Les ministres européens des Finances ont insisté sur la vocation de chaque pays de l’Union, sauf le Royaume-Uni et le Danemark, à adopter la monnaie unique, au premier jour de leur réunion informelle à Tallinn, vendredi 15 septembre.
Les participants ont ainsi exprimé leur soutien aux propos du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui a notamment dévoilé ses priorités quant à l’avenir de l’Union économique et monétaire (UEM) lors de son discours sur l’état de l’Union (EUROPE 11861), mercredi 13 septembre devant le Parlement européen.
Pour M. Juncker, tous les États membres de l’UE, à l’exception du Royaume-Uni et du Danemark, ont vocation, en vertu des traités, à adopter la monnaie unique. Il ne s’agit pas, cependant, de presser les États membres d’intégrer la zone euro, mais plutôt de soutenir ceux qui sont prêts et qui ont la volonté de l’intégrer, comme l’ont affirmé Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, et Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et financières. « L’Eurozone est ouverte (…). Il est nécessaire d’aider ces pays », a notamment déclaré ce dernier.
Jean-Claude Juncker partage cette vision. Vendredi, la Commission a publié une déclaration selon laquelle son président n’a pas l’intention « de forcer les pays qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas, intégrer la zone euro, à y entrer ».
Le président de l’Eurogroupe a, lui, évoqué le fait que certains pays « travaillent très dur pour se conformer aux critères » d’adhésion à la monnaie unique, et que la porte leur était donc logiquement ouverte. Ce, alors que M. Juncker a proposé, lors de son discours sur l'état de l'Union, de créer un instrument de pré-adhésion à l'euro, auquel le Premier ministre autrichien, Christian Kern, s'est fermement opposé (EUROPE 11862).
Sur le volet institutionnel, point-clef des propositions de Jean-Claude Juncker, les ministres européens et M. Moscovici ont débattu de l’opportunité de créer un poste de ministre européen de l’Économie et des Finances, qui concentrerait les fonctions de président de l’Eurogroupe et de commissaire, et responsable devant le Parlement européen.
Cette idée est le cheval de bataille de M. Moscovici qui y voit une opportunité de démocratiser la zone euro (EUROPE 11854). Elle est soutenue par la France, par le biais de son ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, mais également de son président, Emmanuel Macron (EUROPE 11858).
En revanche, M. Dijsselbloem a fait part de ses réserves sur ce point, estimant que le débat devrait, dans un premier temps, porter sur la vision de la zone euro, la solidarité entre États ou encore la compétitivité.
Les grands argentiers européens ont d’ailleurs abordé la question de la vision de l’UEM et des grands défis de fond qui se posent aujourd’hui. Lors de la réunion de l’Eurogroupe, les participants ont essentiellement évoqué la résilience et la capacité des États membres à faire face aux chocs économiques potentiels. M. Dijsselbloem a pointé le besoin de réduire la vulnérabilité des États, d’augmenter leur capacité à faire face à un choc économique et de trouver les solutions pour que la reprise économique soit plus rapide. Tous semblaient s’accorder sur ce besoin de résilience, Pierre Moscovici le liant à la convergence économique au sein de la zone euro.
Pour parvenir à cette convergence, les vingt-huit ministres et Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne en charge de l’Euro, ont débattu de la possibilité d’adapter le budget de l’UE de manière plus adéquate aux besoins actuels des États membres. Renforcer la conditionnalité du versement de sommes provenant des fonds européens à des réformes structurelles dans les États membres est une idée qui a été discutée. Les ministres ont appelé la Commission à faire une proposition en ce sens.
M. Le Maire a par ailleurs affirmé qu’Emmanuel Macron prononcerait, très vite après les élections allemandes, un discours sur l’avenir de l’Union économique et monétaire. De son côté, la Commission présentera, le 6 décembre prochain, un paquet de propositions relatives à l’UEM. (Lucas Tripoteau)