclav Havel des droits de l’homme à Murat Arslan, magistrat turc accusé d’avoir entretenu des liens avec la communauté Gülen et emprisonné depuis près d’un an. Ancien allié du président Erdogan, il est devenu sa bête noire.
S’il est confirmé, le retrait de la Turquie du club des grands payeurs serait un coup très dur pour le Conseil de l’Europe (COE). La contribution du pays pourrait passer de plus 33 millions d’euros à quelque 13 millions et ce trou d’environ 20 millions s’ajouterait aux rétorsions financières déjà enclenchées par la Fédération de Russie, autre grand payeur aux côtés de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et du Royaume-Uni. Excédée par les sanctions adoptées par l’APCE en réaction à l’annexion de la Crimée, la Russie a en effet décidé en juin dernier de suspendre sa contribution au budget 2017 du COE le privant ainsi de 22 millions d’euros (EUROPE 11821).
En ce qui concerne la Turquie, « pour l’heure, rien n’est sûr », déclare-t-on au cabinet de Thorbjørn Jagland, « la question reste à discuter » tant sur le principe que sur d’éventuelles modalités.
La lettre de Mevlüt Çavuşoğlu a en tout cas été transmise aujourd’hui aux représentations permanentes auprès du Conseil de l’Europe des 46 autres États membres de l’organisation paneuropéenne. (Véronique Leblanc)