Quatre instituts politiques de premier plan - les think tanks européens Bruegel et Chatham House ainsi que le Centre chinois pour les échanges économiques internationaux et l'Institut sur la finance et l'économie mondiales de l'Université chinoise de Hong Kong - ont publié, mercredi 13 septembre, un rapport mettant en avant le potentiel du renforcement des relations économiques entre l'UE et la Chine à l'horizon 2025.
Ce rapport, fruit d'une étude conjointe de 18 mois et soutenu par un groupe consultatif incluant d'anciens ministres européens et chinois, identifie les principaux domaines de collaboration économique à fort potentiel - commerce des services ; investissement ; coopération énergétique, environnementale et climatique ; coopération dans les sciences et technologies ; services financiers ; gouvernance mondiale - pour la prochaine décennie. Il cible les opportunités et gains significatifs, pour les deux partenaires, d'un approfondissement de leurs liens économiques, avec la possibilité d'une forte hausse des flux bilatéraux d'investissement.
Identifiant aussi les obstacles - incluant les différences significatives entre les systèmes politique et économique - qui pourraient entraver l'intensification de la coopération, cette étude, que ses auteurs ont transmise au président du Conseil européen, Donald Tusk, et transmettront aux autorités chinoises, souligne la nécessité d'une volonté politique accrue pour un véritable partenariat stratégique UE/Chine.
En premier lieu, l'étude insiste sur le potentiel de croissance des investissements entre l'UE et la Chine, qui restent nettement inférieurs à ceux entre l'UE et les États-Unis : en 2015, le stock d'investissements étrangers directs (IDE) de l'UE atteignait 168 milliards € et le stock d'IDE chinois dans l'UE atteignait 35 milliards € (115 milliards € en incluant les IDE Hong Kong) alors que le stock d'IDE de l'UE aux États-Unis atteignait 2600 milliards € et le stock d'IDE des États-Unis dans l'UE s'élevait à 2400 milliards d'euros.
Les auteurs plaident donc pour la conclusion d'un accord bilatéral d'investissement UE/Chine dès que possible, faisant valoir que cet accord pourrait stimuler un nouveau cycle de réformes économiques en Chine, y compris dans les entreprises d'État, et la libéralisation du marché chinois.
Ils plaident aussi pour l'ouverture de négociations pour un accord de libre-échange UE/Chine dès que l'accord d'investissement sera conclu, insistant sur l'énorme potentiel du renforcement des échanges de services et du commerce des produits et services de santé.
En outre, le rapport plaide pour une coopération accrue entre l'UE et la Chine pour renforcer les mécanismes de bonne gouvernance mondiale et la stabilité de l'ordre mondial multilatéral. Pour y parvenir, les deux partenaires devraient convenir d'approches bilatérales à promouvoir dans des enceintes multilatérales telles que l'OMC et le G20, mais en veillant à ne pas désavantager les États-Unis.
Le rapport souligne aussi l'importance d'un résultat constructif des négociations pour la sortie du Royaume-Uni de l'UE (Brexit) pour ne pas altérer les gains d'une relation UE/Chine plus étroite.
L'étude encourage également la facilitation des échanges entre les peuples dans des domaines porteurs allant du commerce aux sciences et technologies grâce à des visas ciblés, réciproques et pluriannuels.
'One Belt, One Road'. Le rapport souligne le rôle de l'initiative chinoise de nouvelle route de la soie 'One Belt, One Road' en tant que plateforme pour développer la coopération économique et commerciale UE/Chine, insistant sur l'apport des nouveaux investissements et de la coopération commerciale et industrielle liés à cette initiative pour la croissance de l'UE et des pays voisins, et sur la réduction des coûts de transport qu'elle induit. Pour les auteurs, les institutions financières de l'UE pourraient apporter leur expertise dans la gestion financière à long terme de projets complexes d'investissement dans les infrastructures, tandis que les investissements européens pourraient contribuer à assurer la conformité des projets de l'initiative 'One Belt, One Road' vis-à-vis des normes environnementales et de durabilité.
Le rapport plaide par ailleurs pour une coopération UE/Chine accrue en matière de sécurité énergétique et de changement climatique, pour soutenir leurs efforts vers la réalisation des objectifs de l'Accord climatique international de Paris et assurer le financement des programmes dans les pays les moins avancés.
L'étude souligne aussi le potentiel d'une coopération accrue dans les sciences et technologies et pour l'innovation, secteur dans lequel les deux parties devraient promouvoir des possibilités spécifiques de coopération technique chaque fois que cela est possible. En fin de compte, ce que les entreprises européennes et chinoises construisent et conçoivent ensemble sera aussi important que ce qu'elles se vendent, insiste le rapport.
Enfin, l'étude appelle à poursuivre la coopération UE/Chine dans le secteur financier. La demande massive de financement d'infrastructures en Asie et dans le cadre de l'initiative 'One Belt, One Road' offrira de nouvelles possibilités de coopération financière, en particulier si les deux parties travaillent ensemble pour profiter de ces possibilités afin de promouvoir les mécanismes et les produits de financement écologiques, fait-elle valoir. Les auteurs préconisent ainsi de libéraliser les conditions d'entrée des institutions financières de l'UE sur le marché chinois pour soutenir la réforme et le développement du secteur des services financiers chinois et d'encourager davantage d'institutions financières chinoises à opérer dans l'UE. (Emmanuel Hagry)