L’Union européenne pourrait bien « toujours regretter » le Brexit, comme l’a déploré cette semaine le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dans son discours sur l’état de l’Union (EUROPE 11861), mais elle est déterminée à tourner la page.
La Commission européenne a commencé à produire une série de propositions législatives sur différents dossiers, allant du commerce au financement des partis politiques, dans le but de se remettre au travail après un été de mécontentement au sujet du Brexit. Cette semaine, le discours annuel de M. Juncker sur l’état de l’Union a souligné la volonté de l’UE de reléguer le Brexit au second plan de sa liste de priorités.
La fin de l’allocution comportait deux mentions relatives à la décision du Royaume-Uni de quitter l’UE : la première était une référence brève, mais teintée d’émotion, à mars 2019, ce « moment à la fois triste et tragique » qui verra le Royaume-Uni quitter officiellement l’Union européenne. M. Juncker a précisé que l’UE « le regrettera toujours » en ajoutant à l’attention de Nigel Farage, du parti Ukip, que son pays « le regretterait bientôt », ce qui n’a pas été retranscrit.
Mais c’est la seconde référence au Brexit qui résume l’état d’esprit actuel de l’Union, plus d’un an après le référendum du Royaume-Uni organisé en juin 2016 en faveur de la sortie (EUROPE 11580). « Nous avancerons parce que le Brexit n’est pas tout. Ce n’est pas l’avenir de l’Europe. Ce n’est pas une fin en soi ».
Après cette rupture douloureuse, l’UE se relève, retrouve petit à petit sa soif de vivre et s’octroie une métamorphose pour aller de l’avant. Le Brexit pourrait même faciliter la concrétisation de quelques désirs inassouvis de fédéralistes européens, comme l’intégration de la zone euro ou l’harmonisation fiscale, en passant par des liens plus étroits en matière de défense.
Sur cette lancée, M. Juncker a même proposé d’organiser un sommet symbolique de l’UE au lendemain du Brexit dans la ville historique de Sibiu, en Roumanie.
Madame May prendra la parole à Florence
Entre-temps, de l’autre côté de la Manche, les spéculations vont bon train sur l’annonce qui sera faite par le Premier ministre, Madame Theresa May, lors de son discours très attendu sur le Brexit prévu à Florence le 22 septembre. Cette intervention entraîne, par ailleurs, le report du quatrième tour des négociations sur le Brexit, qui devait initialement débuter la semaine du 18 septembre.
Beaucoup s’attendent à ce que Madame May présente ses projets de transition d’un pays membre à part entière de l’UE à un pays tiers.
La question d’une période de transition est désormais au cœur des négociations sur le Brexit. Elle préparera non seulement le terrain pour un futur accord de libre-échange, mais elle sera également mise en avant pour vendre un ambitieux solde budgétaire de retrait aux Britanniques partisans d'un Brexit dur. Si le pays pouvait continuer à profiter des avantages du marché unique et de l’union douanière pendant quelques années après sa sortie, il serait alors plus simple pour le gouvernement de se mettre d’accord sur une facture de sortie de l’UE.
Philip Hammond, le chancelier britannique, a déclaré à un comité de la Chambre des Lords, cette semaine, que le gouvernement souhaitait conclure un accord de transition pour amortir le Brexit qui ressemblerait « beaucoup au statu quo ». Il a, en outre, ajouté que le port de Douvres ne serait pas prêt en mars 2019 pour imposer des contrôles douaniers en cas d’absence d’accord ('hard Brexit'), et que sa position plus souple avait, par ailleurs, été rejetée par le cabinet.
Mais il faudra plus qu’un discours pour bâtir la « confiance » dont le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, a besoin pour faire passer les négociations à la vitesse supérieure, alors que les désaccords qui divisent les deux parties - la question financière et le rôle de la Cour de justice de l’UE - subsistent. (Version originale anglaise par Sarah Collins)